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mes par hemman (propriété rurale) , pendant l'hiver, ponrie service delà poste.
Donc, il fut décidé que l'on ne rebrousserait cliemin que de quelques centaines de pas, puis qu'on se dirigerait par une autre route jusqu'au village de Bergen, où l'on passerait la nuit. Ce n'était certes pas là une grande avance, puisque de l'endroit où nous étions jusqu'à Bergen , il n'y avait guère que dix kilomètres, mais, enfin, cela valait toujours mieux que de retourner sur nos pas.
Ici notre Yoyage tourna tout à fait au fantastique. Nous nous enfonçâmes dans des gorges larges et profondes, où de gros nuages, qui s'étaient élevés tout à coup, ne laissaient pénétrer qu'une lumière assombrie : bien qu'il fût à peine midi, on eût dit être à huit heures du soir. Et quelle glace que celle que nous avions sous les pieds! Tourmentée, au moment de sa formation par des vents toujours furieux, elle n'olfrait dans toute son étendue qu'une succession de vagues solides dont les intervalles étaient encombrés de tas de neige que le dégel de la veille, continua pendant la nuit, avait transformés en épaisses flaques d'eau. On y voyait aussi de petits blocs aigus serrés les uns contre les autres, comme des pavés; des plaques rondes amoncelées en piles comme des assiettes; enfin, le long des côtes, des masses
gigantesques tellement coupées et bouleversées qu'on eût dit des carrières de marbre blanc en exploitation.
« Deux de nos hommes marchaient en avant armés de leurs sondes de fer. Les autres suivaient lentement portant nos bagages ou attelés à nos traîneaux vides, que dans les endroits plus difficiles , nous devions encore pousser par derrière. A chaque instant, les sondeurs criaient Stopl (halte !) Et l'on faisait halte jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé une ligne plus ferme.
« Cependant les ténèbres s'épaississaient de plus en plus , la neige et la pluie tombaient tour à tour, un vent glacial répercuté par les rocs de granit et les forêts de sapins qui nous environnaient , nous chassait au visage des débris de glaçons et s'engouffrait dans nos pelisses. Ce n'était plus un voyage, c'était une lutte affreuse contre les éléments.
« Cette lutte dura trois heures. Nous mourions de fatigue et de faim. Or Bergen était loin encore. Un rocher formant caverne se présenta heureusement devant nous. Nous y cherchâmes un abri; et là, assis sur nos malles, c'est-à-dire sur des blocs de glace, car la neige, la pluie et le froid combinés les avaient rendues telles, nous attendîmes en mangeant que l'orage se fût un peu calmé. Hélas ! de toutes les excellentes provisions
^i LES ILES D'ALAND.
dont notre ami , le baron de Wahrendorff, cet homme si agréable, ce gourmet si délicat, nous avait pourvus à notre départ de Stockholm, d toutes ces provisions, il ne nous restait qu'un morceau de pain, deux pommes et deux verres de cognac. Nous en limes deux parts que nous dévO' rames avec une incroyable avidité. Ce triste repas nous fit l'effet d'un succulent festin; il nous re donna force et courage.
<- Le temps avait repris sa sérénité quand nous arrivâmes à Bergen; mais il était fort tard; la lune brillait déjà à l'horizon. Nos rotkarlar nous introduisirent dans une misérable cabane de pêcheurs , où l'on mil à notre disposition un réduit ouvert à tous les vents, garni d'une vieille table boiteuse, d'un escabeau et d'un grabat formé d'un grand coffre en bois rempli de paille.
« C'était presque nous inviter à ne pas dormir. Je sortis, en effet, enveloppé de mes fourrures, pour voir le pays.
« Le bauieau de Bergen est un peu plus considérable que celui de Grundsmda , mais il est moins heureusement situé : il couvre une colline escarpée, où les maisons sont tellement enclavées entre les arbres et les rochers qu'il est difficile de les distinguer à distance, surtout lorsqu'une neige abondante a enveloppé toute la masse de son voile uniforme.
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LES ILES D'ALAND. 4g
« Cet usage d'habiter sur les hauteurs, famiher aux Âlandais, leur vient, sans doute, des Finnois. Ces peuples simples et siiiritualistcs s'étaient épris des montagnes ; ils y trouvaient , au lieu des alimeuts matériels que leur offrait la plaine , des inspirations naïves qui les rapprochaient du ciel et les rendaient plus aptes à comprendre les œuvres de Dieu. Encore aujourd'hui , la Finlande garde des traces de ces mœurs antiques ; en certains endroits surtout, il est difficile d'y rencontrer une hauteur qui ne soit couronnée de quelque habitation.
.. L'aspect de Bergen, tel que l'avait fait l'hivei-, était étrange. On se demandait s'il était bien possible que ces maisons de bois, plantées dans le roc et presque ensevelies sous la neige, servissent de demeure à des créatures humaines. Il en était ainsi pourtant, et vraiment les gens de Bergen n'avaient pas l'air de s'en plaindre. Une résignation immense distingue tous ces habitants des durs climats. Obligés qu'ils sont de lutter sans cesse contre une nature inexorable, ils se familiarisent nécessairement avec leur destinée ; leur âme n'éprouve pas môme la velléité du murmure. Du reste , il est rare que le désir excède chez eux la limite du besoin. Or, si pauvre, si désolé que soit le pays qu'ils habitent, ils y trouvent toujours de quoi le satisfaire*. »