UN DES CONVIVES
" Où le bel Otho est-il né? où la belle crinière a-t-elle grandi ? Est-ce sur la voie qui conduit au bain , ou sur celle qui mène à la fontaine ? »
LE CHEF DES CHASSEURS
" Otho n'est point né dans un lit, il n'a point dormi dans une crèche. Le bel Otho est né, la belle crinière a grandi dans les régions voisines de la lune et du soleil, dans la patrie des étoiles, sur les bras splendides d'Otawa\ Ukko, le roi splendide des cieux, le vieillard très-haut, jeta dans l'eau un flocon de laine, et ce flocon, poussé par les vents, enflé par la vapeur de l'eau, fut porté par les vagues de la mer jusqu'aux rivages
1. La grande Ourse. Cette origine attribuée à l'ours est bien dans le génie de la poésie finnoise.
des îles en fleurs, jusqu'au promontoire que fréquentent les abeilles.
« Mielikki, la douce vierge de la forêt, la femme courageuse de Tapio, s'élança au milieu des vagues , prit le léger flocon de laine et le cacha dans son sein. Ensuite , elle le déposa dans une petite corbeille d'argent, dans un beau berceau d'or, et , elle le suspendit à un des arbres chevelus de la forêt. « Et maintenant elle berce doucement son bienaimé ; elle nourrit son doux Otho, sa belle crinière, au pied de l'humble bouleau , dans la petite forêt de pins, parmi les fleurs riches de miel,
« Mais l'ours n'a pas encore de dents, et les ongles manquent à ses pattes. Miehkki va partout en chercher ; efle en chen^he sous l'écorce des arbres durs, dans le cœur des troncs brûlés; elle en cherche sur les colhnes verdoyantes, dans les plaines couvertes de pins , dans les champs riches d'arboisiers. Or un pin, un bouleau s'élevaient sur une cofline. Dans le pin brillait un rameau d'argent, dans le bouleau un rameau d'or. Mielikki arracha ces rameaux avec la main, et en fit des dents et des ongles pour l'ours.
«' Et efle bâtit une tupa de bois de prunier, et elle voulut que l'ours l'habitât, au heu de parcourir les marais, d'errer dans les bois," de s'égarer dans les plaines. C'est de là que notre Otho est venu, que notre hôte d'or a été amené. »
LES ILES D'ALAÎSD. d4]
APRÈS CETTE EXPLICATION DE l'oRIGINE DE l'oURS, ET LE FESTIN ÉTANT TERMINÉ, LES CHASSEURS SE METTENT EN DEVOIR d'aKRACHER LES DENTS AU NOBLE ANIMAL ; TACHE DIFFICILE , CAR IL FAUT LES DÉTACHER SANS EM- PORTER LE MOINDRE LAMBEAU DE GENCIVE; ON FAIT POUR CELA DES CONJURATIONS DE TOUTES SORTES; EN- FIN, LA TÊTE DE l'oURS EST SUSPENDUE A LA CIME
d'un pin Élevé ; et le chef des chasseurs clôt la fête par cette prière :
« Permets, ô Dieu, vrai Créateur, que la joie retentisse dans les noces des héros de la forêt, dans le beau festin de la vierge des bois.
« Pci-mets, ô Dieu , vrai Créateur, que le chemin soit désigné dans la forêt , que des signes soient gravés dans les arbres pour notre troupe de chasseurs , nos nombreux héros.
<c Permets , ô Dieu , vrai Créateur , ciue la corne de Tapio résonne , que la flûte des bois soit entendue dans ces petites demeures, dans ces étroits sentiers. »