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Que reste-t-il en terre après ces prélèvements colossaux? Question angoissante, à laquelle plusieurs enquêtes géologiques ont donné leur réponse. D'après leurs résultats, on peut évaluer les réserves de charbon britannique, situées à moins de 1 220 mètres de profondeur, à 140 milliards de tonnes, ce qui suppose, à raison d'une extraction annuelle de 230 millions de tonnes, que les gisements évalués s'épuiseront en 610 ans. Cette perspective encore lointaine se révèle cependant déjà par des symptômes très clairs. Il y a des indices d'épuisement dans plusieurs mines des Midlands, du Lancashire et du Cumberiand. Les affleurements voisins de la surface disparaissent, et l'on atteint des profondeurs où l'exploitation devient plus pénible et plus coûteuse; la profondeur moyenne des puits ne dépasse guère 275-365 mètres, mais certaines fosses descendent déjà à 500 mètres dans le Sud du Pays de Galles, à 900 mètres dans le Durham, et même davantage dans le Lancashire. Le même fait se traduit par la diminution du rendement des ouvriers (l'ouvrier américain rend quatre fois plus que l'ouvrier britannique) et par l'accroissement du prix de revient. Aussi la progression du rendement des houillères britanniques n'a pas pu suivre la progression des houillères améri-

LA VIE ÉCONOMIQUE. — l'eMPIRE.

caines. Jusque vers 1870, la Grande-Bretagne produisait la moitié de la houille du monde entier; vers 1900, les États-Unis l'égalaient; ils la dépassent maintenant de très loin, puisque la production britannique (1900-1914) est à la production américaine comme 3 sont à 5, et même, pour 1920, comme 2 sont à 5.

La valeur des gisements de houille britannique s'accroît de tout l'avantage que donne à plusieurs d'entre eux la proximité de la mer. Le charbon est, par excellence, le fret du commerce côtier; c'est lui (seacoal) que le cabotage amène de Newcastle à Londres dès le xiii^ siècle; Londres en reçoit 355 000 tonnes en 1670, 1 120 000 en 1795. Une flotte entière vit de ce transport. Pour les expéditions de houille, on voit figurer dans les statistiques 43 ports d'Angleterre et 15 d' Ecosse; pour les arrivages, 62 ports d'Angleterre, 23 d'Écosse et 16 d'Irlande. La houille représente le tiers du mouvement du cabotage : aucun pays ne possède pareille ressource de fret. Mais c'est dans le commerce extérieur que cette ressource a pris les proportions d'une véritable fortune pour la marine marchande. La plupart des matières premières qui entrent en Grande-Bretagne pour être manufacturées en sortent avec des volumes et des poids beaucoup moindres; beaucoup de navires devraient repartir à vide, sans l'appoint du charbon qui leur fournit le fret de retour; il peut constituer des cargaisons entières; il est si nécessaire dans la vie moderne qu'il peut trouver un débouché partout où quelque peuple civilisé en manque. Aussi la houille britannique a suivi le pavillon britannique sur toutes les mers, et l'on vit son exportation vers les pays d'outremer monter de 3 800 000 tonnes en 1850 à 76 000 000 de tonnes en 1913, ce qui représente pour cette dernière année presque le quart de la production, et plus des trois quarts du poids total des exportations britanniques (pl. LIV, A).

Les exportations de charbon se font principalement par quatre groupes de ports : les ports gallois, Cardifî, Newport, Swansea et leurs annexes; les ports du Northumberland, Newcastle, Sunderland et Blyth; les ports du Humber, HuU et Grimsby; les ports écossais, Glasgow, Grangemouth, Methil et leurs voisins. La primauté dans la masse totale des exportations appartient au Pays de Galles, dont la part a monté de 40 p. 100 en 1913 à 57 p. 100 en 1919; puis au Northumberland, 30 p. 100. Les grands clients de la houille britannique se trouvent dans l'Europe atlantique, depuis la Norvège jusqu'au Portugal, et dans les pays de la Méditerranée; ces deux destinations absorbent les quatre cinquièmes de toute l'exportation; la France à elle seule en reçoit 25 p. 100, l'Italie, 15, les pays Scandinaves, 15, la Belgique et les Pays-Bas, 10; d'assez grosses cargaisons vont rejoindre les escales de la navigation en Méditerranée, Gibraltar, Alger, Malte, l'Égypte. Mais il y a des consommateurs plus lointains, comme l'Amérique du Sud; à la fin du xix^ siècle encore, il s'en trouvait jusque dans l'océan Indien, dans l'Inde, à Ceylan et Java, et même jusqu'en Extrême-Orient.

