CONFIGURATION, STRUCTURE ET RELIEF DES ILES BRITANNIQUES
L'Europe se termine au Nord-Ouest par une série d'archipels et de presqu'îles entre lesquels pénètrent des mers peu profondes; au delà des péninsules Scandinave, danoise et armoricaine, elle semble se fragmenter, s'émietter. Au large des Iles Britanniques, on voit les Orcades, les Shetland et les Fser-Œer surgir des flots comme les piles d'un pont ruiné qui aurait mené jusqu'à l'Islande. De l'autre côté de l'Atlantique, le même dessin se retrouve avec la baie d'Hudson, entre le Groenland, l'Archipel arctique et Terre-Neuve. Entre toutes ces terres morcelées que séparent des bras de mer, il existe des traits communs, des affinités profondes, des liens de parenté; ce n'est pas en étrangères que les Iles Britanniques y tiennent leur place.
Les affinités dé sol. — Entre les deux îles sœurs, la Grande-Bretagne et l'Irlande, on perçoit déjà de nombreuses ressemblances. Le paysage du Donegal, au Nord-Ouest de l'Irlande, rappelle les aspects des Highlands de l'Ecosse : de chaque côté, ce sont les mêmes roches cristallines, les mêmes surfaces sauvages et rugueuses semées de petits lacs et pénétrées par de longs bras de mer, les mêmes roches moutonnées, les mêmes marécages et les mêmes tourbières. Aux montagnes du Pays de Galles font face, en Irlande, les montagnes du Wicklow,
dont les schistes et les quartzites appartiennent aux mêmes sédiments cambriens; de chaque côté, on retrouve de grandes masses de trapps, de cendres durcies et d'agglomérats, vomies à la même époque par d'antiques volcans. Au cours de leur histoire, toute une série d'événements ont rapproché les deux îles. La craie des falaises du Nord-Est de l'Irlande rappelle les blanches falaises de la Manche. A une époque plus récente, au Tertiaire, de grandes éruptions volcaniques eurent lieu dans le Nord de l'Irlande et dans l'Ouest de l'Écosse; leurs coulées de lave, épaisses de plus de mille mètres, ont formé de larges plateaux de basalte, continus d'une île à l'autre; fracturés et morcelés, la mer les a submergés en partie; mais leurs témoins permettent de reconstituer leur ancienne extension; on les suit depuis l'Antrim, avec les colonnades et les pavages de la Chaussée des Géants, jusqu'aux îles de Mull et de Skye et jusqu'aux promontoires écossais de Morven et d'Ardnamurchan (fig. 1 ; pl. III, IV et V).
Au delà des derniers promontoires britanniques et jusque dans les mers arctiques, malgré l'immensité des espaces océaniques, on distingue les mêmes analogies. Dans les îles Fœr-Œer, on retrouve ces falaises escarpées, ces murailles énormes, ces lits de lave superposés. De pareilles formations s'observent à Jan Mayen, dans l'Islande et sur les côtes occidentales du Groenland. Entre l'Écosse et la Norvège, des affinités incontestables apparaissent : les Lofoten rappelant les Hébrides, les sommets aplanis des Highlands faisant songer aux larges surfaces des fields, les entailles des lochs écossais, aux fjords sinueux de Norvège; de chaque côté, les mêmes gneiss, les mêmes Vieux grès rouges.
Si l'on se retourne vers le Sud, vers les bords de la Manche, les analogies éclatent. Les paysages de la Cornouaille anglaise reproduisent les aspects familiers de la Bretagne française : les granités et les schistes, la poussière des îles et des écueils, les promontoires rocheux sapés par les vagues, les plateaux sans arbres battus par les vents, l'abondance des filons métalliques, l'antiquité de l'exploitation de l'étain. Et, si l'on se rapproche du Pas de Calais, ce n'est plus d'analogie qu'il faut parler, mais de continuité : de chaque côté du détroit, se répondent les falaises de craie avec leurs bancs de silex, témoignages invincibles d'une ancienne jonction continentale.
Les affinités de structure. — Entre les terres de l'Europe du Nord- Ouest, il existe d'autres affinités plus profondes, provenant non plus d'une analogie des formes et des matériaux, mais d'une communauté de plan fondamental. A travers ces territoires morcelés, apparaît le dessin d'une architecture commune, la même orientation des lignes directrices. Depuis une époque très reculée, des mouvements orogéniques ont dressé, à plusieurs reprises, des chaînes de montagnes, aujourd'hui démolies, mais dont les racines composent encore tout le soubassement profond de la région; c'est selon leur ancien tracé que s'ordonnent encore les reliefs et les contours.
Le plus ancien de ces plissements se retrouve dans la bande de terrains archéens qui forme les Hébrides extérieures et la côte du Nord-Ouest des Highlands écossais. Au Canada et en Norvège, l'Archéen présente les mêmes dispositions, les mêmes relations. On a reconnu les mêmes types de minerais de fer dans les Adirondacks (État de New York), la Scandinavie et le comté de Ross en Écosse (au Carn Chuinneag). On est donc fondé à admettre l'existence d'une ancienne chaîne de montagnes qui s'étendait d'Amérique en Europe sur l'empla-
l'IioL Lawrence, Dublin.
A. LES «WHIÏE nOCKS », A POliTItUSH (IRLANDE DU NORD).
Falaise de craie blanche, surmontée par une coulée de ijasalte, non loin de la Chaussée des Géants.
Phot. Lawrence, Dublin.