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Digues. — 2. Canaux

brèches que dans la Flandre et la Zélande. Une ancienne digue, qu'on dit remonter à l'époque romaine, se suit sur une longueur de plus de 80 kilomètres, de Wainfleet à Boston, Spalding, Holbeach, Wisbech et Lynn; en avant de cette première défense, tout un réseau d'autres digues, construites pièce par pièce au cours des siècles, enclôt plus de 30 000 hectares conquis sur le Wash. Sur chaque rivière, un système d'écluses barre la route aux marées : partout on a supprimé le contact direct entre les eaux douces et les eaux marines. Autrement longs et difficiles furent les travaux qui ont organisé le drainage et l'écoulement des eaux intérieures. Les premiers dessèchements furent l'œuvre des monastères du moyen âge; mais il n'y eut aucune entreprise d'ensemble, aucune organisation commune avant le début du xvii*' siècle. Les plus grands travaux furent accomplis, à partir de 1630 jusqu'au début du xviii^ siècle, dans le bassin de la Xen et de l'Ouse : une société puissante, contrôlée par les comtes de Bedford et longtemps conseillée par l'ingénieur hollandais Vermuyden, réussit à dessécher

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Iles Eritanniques.

ÉTUDES RÉGIONALES

un vaste territoire, connu sous le nom de Bedford Levels. Mais il restait encore beaucoup à faire. L'œuvre de drainage fut reprise à partir du milieu du XVIII® siècle, sous l'influence du grand mouvement des endosiires, qui fit passer à l'appropriation privée ce qui restait de la propriété communale; une série de lois imposèrent aux paroisses la construction de canaux et de digues à travers les Fens; tout était terminé vers 1840. Les Fens sont maintenant des Pays-Bas en miniature, drainés et maintenus à sec par des moyens artificiels; des moulins à vent et des machines à vapeur actionnent les pompes qui épuisent l'eau des régions les plus basses; le jeu des vannes et des écluses règle le niveau de l'eau dans les fossés et les canaux. Depuis le début du xvii® siècle, des assemblées locales veillent à l'entretien de tous ces travaux; des commissions of Sewers, choisies parmi les propriétaires fonciers, s'occupent, ici comme dans les polders hollandais et flamands, de l'administration des digues et des ouvrages hydrauliques; une Court of Sewers, composée de trois membres, surveille la levée des cotisations, nomme les contrôleurs, les collecteurs et les surveillants, et décide les travaux à entreprendre : c'est la même forme d'association, le même esprit de solidarité que dans les wateringiies de Flandre (pl. XLIV, C).

Pareille transformation des conditions naturelles a eu pour résultat une transformation profonde des conditions économiques. Ce pays de marais et de tourbières est devenu un pays de culture riche. Sur les alluvions marines, on a des terres lourdes, très fertiles; sur la tourbe, des terres légères, amendées par le marnage, meubles et faciles à travailler. Alors que dans presque toute l'Angleterre la petite propriété sombrait au cours des crises agricoles, elle tenait bon dans les Fens; elle y forme aujourd'hui l'originalité du régime social, entraînant avec elle le faire-valoir direct; dans la paroisse de Leake, par exemple, l'étendue moyenne d'une propriété ne dépasse pas 10 hectares; à Moulton, sur 230 propriétaires, 180 possèdent moins de 20 hectares. Ce régime foncier de propriété et d'exploitation entraîne un type particulier de main-d'œuvre, apte aux cultures soignées et à la variété des produits : légumes autour de Spalding et de Boston, pommes de terre de primeur aux environs de Wainfleet et de Boston, de Spalding et de Holbeach. Toute la campagne de Wisbech n'est plus qu'un immense verger où les grands arbres fruitiers s'associent aux groseilliers et aux framboisiers; les champs de fraisiers, d'oignons, de choux-fleurs et d'asperges alternent avec les jardins de fleurs, narcisses, tulipes, jacinthes, crocus, pensées, violettes, composant un paysage qui rappelle à la fois la Hollande, le Kent et Jersey.