En réalité, depuis le début du xx^ siècle, les exportations tendent à diminuer, leur périmètre, à se rétrécir. De tous côtés elles se heurtent à des rivales qui gagnent du terrain. Le charbon britannique rencontre le charbon américain dans l'Amérique centrale et l'Amérique latine, dans la Méditerranée et même dans l'Europe occidentale; les charbons indien, australien et japonais l'éliminent des ports de l'océan Indien au delà de Suez; les charbons Sud-africains anivent jusqu'à Bombay et Aden. Sur plusieurs marchés européens, les charbons allemands prennent sa place. Dans cette contraction générale du domaine de la houille britannique, c'est la perte des débouchés les plus éloignés qui constitue

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la perte la plus grave, parce que, les transports de charbon cessant, l'armement britannique perd un précieux fret de retour pour les cargaisons de matières premières et de denrées alimentaires qu'il amène en Grande-Bretagne. Le ralentissement du commerce d'exportation de la houille correspondrait à un affaiblissement de la situation de la Grande-Bretagne dans la lutte économique internationale.

Le fer. — Avec le travail du coton et de la laine, c'est par le travail du fer que l'industrie britannique a longtemps dominé le marché universel. Jusqu'à l'emploi de la houille pour la fonte du minerai de fer, les usines métallurgiques de Grande-Bretagne se répartissaient en trois groupes principaux localisés auprès de gisements superficiels de minerai, au milieu de forêts qui assuraient la fourniture de combustible : la forest of Dean entre la Severn et la Wye, la contrée de Birmingham et de Sheffield, et surtout le Weald dans le Kent et le Sussex. Au début du xviii^ siècle, cette industrie du fer ne pouvait se comparer à l'industrie de la laine, ni pour l'importance delà fabrication, ni pour l'étendue du marché; de 1710 à 1720, l'Angleterre exportait à peine 4 000 tonnes 'de fer; elle en achetait plus de 20 000 en Allemagne, en Suède et en Espagne; vers le milieu du même siècle, on commençait même à craindre que le manque de combustible, provoqué par la longue dévastation des forêts, n'obligeât les fourneaux à s'éteindre et les forges à s'arrêter. C'est l'emploi de la houille qui leur rendit la vie et inaugura ce qu'on peut appeler le règne du fer. Les usines se rapprochent des bassins houillers; dès le début du xix^ siècle, le Sud du Pays de Galles et le Staffordshire (Birmingham) produisent à eux seuls plus des trois quarts de la fonte de Grande- Bretagne. De nos jours, même quand les sources de minerai sont éloignées, la solidarité demeure étroite entre la houille et l'usine métallurgique. Parmi les groupes régionaux de travail sidérurgique, on peut distinguer ceux du Centre et ceux du littoral (fig. 75 et 76).

Les groupes du Centre se répartissent à la périphérie méridionale de la chaîne Pennine, sur les bassins houillers des Midlands, du Yorkshire et du Lancashire; c'est là, dans la Black Country, autour de Birmingham, que la révolution industrielle s'empara de la manufacture du fer; elle trouvait sur place tous les éléments du succès : expérience et tradition déjà anciennes, présence de minerais, abondance de charbon. Mais les conditions économiques ont évolué; les minerais locaux ne suffisent plus depuis longtemps; l'éloignement de la mer rend onéreux le transport des minerais littoraux et étrangers. Aussi voit-on ces usines intérieures abandonner la fabrication des produits bruts comme la fonte et même de produits demi-ouvrés, comme les grosses pièces d'acier ordinaire, et se tourner vers les articles plus travaillés et plus chers; la valeur de la main-d'œuvre vient compenser la faible masse de la production. Ainsi s'orientent Birmingham avec ses tubes, ses épingles, ses hameçons, ses automobiles; Sheffield avec sa coutellerie et ses armes; Bolton et Oldham, Keighley avec leurs machines à filer et à tisser. Plusieurs firmes de Sheffield et de Birmingham, pour continuer à fabriquer des produits lourds, tels que rails, poutrelles et même plaques de blindage, ont dû fonder des usines sur la côte, à Middlesbrough et à Workington. Avec ces groupes intérieurs qui se spécialisent de plus en plus dans les articles ouvrés, il faut ranger les ateliers de construction de machines agricoles dispersés dans les régions fertiles de l'Est, à Norwich, Lincoln, Gainsborough et Grantham, ainsi

