V. — LES PAYS DE LA TAMISE ET DE L'OUSE
Cette partie de la Plaine anglaise, qui compose le haut bassin de l'Ouse et surtout le bassin de la Tamise, a pour originalité de rappeler le mieux la disposition du Bassin de Paris en zones parallèles ou concentriques, exprimant autant de variétés de roches et correspondant à autant d'aspects régionaux. L'étude du relief nous a montré, d'Ouest en Est, la succession de quatre de ces zones : plateaux calcaires, plaines et dépressions argileuses, plateaux de craie, plaines et vallées sur les sables et les argiles de la dépression de Londres. Telle est aussi la succession des paysages, des formes d'économie et des genres d'établissements humains (pl. XLII, B).
Entre les vallées de la Severn et de la haute Tamise, se dressent les plateaux calcaires, élevés de 343 m. prés de Cheltenham, qu'on appelle les Cotswold; ils tombent raide vers l'Ouest, entaillés par de profondes vallées aux rivières claires et rapides. Sur leur surface sèche et pierreuse, les horizons seraient presque nus, sans les récentes plantations de pins; il y reste encore çà et là de vraies steppes à l'herbe courte, émaillées de fleurs sauvages; il n'y a de bois que sur les versants et dans les ravins où des hêtres superbes dressent leurs claires frondaisons. Ces plateaux herbeux, qu'on peut comparer à un vaste down, se prêtent depuis longtemps à l'élevage des moutons; dès le moyen âge, la race fameuse des Cotswold fournissait sa laine aux entrepôts de Cirencester, de Northleach et de Chipping Campden, d'où les marchands de Londres l'expédiaient vers les ports du Kent à destination de Calais et de la Flandre, Ainsi naquit sur place, auprès des petites rivières qui donnaient leur eau pour les laveries et les moulins, la manufacture de la laine; elle fleurit jusqu'au milieu de xix^ siècle; il n'en subsiste maintenant que de petits groupes, à Bradford on Avon, à Trowbridge et surtout à Stroud; on y fabrique des tissus de laine cardée qui ont grande réputation; les usines travaillent au fond de vallées vertes et fraîches, dans un cadre agreste qui contraste avec l'atmosphère enfumée, les rivières salies, les landes sombres du West Riding. Si l'on excepte Chipping Norton (4 000 hab.), petit marché du plateau, il n'y a de centres urbains que dans les vallées, à la lisière des plaines : Malmesbury, Cirencester (7 500 hab.), Banbury (13 000 hab.), tous, villes rurales qui vivent de leurs marchés et de leurs industries agricoles.
Des plateaux de calcaire sec, on descend dans la large dépression bocagère j où se réunissent toutes les petites rivières qui forment la Tamise. La variété j étonnante des assises jurassiques et infra-crétacées qui affleurent, argiles, marnes, calcaires, grès et sables, fait de cette dépression, plutôt qu'une plaine, une contrée bosselée, légèrement mouvementée, où l'on voit alterner de douces collines boisées, des pentes semées d'arbres et striées de haies, des vallées vertes et bien arrosées. Ce fut autrefois une riche région de céréales, mais tout l'orientait vers l'économie herbagère : l'étendue des sols argileux, les larges fonds de vallées où serpentent les bras d'eau, les prairies naturelles permettant de belles coupes de foin, la proximité de Londres assurant un débouché toujours ouvert. Aussi sommes-nous ici dans le royaume de la laiterie; dans presque chaque ferme on fabrique du beurre; de toutes les gares partent des wagons de lait à destination •de la capitale; chaque voie ferrée est une route du lait (milky woy). Les petites villes pullulent dans ces grasses campagnes : Chippenham (5000 hab.), marché
G. i;.. t. I. Pl.. XLV.
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