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TOUT PRÈS DE SON DÉBOUCHÉ A LA MER

I t. J. Pl.. XXXIX.

Phot. A. Demangreon.

GLISSEMENT (lANDSLIP] DES FALAISES DE CRAIE A SEATON (dEVON^.

G. U., t. I, Pl. XL.

LE SUD-OUEST ANGLAIS

les matières premières nécessaires à l'arsenal. Port de pêche, il arme lui-même des chalutiers; il accueille tous ceux de Grimsby et de Hull, qui viennent y débarquer le poisson capturé dans la Manche et le golfe de Gascogne et y atteindre les trains de Londres. Port d'escale, il est touché par les paquebots britanniques qui se dirigent vers l'Australie, l'Inde, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud. Port de transit rapide, rival de Southampton, il retient les voyageurs transatlantiques pressés qui ont quitté ou qui veulent gagner Londres par chemin de fer.

FiG. 62. — Plymouth. La baie et l'agglomération urbaine.

Le plus grand port du Sud-Ouest, Bristol, se trouve en dehors de la péninsule, mais en un point où les eaux de l'Ouest s'avancent profondément dans le tronc britannique. Il occupe, à 11 kilomètres de la mer, le lieu où le dernier pont franchit l'estuaire de l'Avon, en amont des marécages littoraux, en amont même de la gorge de Clifdon. Le flux y fait monter le niveau des eaux à plus de 7 m. 50 au-dessus du zéro hydrographique, et même, par fortes marées, à plus de 12 mètres. De l'intérieur arrivent les routes faciles qui, à travers les larges brèches des downs et des wolds, viennent du bassin de la Tamise et de Londres. Par cette situation, Bri.stol commandait la voie transversale qui par terre menait de Londres à l'Atlantique. Ses premières relations commerciales s'orientèrent vers l'Irlande,

Gl00RAI-III£ LMVERSIiLLE.

Iles Britanniques.

ÉTUDES RÉGIONALES

puis, par l'Irlande, vers la Scandinavie. Au temps de Henri II, il détenait le trafic des vins de France. Ses armateurs se lancèrent dès la fm du xv^ siècle dans l'exploitation du Nouveau Monde; Cabot partit de Bristol en 1496 et en 1498. A la fin du xvii^ siècle, le commerce du sucre des Antilles appartenait aux gens de Bristol ; leurs navires, chargés d'articles anglais, partaient pour l'Afrique occidentale, où ces articles s'échangeaient contre des esclaves; les nègres, transportés aux Indes occidentales, étaient vendus aux planteurs, et les navires revenaient en Europe avec une cargaison de sucre, de rhum, de tabac, de riz; ainsi s'édifièrent les colossales fortunes des raffineurs de Bristol, des West-Indiamen, dont l'hospitalité fastueuse devint proverbiale. Au début du xviii^ siècle, le port de Bristol occupait le second rang après Londres, avant Liverpool. Mais, à la fin du même siècle, le déclin avait commencé au profit de Liverpool. Bristol perdit beaucoup par l'émancipation des États-Unis et par la suppression de la traite des nègres; il n'avait pas, comme Liverpool, de centre industriel à desservir. Bristol ne dispose que d'un petit bassin houiller, situé au Nord des Mendip, assez difficile à exploiter et ne produisant guère que 130 000 tonnes de charbons annuellement. Pour avoir du charbon gallois, il n'eut longtemps que des communications incommodes : c'est seulement de 1887 que date le tunnel, long de 8 kilomètres, creusé sous l'estuaire de la Severn. Enfin l'accroissement du tonnage des navires vint compromettre les opérations du trafic dans le petit estuaire de l'Avon. Il fallut, à partir de 1803, entreprendre de grands travaux pour aménager Je port, creuser un nouveau lit (New Cut) pour détourner la rivière et, de son ancien lit barré et approfondi, faire le port long et étroit {Floating harbour) qui offre, dans le milieu de la ville, 11 mètres d'eau à marée haute. Mais bientôt l'Avon ne suffit plus; on dut aller au-devant de la mer et pourvoir Bristol de bassins sur la côte; ainsi furent construits en 1877, 1880 et 1908 les bassins de Portishead et d'Avonmouth accessibles aux gros cargos. Le port de Bristol se trouve dédoublé, une partie demeurant en pleine ville, l'autre transportée au bord de la mer. Par son trafic actuel, à ne considérer que le commerce avec l'étranger, il arrive au onzième ou douzième rang parmi les ports britanniques. Mais il se caractérise par un fort déséquilibre entre les importations et les exportations. L'absence d'un arrière-pays industriel fait rare le fret de sortie. Bristol lui-même possède de nombreuses industries qui reçoivent beaucoup de matières premières, mais ne livrent presque rien au port : des raffineries de sucre, des fabriques de chocolat, des manufactures de tabac, survivances du commerce colonial, puis des scieries, des savonneries, des fabriques de chaussures, des usines de cuivre, des ateliers de chemin de fer. Au contraire. Bristol reçoit, pour sa propre population et pour un marché qui s'étend jusque dans les Midlands et jusqu'à Londres, des grains, de la viande, du pétrole, des fruits tropicaux (bananes, ananas, oranges) apportés des Indes occidentales, du sucre, du tabac, des bois, des produits agricoles d'Irlande. Tout ce travail commercial et industriel fait vivre à Bristol une population de 386 000 habitants, en croissance continuelle depuis le milieu du xix<^ siècle. De nouveaux quartiers ont gagné du terrain vers l'Ouest, et particulièrement sur le haut plateau de calcaire, le Clifdon Down, qui ferme de ce côté l'horizon de la ville; un pont suspendu, construit en 1864, y franchit la gorge de l'Avon à une hauteur de 75 mètres : c'est la ville des résidences bourgeoises, des parcs, des jardins, des pelouses, par opposition à la vieille ville des affaires, qui se presse auprès du port. Bristol n'a pas poussé en désordre, en tour-

LE SUD-OUEST ANGLAIS

billon, comme les jeunes villes du Pays de Galles ou du Lancashire; il conserve avec fierté et avec goût les beaux souvenirs de ses époques de splendeur, son église des Templiers et celle de St. Mary Redclifïe, sa cathédrale, ses hôtels privés et les vieilles maisons des armateurs coloniaux.

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