A. MAISONS RURALES
DANS LR CENTRE DE l'eSSEX.
l'iiiit. comiii. par M. li. Jackson.
chateau de brouchton.
(comté d'oxford).
G. U., l. I, Pl. XLIV.
LA PLAINE ANGLAISE
Vers le Sud, à mesure que la nappe des argiles glaciaires devient plus mince et moins continue, on voit commencer les gracieux paysages des landes et des bois de l'Essex, interprétés par Constable et Gainsborough. Des forêts subsistent : telle l'Epping forest, entre les vallées de la Lea et du Roding, masse de chênes, de hêtres, de bouleaux et de charmes, oii déjà s'avancent les maisons de la banlieue londonienne. Mais le présent n'a pas encore détruit le charme de ces campagnes; nulle part on ne perçoit autant de finesse et de fraîcheur que dans certains coins de l'Essex où se rapprochent les ruines d'abbayes vénérables, les vieilles églises en bois, les maisons rustiques entourées d'un fossé d'eau, les auberges d'autrefois oîi l'on faisait bonne chère, les toutes petites villes rurales aux murailles moussues décorées de lierre, les villages aux chaumières branlantes, les landes de bruyères et d'ajoncs, les grands parcs seigneuriaux plantés d'arbres majestueux. Nature variée, morcelée, pénétrée par des formes délicates et minutieuses d'économie rurale; étables, basses-cours, vergers et jardins font reculer les champs de céréales; l'attraction du marché de Londres hâte cette évolution. Autour de Chelmsford, de Witham et de Colchester, on entretient des troupeaux de vaches dont le lait s'expédie journellement à Londres; d'autres fermes se spécialisent dans la production du foin vendu sur le marché de Whitechapel. Jusque dans le Sufîolk occidental, les fermiers s'orientent vers le débouché de la grande ville : à Borrowshall pour les choux, les œufs et la volaille; à Lavenham pour les dindons, les canards et les oies ; à Long Melford pour le beurre et la crème. Vergers et jardins ne cessent de s'accroître. Autour de Waltham Cross et de Hockey, des centaines d'acres portent des serres oîi mûrissent les raisins, les tomates, les concombres et les pêches. Ailleurs, autour de Witham, s'étendent les champs de fraisiers, de groseilliers et de framboisiers; près de Waltham, de Colchester et d'Epping, les pépinières d'arbres et d'arbustes; ailleurs les parterres de pensées, de capucines, de pavots, de roses (pl. XLIII,B, et XLIV, A).
Vers l'Est, en bordure de la mer, depuis Cromer jusqu'au delà de Lowestoft, sur une largeur qui parfois dépasse 15 kilomètres, s'allonge une bande de terres verdoyantes qu'on désigne, à cause de ses nombreux lacs ou broads, sous le nom de district des Broads. Ce territoire lacustre représente une ancienne lagune très vaste où se jetaient les rivières Yare, Waveney etBure, aujourd'hui fermée par un cordon littoral; les rivières trop lentes s'y épanouissent en de larges nappes d'eau; leurs basses vallées, inférieures au niveau des hautes mers, doivent être drainées à l'aide de moulins; parfois des infiltrations d'eau salée s'insinuent jusqu'aux lacs. Minces feuilles d'eau étalées sur un fond tourbeux, ces lacs se comblent peu à peu, mais leurs expansions d'eau restent toujours les traits les plus curieux du paysage du Norfolk oriental; on en compte une soixantaine échelonnés dans les larges vallées, et parmi eux, Barton Broad, (110 ha.), Hickling Broad (160 ha.), Rollesby Broad (100 ha.). Les tourbières, les nappes d'eau dormante perdues parmi les roselières, les chenaux capricieux bordés de saules, les marais solitaires que visitent en hiver des volées d'oiseaux aquatiques, tout y donne encore l'impression d'une nature abandonnée, un peu triste et mélancolique. Mais en été ces solitudes se peuplent de touristes, et des multitudes de voiles blanches circulent parmi ces eaux paisibles. Loin des lacs et des fonds trop humides, toute la terre se couvre d'herbe : c'est un domaine pastoral d'une grande richesse, où paissent des milliers de bêtes à cornes; prairies vertes, bœufs en pâture, moulins à vent, fossés bordés de saules, bateaux
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à voiles apparaissant parmi les arbres, on croit retrouver quelque réminiscence des paysages hollandais (pl. XLI, B).
