LA VIE MARITIME
'LsL mer, qui pénètre la péninsule de ses baies et de ses havres, exerce un peu partout son attraction sur la vie. Un essaim de petits ports bourdonne sur le rivage ou dans le fond des estuaires. Les uns, petits foyers de commerce, établis auprès du premier pont sur la rivière entretiennent des relations avec leur arrière-pays immédiat : Bridgwater (15 300 hab.) sur la Parrett, Barnstaple (14 500 hab.) sur la Taw, Bideford (9 500 hab.) sur la Torridge. Les autres, une légion, se sont développés comme stations d'été le long de ces côtes pittoresques, tantôt sur les pointes calcaires de l'estuaire de la Severn (Clevedon, Weston super Mare), tantôt au débouché des ravins sauvages de l'Exmoor (Minehead, Lynton, Lynmouth, Ilfracombe), tantôt auprès des anses rocheuses et des petites plages de l'Atlantique (Clovelly, Tintagel, New Quay, St. Ives), tantôt enfin sur les bords ensoleillés de la Manche aux horizons lumineux (Dawlish, Teignmouth, Torquay).
Il est un tronçon de côte remarquable, qui se détache sur les autres par la densité et l'intensité de la vie maritime; il s'étend depuis Tor bay jusqu'au Land's End. C'est celui où les formes littorales, comme sur la côte septentrionale de la Bretagne, se conservent les plus jeunes et les mieux articulées, où la mer s'enfonce à l'intérieur en rias nombreuses et ramifiées; elles bordent l'entrée occidentale des eaux britanniques; quand on vient de l'Océan, ce sont les premières terres qui s'avancent; les poissons méridionaux, comme le maquereau et la sardine, fréquentent ces parages. Cette façade maritime incite aux métiers de la mer.
Les terrains de pêche ne peuvent se comparer aux bancs de la mer du Nord; aucun port de pêche n'égale Grimsby ou Yarmouth; mais ce qui met cette contrée hors de pair, c'est la variété même des poissons qu'on y capture. Voilà des siècles qu'aux mois d'août et de septembre les bancs de sardines apparaissent au Xord et au Sud du cap Cornwall; de tous les petits ports de la côte, de Padstow et de St. Ives, comme de Falmouth, de Newlyn et de Penzance, la flotte met à la voile chaque jour pour rentrer le soir; au xvii^ siècle, les sardines s'expédiaient fumées en France, en Espagne, et en Italie; de nos jours, des usines en font des conserves à l'huile. D'autres pêches entraînent les bateaux plus loin des côtes; elles furent jadis l'école des hardis marins du Devon, des sea dogs
du temps d'Élisabeth : c'est la pêche du maquereau qu'on va chercher en mai et juin autour des Scilly et dans les eaux irlandaises; c'est la pêche du hareng qu'on rencontre en août et septembre au large de la Cornouaille, puis dans la mer d'Irlande; c'est enfin la pêche du poisson frais par les chalutiers de Brixham et de Plymouth; les uns restent toute l'année sur les fonds compris entre le Portland Bill et le cap Lizard, d'où ils ramènent à Brixham des soles renommées; les autres, les plus grands, vont pêcher pendant plusieurs mois, de janvier en août, dans la mer d'Irlande et le canal de Bristol; ils débarquent leur pêche à Milfordhaven, d'où les trains rapides les transportent vers les grandes villes.
Le commerce, sauf le trafic local et le cabotage, tient peu de place dans l'existence des ports de cette côte qui ne possède pas d'arrière-pays étendu. Seul Falmouth servit au xvii^ siècle de tête de ligne pour les paquebots des Indes occidentales, du Portugal et de New York; les courriers partis de Londres atteignaient Falmouth par Exeter et Truro; mais ce rôle d'escale a cessé depuis 1850. Chaque port se contente aujourd'hui des affaires modestes que lui procurent ses eiivirons immédiats; tous importent du charbon gallois; Fowey expédie du kaolin; Penzance, des fleurs, des légumes et du poisson. Aucun d'eux n'est une grande ville, et il n'y a que 13 500 habitants à Penzance, 12 000 à Falmouth, 6 500 à Dartmouth (pl. XXXIX, B).
Une seule agglomération urbaine, formée de trois villes, Plymouth, Stonehouse et Devonport, contient 210 000 habitants (fig. 62). Elle s'étend sur les bords du Plymouth sound, magnifique estuaire accessible aux plus grands navires et décomposé lui-même en plusieurs bras et baies : le Cattewater ou embouchure de la Plym, le Sutton Pool, la Mill bay, le Stonehouse Pool, le Hamoaze ou embouchure de la Tamar; entre ces eaux s'avancent quatre presqu'îles, dont trois portent chacune une ville. Vers la mer ces eaux intérieures s'ouvrent sur une grande rade (le Sound) au milieu de laquelle s'élève la petite île de St. Nicolas; l'entrée méridionale de la rade est protégée par une énorme digue de 1 560 mètres, construite en 1812-1840; au large, en pleine mer, à 22 kilomètres, sur un rocher isolé, se dresse îe phare d'Eddystone. Telle est cette merveilleuse position maritime, devenue une base navale puissante. La cellule primitive de l'agglomération, Plymouth, se forma autour d'un prieuré du xiii^ siècle; à la fin du xiv^, elle comptait déjà 4 850 habitants. Ses armateurs et ses marins se rencontrent dans toutes les grandes entreprises; c'est de là que Drake fit voile en 1572 et en 1587 pour ses croisières et qu'il partit en 1595 avec Hawkins pour les Indes occidentales. A la fin du xvi^ et au début du xvii^ siècle, plusieurs compagnies de colonisation pour la Nouvelle-Angleterre avaient leur siège à Plymouth. A la fin du xvii^ siècle, on y crée un port de guerre ; depuis cette époque, cette fonction militaire domine toutes les autres. Ce port militaire, commencé en 1690, fut établi à l'Ouest de Plymouth, sur la rive de l'Hamoaze, sous le nom de Plymouth dock; en 1824, on l'appela Devonport; c'est aujourd'hui le chantier où l'on répare les navires de guerre, l'arsenal, le quartier général de l'État-major naval. Sur la presqu'île voisine, Stonehouse groupe les autres organes de la base navale : magasins, usines d'approvisionnements, casernes, hôpital naval.
En devenant une grande ville et un port moderne, cette place de guerre attira d'autres formes de l'activité maritime. Port de commerce, il exporte les minerais et les pierres du pays; il importe les vivres nécessaires à la population,
l'Iiol. A. Demangeon.
A. LA VALLÉE DE LYNTON, EXMOOR (dEVON),