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que les ateliers de construction et de réparation qui travaillent pour les différentes compagnies de chemins de fer, à Crewe, Swindon, Eastleigh, Dcncaster, Derby, Oswestry, Kilmamock.

La plupart des centres métallurgiques de Grande-Bretagne vivent au contact de la mer. Le centre gallois, avec Swansea, Llanelly, Cardifî, Newport, Pontypool et Merthyr Tydfil, est sur le charbon; mais, ne produisant presque plus de minerai, il fabrique sa fonte avec les minerais étrangers qui arrivent par mer. Le centre écossais de Glasgow fut l'un des premiers à pratiquer la grande métallurgie; il dut sa première puissance à la découverte, faite par David 5 „ Mushet en 1801, du fameux

minerai hlackhand, étroitement associé dans les mines avec les couches de houille; ce minerai local ne suffit plus à la production de la fonte écossaise; par la Clyde les navires de mer apportent maintenant les minerais étrangers; ce groupe écossais se distingue par l'universalité de sa production allant depuis la fabrication de la fonte en masse jusqu'à la construction des engins et des machines les plus soignées. Le centre du Nord-Est prit son essor au milieu du xix^ siècle, quand on mit en exploitation les masses de minerai oolithiques du Cleveland; il comprend lui-même deux foyers, l'un sur le minerai autour de Middlesbrough, l'autre sur le charbon autour de Newcastle; de l'un à l'autre les échanges s'effectuent en une courte traversée, d'estuaire à estuaire; et c'est par mer, comme fret de retour des charbonniers, qu'arrivent les minerais étrangers destinés aux mélanges (pl. LIV).

L'une des formes de travail les plus personnelles à la métallurgie britannique, la construction navale, dérive elle-même de la vie maritime et du contact avec tous les services que peut rendre la mer. Au début du xix^ siècle, c'est aux États- Unis, auprès de leurs grandes forêts de Nouvelle-Angleterre et de Pennsj'lvanie, que se trouvaient les plus grands chantiers du monde : l'Angleterre elle-même leur achetait des bateaux. Dès que le fer se substitua au bois dans la construction navale, la suprématie passa à Ja Grande-Bretagne; cette industrie abandonna les régions maritimes, comme la Tamise, dépourvues de houille et de fer, et elle vint

FiG. 75. — Les hauts fourneaux de Grande-Bretagne.

1, Groirpe de plus de 5 hauts fourneaux; 2, Groupe de 1 à 5 hauts fourneaux. — Principaux ports d'importation de minerai de fer : Middlesbrough, 40 p. 100 de l'importation britannique; Glasgow et les ports écrits avec les mêmes caractères, de 3 à 10 p. 100; Swansea et les ports écrits avec les mêmes caractères, moins de 3 p. 100.

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se concentrer auprès des estuaires bien pourvus ou bien situés. Elle se répartib actuellement en trois grands foyers : le premier dans le Nord-Est, sur les bords de la Tyne, de la Wear et de la Tees, alimenté par l'énorme production sidérurgique de Newcastle et de Middlesbrough, qui lance presque la moitié du tonnage construit dans le Royaume-Uni; le second sur la Clyde, dont les chantiers, échelonnés sur 40 kilomètres le long de l'estuaire, fournissent 30 p. 100 de la construction britannique; le troisième, Belfast, qui n'a ni fer ni houille, mais les reçoit facilement d'Écosse et d'Angleterre. Les chantiers britanniques ont lancé (moyenne annuelle) 227 000 tonnes en 1859-1862, 954 000 tonnes en 1899-1902, 2 038 500 tonnes en 1912,

1 085 000 tonnes en 1925. Sur l'ensemble du tonnage construit dans le monde, ils en livraient 80 p. 100 en 1880, 62 p. 100 en 1901-1910, 49 p. 100 en 1925 : les progrès colossaux des États-Unis pendant la Guerre avaient accru ce déclin.