La vie urbaine. — Beaucoup de petites villes de l'intérieur vivent de leurs rapports avec leurs riches campagnes, travaillent pour elles, centralisant leurs commandes, attirant leurs marchés : Dereham avec ses fabriques de barrières et de poulaillers; Thetford (5 000 hab.) avec ses ateliers de machines agricoles et de locomobiles; Bury St. Edmunds (17 000 hab.) avec ses fabriques de machines pour la malterie et la brasserie, ses ateliers de charrues, de semoirs et de batteuses; Newmarket (11 000 hab.), métropole des courses de chevaux où les jeunes bêtes s'entraînent pour le derby d'Epsom; Sudbury, Halstead, Braintree. Mais il y a deux rangées de villes, parallèles au littoral, qui doivent leur origine au contact de la mer : l'une, la plus éloignée de la côte, s'établit au fond des estuaires, au passage des routes de terre; l'autre s'est installée sur la côte elle-même, devant la mer.
Chaque estuaire important possède sa ville, tout près du point où se termine sa condition maritime : Chelm.sford (13 000 hab.), chef-lieu de l'Essex, sur la Chelmer; Colchester (44 000 hab.) sur la Colne; Ipswich (82 000 hab.) sur l'Orwell; Woodbridge sur la Deben; Norwich (124 000 hab.) sur l'estuaire mort de la Yare. Colchester, ancienne Camiilodunum, première colonie romaine en Grande-Bretagne, fut pour les Romains une porte d'entrée dans l'île; au moyen âge, des milliers de métiers y tissaient la laine, et les navires de mer remontaient jusqu'à ses remparts; le trafic maritime et l'industrie l'ayant abandonnée, elle vit surtout de son marché agricole; mais elle n'a pas renoncé à toute relation avec la mer, car on pratique le long de la Colne jusqu'à Brightlinsea la pêche des huîtres qu'on expédie aux parcs d'Ostende. Ipswich était à l'époque d'Édouard III un port actif qui fournit douze navires pour le siège de Calais; elle commande aujourd'hui les relations de son arrière-pays rural, fabrique pour lui des instruments et des machines agricoles et des engrais, reçoit dans son petit port des céréales, des graines oléagineuses, des bois, de l'acier, des phosphates, des nitrates; expédie du matériel agricole, des engrais, des huiles et des tourteaux. Woodbridge, qui exportait au xviii^ siècle le beurre du Sufîolk, fait maintenant un trafic de cabotage : à l'entrée, de la houille, des bois, des tourteaux; à la sortie, des grains, du malt, des briques. Norwich, fondée très anciennement sur le Wensum près de son confluent avec la Yare, put longtemps recevoir les navires de mer; au xi^ siècle, une flotte danoise remonta jusqu'à ses murailles; au xvi^ siècle, elle eut des démêlés avec Yarmouth qui refusait le libre passage aux bateaux. Vieille ville avec un château normand, une cathédrale et un évêché, elle donne le type de la cité régionale, ayant toujours vécu pour sa région et par elle, faisant tisser la laine dans ses campagnes et concentrant le marché des étoffes jusqu'au jour où elle perdit cette source de prospérité. Mais, le tissage disparu, la main-d'œuvre disponible se détourna vers d'autres industries et particulièrement vers celles qui dérivent de l'agriculture : Norwich possède des manufactures de chaussures; des usines de machines et d'instruments agricoles, lesquelles ont attiré des fonderies, des fabriques de clôtures en fer, de treillages en fils de fer, de constructions portatives en fer; des amidonneries, des brasseries, des fabriques de moutarde. A jours fixes la vie rurale envahit la ville : au pied du château, une
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immense place, toute sillonnée de barrières en fer, constitue le marché au bétail (pl. XLV, B).
