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de venir en aide à l'expédition si on réussissail.
Le commodore se dirigea alors sur la Martinique. fi arriva dans les eaux de l’île le 14 janvier 1759.
Ce jour-là, à trois heures de l'après-midi, le marquis de Beauharnais, commandant général, fut informé que soixante-trois voiles étaient en vue au vent de l’île, du côté de la pointe de Salines. Il dépêcha immédiatement un exprès sur une hauteur, de l’autre côté de la baie de Fort-de-France, pour reconnaître la direction qu elles prenaient. L’exprès lui indiqua que cette flotte cinglait vers le nord. annonça la nouvelle aux commandants de quartier, leur intima l’ordre de tenir leurs milices prêtes à marcher, et de surveiller les signaux qu'il donnerait du haut du Fort Royal.
L'auteur de la Relation anonyme prétend que le général crut d’abord avoir affaire à des bâtiments marchands.
« I sembloit qu'il n’étoit plus possible de douter de leur entreprise, mais nous avions le croire dur sur cet article, et nous décidâmes, d'après M. de Beauharnois, général, que c’étoit une flotte marchande. C’est ainsi qu'il s’en ést expliqué, par sa réponse à M. de Chaillou, lieutenant du Roy à la Trinité, et à M. Bouillé, gouverneur, en lui en récommandant le secret ; il avoit cependant été informé par de bons observateurs du véritable état de cet armement. »
Quoi qu’il en soit, les ordres donnés par le général prouvent que, s’il se trompa, son erreur ne fut pas de longue durée.
. fil CHAPITRE VHI
« Le lundy 15 janvier, cette flotte parut en bon ordre dans la baye du Fort Royal avec des chaloupes à la traîne, et toute disposée au débarquement ; elle nous fit voir enfin de quelles marchandises nous allions traiter. »
Ïl était, en effet, sept heures du matin, le 15, quand les vaisseaux ennemis se montrèrent à hauteur du Fort Royal, vis-à-vis du Marin, faisant route pour passer par le canal de Sainte-Lucie. À onze heures, la tête de la flotte s’avança dans la baie, où l’on compta, à trois heures, soixante et onze voiles, qui louvoyèrent le reste du jour et la nuit suivante. Un vaisseau et une goélette tentèrent cependant de forcer l'entrée de la baie : les canons du fort démâtèrent un de ces bâtiments, et tous deux se retirèrent. D'autres batteries firent également feu sur plusieurs vaisseaux, et les contraignirent à rejoindre l’escadre. Au matin, une bombarde chercha à bombarder le port et le fort, et s’en approcha à très petite portée de canon ; elle dut également se retirer. M. de Beauharnais note, à ce propos, que les officiers de marine venus au fort, et auxquels on fit la gracieuseté de laisser tirer le canon, s’en acquittèrent aussi bien que les artilleurs, et, dans l’ensemble, lui apportèrent une aide précieuse. "1
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Le Fort Royal était un des principaux centres de résistance de la colonie. Or, son état défensif rappelait singulièrement celui où M. de La Lande avait
trouvé le fort de la Grenade lorsqu'il en prit le commandement.
« Le Fort Royal, dans ce moment, avoit véritablement l’air d'un premier pris : quatre compagnies d'infanterie réduites en tout à 120 hommes, la majeure partie avec des figures qui n'’étoient pas de ce monde, 36 bombardiers, 8o suisses, 14 officiers ; 100 barils de bœuf pour tous vivres et rafraîchissements ; point d'eau dans la citerne ; trop peu d'ustensiles pour servir les canons, point d’affûts de rechange, point de linge, point de charpy, peu de boulets, presque point de mitrailles : telle étoit sa posture. Le fort, jusqu'à ce jour protecteur de nos flottes, tendoit les mains vers le port, et redemandoit au jour de ses disgrâces une protection dont il l'avoit fait jouir jusqu'alors.
« Les ressources étoient médiocres ; un vaisseau et deux frégates : c’étoit tout; le plus petit bâtiment pouvoit cependant quelque chose pour un infortuné qui ne pouvoit plus rien. Mais a-t-on cher ami au jour mauvois ? Les deux frégates avoient pris leur parti, et, autorisées par M. de Beauharnois, n’attendoient plus pour s'éloigner que les ténèbres de la nuit, et,
le même soir, elles abandonnèrent le malheureux fort
à sa destinée. Le Florissant, plus généreux, voulut partager sa fortune. »
Ces deux frégates, la Bellone et l’Aigrette, s’échap-
pèrent, en effet, grâce à l'obscurité ; il avait été décidé que le Florissant ferait de même la nuit suivante. Il importait de sauver ces navires.
À l’arrivée de la flotte ennemie, M. de Beauharnais avait pris ses dispositions au mieux des circonstances et de ses moyens de défense. Pour protéger les batteries, M. de Caponi, major de la Martinique, eut l’ordre de s'établir à la Case-Navire, dans des retranchements nouvellement construits et encore incomplets, avec deux compagnies du Fort-Royal. Une compagnie (les trois formaient au total 130 hommes) fut détachée à la Case-Pilote; uneautre à la Pointe des Nègres.
La batterie de la Case-Navire avait quaire canons et était à barbette ; celle de la Pointe-des-Nègres, formant presque un demi-cercle, avait sept canons battant tous des points différents, si bien qu'on n'en put utiliser qu'un, contre un navire qui vint s'embosser juste en face.
Vers six heures du soir, la compagnie du Lamentin, forte de soixante hommes, se présenta au général, qui l’envoya renforcer M. de Caponi. À une compagnie de la Rivière-Salée, et à celle de cavalerie du Lamentin, de trentre maîtres environ, l’ordre fut donné d'aller au morne Tartançon, d'y battre l’estrade, et d’y faire bonne garde. Une autre compagnie d'infanterie de la Rivière-Salée de vingt-quatre hommes (douze blancs et douze nègres) qui survint dans la nuit, reçut le même objectif. Deux compagnies encore allèrent renforcer trente hommes auxquels on avait confié la garde de deux postes dans la ville. I vint aussi une compagnie de cavalerie de douze maîtres.