A l'intérieur des Fens, plusieurs petites villes, comme March, Wisbech, Spalding et Ely, occupent les sites élevés et secs que fournissent les îlots de gravier disséminés parmi les marais. Ely (8 000 hab.), bâtie sur une de ces collines jadis entourée d'eau, fut l'un des derniers boulevards de la résistance saxonne contre les Normands; évêché dès le xii® siècle, elle conserve de ce glorieux passé la superbe église dont les tours, émergeant d'une frondaison de vieux arbres, s'aperçoivent, par temps clair, de tous les points du plat pays. Sur la lisière des Fens, au contact des terres basses et des terres plus hautes qui les encadrent, une ceinture de villes anciennes s'est posée, nœuds de routes et marchés ruraux : Stamford, Huntingdon et St. Ives. Peterborough (32 000 hab.) doit de les avoir dépassées à l'importance de sa gare d'embranchement et à la fortune de plusieurs industries : briqueteries, brasseries, constructions mécaniques et fabriques de

LA PLAINE ANGLAISE

conserves (moutarde et petits pois). Mais Cambridge (60 000 hab.) les domine toutes. Elle figure très tôt dans l'histoire, à cause de son port qui pouvait au moyen âge recevoir les petits bateaux de mer; plusieurs fois, les pirates danois la pillèrent. A la fin du xii^ siècle, c'est près de Cambridge, à Stourbridge, que se tenait la plus animée des foires anglaises, sur les confins des Midlands, des Fens et de l'Est-Anglie, tout près de l'antique chaussée, Icknield Way, qui menait vers Londres et Norwich. Par sa rivière, la Cam, elle expédiait des chargements de laine et d'étoffes au port de Lynn. C'est dans ce miheu aisé, riche en fondations pieuses, propice aux placements fonciers, que prit naissance au xiii^ siècle l'Université de Cambridge. On peut dire que cette Université constitue aujourd'hui toute l'existence de la ville; avec ses antiques édifices et ses parcs merveilleux, elle lui donne un charme très rare. Les collèges se rangent sur les bords de la petite rivière lente où les herbes s'allongent au fil du courant; les bras d'eau, bordés de saules dont les rameaux trempent dans la rivière, cheminent à travers les pelouses, sous l'ombre des vieux arbres; les murs disparaissent sous les feuillages. Toute cette verdure plantureuse, associée à la richesse de l'architecture, fait un cadre de paix et de rêverie à toute la vie studieuse qui vient se presser auprès des chaires illustres. Partout des terrains de jeux montrent la place que tiennent les sports dans l'éducation britannique. Des groupes d'étudiants coloniaux rappellent que le rayonnemenL de la civilisation métropolitaine se répand sur tout l'Empire (pl. XLVI, A).

Ce petit pays des Fens n'a plus qu'une modeste vie maritime. La baie du ^Vash ouvrit longtemps un chemin vers les Midlands; au moyen âge, des chargements de grains, venant de Lincoln, descendaient la Witham à destination du continent; à la fin du xiv^ siècle, Boston était un entrepôt de laine où commerçaient les Florentins et les Hanséates. Mais les progrès de l'ensablement dans la baie ont peu à peu éloigné la grande navigation. Boston (17 000 hab.) n'est plus qu'un port de pêche dont les chalutiers exploitent les fonds du Wash, très riches en soles. King's Lynn armait jadis pour la baleine; ses armateurs participaient au transport du charbon entre Newcastle et Londres; ils importaient les vins de France et trafiquaient avec la Baltique; de nos jours, la petite ville (20 000 hab.), pourvue de deux bassins avec un chenal d'entrée assez profond, joue le rôle d'un port de cabotage, important du bois, du sucre et des céréales. En dehors de ces deux chenaux où passe encore le commerce, la tranquillité régne sur les plages sablonneuses du Wash; beaucoup de petites gens y vivent de la pêche des moules et des crevettes; mais il n'y a pas de villages sur le rivage désert; on ne revoit d'habitations que sur les côtes plus élevées du Norfolk où se succèdent les stations balnéaires de Hunstanton, Wells, Sheringham et Cromer.

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