Sur le front de mer, une autre rangée de villes, de formation plus récente, a pris place. Les unes sont d'anciens villa"ges de pêcheurs, atteints par les voies ferrées et devenus des stations balnéaires : Southwold, Aldeburgh, Felixstowe, ^Valton, Clacton, Southend; on jouit à Clacton d'un climat délicieux, clair et lumineux, doux en hiver, sec en été; les géraniums y passent l'hiver en pleine terre. Une autre, Harwich (15 000 hab.), terminus du Great Easlern, à une heure et demie de Londres par rail, est un port de passagers pour la Hollande et TAllemagne. Deux autres enfin, établies au voisinage des bancs de la mer du Nord, sont devenues d'intenses foyers de pêche, et de grandes villes : Yarmouth (60 000 hab.) et Lowestoft (45 000 hab.).
A l'embouchure de la Yare, Yarmouth forme le plus grand centre anglais de la pêche du hareng. Le Domesday Book y mentionne déjà des pêcheries; la ville, érigée en bourg en 1108, acheta ce privilège par une rente de dix « milhers de harengs »; depuis des siècles, elle n'a pas cessé d'exploiter les apparitions régulières des bancs de harengs. Au moment de l'essor du chalutage, le port adopta la nouvelle pratique; en 1883, il possédait 700 chalutiers; c'est une maison de Yarmouth qui introduisit l'usage de la glace pour conserver le poisson à bord et qui organisa le transport rapide du poisson par courriers vers le marché de Londres. Mais les chalutiers ont émigré vers 1900-1903 à Lowestoft; Yarmouth se consacre presque exclusivement au hareng. La pêche bat son plein d'octobre à décembre; elle s'effectue sur des bateaux à filets dérivants ou dr if ter s, à voile ou à vapeur; à ce moment la flottille de Yarmouth est rejointe par la flottille écossaise, si bien que, pendant la saison, plus de 800 bateaux viennent débarquer leur poisson à Yarmouth; leurs prises représentent annuellement plus du tiers des pêches britanniques de hareng. Aux 2 000 matelots qui composent l'équipage des harenguiers vient s'ajouter tout le personnel des usines de préparation du poisson; chaque automne, 4 000 ou 5 000 femmes écossaises viennent travailler dans les ateliers de salaison et les saurisseries. La morte saison du hareng dans la mer du Nord n'amène pas le repos pour les pêcheurs; les harenguiers partent en février ou en mars pour la pêche du maquereau dans les eaux d'Irlande et de Cornouaille; ils terminent leur campagne vers Plymouth à la fin de juin. Ils repartent alors pour aller capturer le hareng sur les côtes d'Écosse et reviennent devant Yarmouth pour la grande pêche d'automne.
Par la variété de ses pêches, Lowestoft rappelle plutôt le port français de Boulogne. Ses bateaux capturent le hareng depuis le début d'octobre jusqu'à Noël; comme à Yarmouth, ils ont, comme compagnons de travail, des bateaux écossais; des ouvrières écossaises viennent aussi s'embaucher dans les usines. On pêche aussi le maquereau, de mai à juillet, à l'entrée de la Tamise. Mais c'est le chalutage, la pêche des poissons délicats consommés à l'état frais qui a fait la fortune moderne de Lowestoft; il résulte de l'initiative d'une compagnie de chemin de fer, le Great Eastern, qui aménagea le port et organisa des services de trains rapides pour l'expédition du poisson aux grandes villes. Plus de 300 chalutiers appartiennent à Lowestoft. Comme Yarmouth, Hull et Grimsby, ce port est un véritable organe industriel, fonctionnant avec des moyens puissants et produisant par grandes masses. Yarmouth et Lowestoft pèchent annuellement à eux deux environ 175 000 tonnes de poisson; Grimsby et Hull, 275 000 tonnes.
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