Mais l'avance américaine n'a pas duré, et la Grande-Bretagne reprend depuis 1922 sa position prépondérante. Elle ne construit pas seulement pour sa propre flotte, mais pour le monde entier; il n'est point de marine qui ne compte sur les chantiers britanniques pour réparer ses pertes ou accroître ses effectifs ; on est certain d'y trouver, parmi la multitude des ateliers spécialisés et fabriquant en séries, le type de navire dont on a besoin (pl. LIV, C).

La métallurgie britannique, qui domina le marché universel depuis la fm du xviiie siècle jusque vers le dernier quart duxix^, n'a pas conservé cette prépondérance. Si elle perd du terrain, elle le doit, en partie, au fait qu'elle dépend chaque jour davantage des minerais étrangers. Jusque vers 1850, elle tira presque tout son minerai des gisements contenus dans le terrain houiller, et elle connut l'inappréciable avantage de trouver ces minerais dans tous les bassins houillers; actuellement ils n'ont plus une certaine importance que dans l'Ecosse et le Stafïordshire; leur déclin ne vient pas de ce qu'ils s'épuisent, mais de ce qu'ils sont trop pauvres; un nouveau progrès de la technique peut un jour les ramener au premier plan. Un peu après le milieu de xix^ siècle, l'invention de Bessemer vint donner une valeur particulière aux minerais pauvres en phosphore: on vit alors les gisements du Cumberland entrer en ligne et livrer leurs richesses entre

FiG. 76. — Les aciéries de Grande-Bretagne.

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1870 et 1890; mais, vu leur faible étendue, on a déjà épuisé leurs parties les plus accessibles, et leur production ne cesse de baisser depuis 1880. Une troisième source, très puissante, de minerai fit son apparition entre 1850 et 1860 : ce sont les gisements des terrains jurassiques, disposés en un arc de cercle depuis le Cleveland (bords de laTees) jusqu'au Gloucester, en passant par le Lincoln, le Northampton et le Leicester; on a commencé leur exploitation dans le Cleveland, au voisinage de la mer et de la houille; ils ont fait la fortune de Middlesbrough; mais déjà les mines du Cleveland s'épuisent, et l'extraction en grand se déplace vers le Lincoln, le Northampton et le Leicester. Ces minerais jurassiques, moyennement riches, phosphoreux, mais faciles à exploiter par des carrières à ciel ouvert et à l'aide de machines, représentent actuellement plus des deux tiers de la production britannique. Mais il s'en faut qu'ils sulTisent à la consommation de la métallurgie, malgré les énormes réserves dont elle pourrait tirer parti. C'est que, dans les conditions économiques actuelles, les maîtres de forges considèrent qu'il est plus avantageux, au lieu de traiter exclusivement la^grande masse des minerais pauvres de Grande-Bretagne, de fgndre les minerais riches de l'étranger; ainsi fait-on venir des minerais d'Espagne, de Suède, d'Algérie, de Grèce, de Terre-Neuve; à elle seule l'Espagne en envoie les deux tiers. Depuis le début du xx^ siècle, ces importations constituent le tiers du minerai consommé en Grande-Bretagne et, par conséquent, à cause de leur haute teneur, une proportion plus forte de la fonte fabriquée (fig. 77). Le tableau suivant résume les aspects du problème du minerai de fer en Grande-Bretagne.

Origine des minerais de fer consommés en Grande-Bretagne (en milliers de tonnes).

Minerais jurassiques, Cleveland, . . .

Lincoln, Northampton, Leicester, etc.

Total de la production britannique . .

Les avantages exceptionnels dont jouissait la métallurgie britannique lui ont permis une étonnante progression. Sa production de fonte s'élevait de 17 350 tonnes en 1740 à 200 000 tonnes en 1800, 3 500 000 tonnes en 1855-1859, 9 375 000 tonnes en 1908-1912, 10 260 000 tonnes en 1913, dont le tiers autour de Middlesbrough, le cinquième en Écosse, le sixième dans le Nord-Est, le septième dans le Pays de Galles. Vers 1850, elle produisait la moitié du fer du monde, et cette suprématie s'affirma jusque vers 1875. C'est alors qu'elle commence à sentir les symptômes de ralentissement provoqués à la fois par la concurrence des autres pays et par ses propres éléments d'infériorité. L'année 1890 fut une date dans l'histoire du fer : c'est la première où la production des États-Unis dépasse celle de la Grande-Bretagne; en 1923, en face des 39 500 000 tonnes de fonte produites par les États-Unis, la Grande-Bretagne n'en peut plus opposer que 7 400 000 tonnes : le sceptre appartient, sans espoir de retour, à l'autre rive de l'Atlantique. De mauvaises années, consécutives à la guerre et désolées par le

LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA VIE BRITANNIQUE

chômage, ont amené un déclin, simplement momentané. Mais ce qui ne peut être momentané, c'est la conquête ou l'amoindrissement des anciens marchés britanniques par de jeunes rivaux. Déjà, de 1873 à 1895, l'exportation des fers et des aciers avait diminué de moitié; celle de la quincaillerie, de plus de moitié. En trois années, de 1909 à 1912, la part de la Grande-Bretagne dans l'exportation mondiale des produits sidérurgiques était tombée de 62 à 44 p. 100; les commandes des pays encore mal outillés passent peu à peu aux États-Unis, à l'Allemagne et à d'autres. Avec du coke plus cher, du minerai jmoins abondant, des usines souvent vieillies, la Grande-Bretagne se trouve distancée par les uns, bientôt menacée par les autres. Malgré tout, sa position demeure grande; chaque année, elle exporte pour le monde entier des masses de fonte et d'acier, des fers-blancs, des machines et des métiers, de la quincaillerie et de la coutellerie, des locomotives, des automobiles, des appareils électriques, des navires. Ces produits de la métallurgie représentaient, en 1913 et en 1922, 35 p. 100 des exportations britanniques d'articles manufacturés.

La LAINE ET LE COTON.

Depuis longtemps experte dans l'art du tissu, la Grande-Bretagne accueillit chez elle, auprès de la laine et du lin, tous les textiles que lui firent connaître ses marchands, le coton, la soie, le jute. Les uns ont certaines villes pour citadelles : le jute, Dundee; la soie. Derby, Coventry, Macclesfield; le lin, Belfast.

Les autres ont pour domaines des régions entières : le coton,

le Lancashire autour deManchester; la laine, surtout le Yorkshire. Tous ensemble, ils font vivre' plus de 5 millions d'hommes; ils fournissent, en valeur, la moitié des importations de matières premières, la moitié des exportations. Deux d'entre eux, la laine et le coton, régnent en maîtres; mais leur histoire est une lutte où le coton l'a emporté. Au début du xix^ siècle, les produits de la laine valaient dix-sept fois plus que ceux du coton; au début du xx^ siècle, les produits du coton l'emportent de plus du double.

Au début du xviii^ siècle, le travail de la laine, quoique dispersé à travers les campagnes britanniques, avait cependant trois foyers principaux : l'Est autour de Xorwich, l'Ouest entre la Manche et le canal de Bristol, le Nord dans le West Riding. L'emploi de la houille et des machines a bouleversé cette répartition

FiG. 77. — Les mines de fer de Grande-Bretagne.

Géographie uniterselle. — Iles Britanniques.

LA VIE ÉCONOMIQUE. l'eMPIRE.

géographique; actuellement, le West Riding concentre les quatre cinquièmes des ouvriers de la laine de Grande-Bretagne. L'existence d'autres centres lainiers montre que cette concentration n'a pas atteint le même degré que pour le coton : il existe toujours de petits districts lainiers, très vivaces, dans la vallée de la Tweed en Ecosse, dans les Midlands à Kidderminster, dans l'Ouest à Wellington et Stroud. Les manufactures de laine britanniques ont toujours travaillé pour les marchés étrangers; à la fm du xvii^ siècle, leurs tissus représentaient les deux tiers des exportations nationales; de nos jours encore, la moitié des articles de laine manufacturés s'exporte. Mais les conditions du marché étranger ont évolué au détriment de la fabrication britannique. Depuis 1875, beaucoup de pays ont développé leur industrie lainière, comme la France, les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie; d'autres en ont créé une, comme le Japon, l'Australie, le Canada. Presque tous tendent à se suffire à eux-mêmes. Les tissus britanniques trouvant beaucoup de portes fermées, il fallut se rabattre sur l'exportation des produits demiouvrés, des peignés et des filés, dont l'Allemagne devint le plus gros acheteur; mais même cette clientèle menace de tarir. L'industrie de la laine paraît avoir été l'une des plus atteintes par la guerre. Plus que toute autre, elle a besoin d'un monde pacifique et laborieux, car ses meilleurs débouchés se dispersent dans tout l'univers : Japon, Australie, Canada, États-Unis, Argentine, Chine, France, Allemagne. Par sa matière première aussi, elle dépend étroitement de l'extérieur, puisque près des quatre cinquièmes des laines qu'elle consomme proviennent d'Australasie et d'Afrique australe.

L'industrie cotonnière fut le terrain du plus grand triomphe qu'ait remporté en Grande-Bretagne la révolution industrielle. Nouvelle venue, sans traditions et sans passé, elle put adopter les machines sans résistances, sans longues adaptations; navette volante, spinning Jenny, waterframe, mule Jenny, toutes ces inventions du génie britannique s'appliquèrent à elle d'abord, tandis que l'industrie lainière demeurait plus longtemps fidèle aux anciens procédés. C'est par le machinisme que le coton conquit la suprématie textile ; tandis que, de 1856 à 1885, le nombre des ouvriers cotonniers s'accroissait seulement de 32 p. 100, le nombre des broches s'élevait de 56 p. 100, et celui des métiers, de 88 p. 100; dans la filature, la production décuplait de 1820 à 1880, tandis que la main-d'œuvre employée doublait seulement. C'est à la domination de la machine que l'industrie du coton doit de s'être concentrée pour ainsi dire tout entière dans le Sud du Lancashire; il n'y a d'usines dissidentes qu'en Écosse, dans le district de Paisley, et dans les Midlands, à Nottingham; encore sont-elles spécialisées dans certaines fabrications. D'année en année, soutenue par des débouchés universels, la fabrique a pu accroître ses moyens, passant de 8 685 000 broches en 1850 à 56 351 000 en 1920, consommant 110 000 tonnes de coton en 1828-1831, 940 000 en 1911-1913 (590 000 tonnes en 1920-1921). Pareille consommation soulève des inquiétudes pour l'avenir de l'approvisionnement; car les États-Unis, le grand fournisseur, manufacturent une proportion de plus en plus grande de leur production; aussi la Grande-Bretagne cherche à étendre la culture du coton dans toutes les parties de son empire colonial qui s'y prêtent : les Antilles, l'Inde et surtout l'Afrique. Ce problème de la matière première est vitale pour le Lancashire, et même pour la Grande-Bretagne, car la manufacture du coton est le type de l'industrie britannique travaillant pour l'exportation : elle exporte les trois quarts de sa production, ses principaux marchés se trouvant dans l'Inde, la Chine, l'Égypte,

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la Turquie, l'Afrique tropicale, l'archipel Malais. Des dangers la menacent, comme les autres industries britanniques; elle rencontre des rivales, non seulement en Europe, mais encore dans l'Inde, la Chine, le Japon, le Brésil, les États-Unis; déjà Manchester a dû, pour maintenir sa supériorité, se spécialiser dans la fabrication des fils fins, laissant à des pays plus novices celle des fils grossiers; déjà, incapable de vendre des tissus à des pays qui ont créé chez eux le tissage, il se borne à leur vendre des filés. Les étoffes anglaises se vendent de moins en moins aux États-Unis et sur les marchés que contrôlent les commerçants américains; la puissance américaine grandit par bonds; il y avait encore en 1860 six broches britanniques pour une américaine; elles ne sont plus guère maintenant que trois contre deux. Malgré ces dangers et ces échecs, l'industrie cotonnière demeure toujours pour la Grande-Bretagne la base la plus solide de son expansion commerciale et de sa puissance capitaliste. Elle forme la pièce principale de ce colossal organisme créé pour l'exploitation du marché universel, colossal et fragile à la fois, parce que tous les désordres politiques et économiques de l'univers peuvent compromettre sa stabilité; quatre années de guerre mondiale ont abouti, pour l'industrie britannique, à la fermeture de nombreux marchés et, par voie de conséquence, à une crise de chômage sans exemple, qui laissa plus de 1 500 000 ouvriers sans travail en 1922.

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