‹ Les iles de l'aventureChapitre 11 sur 24 · À PANNE · texte numérisé non relu

À PANNE

Cela faisait beaucoup de compagnies, mais de si peu de monde, que l'effectif total dont disposait le général restait bien faible. De plus, leur obéissance laissait à désirer au point que l'on put soupçonner l'ennemi d'avoir des intelligences dans la place; la Relation anonyme prouve, en tout cas, que le mauvais vouloir des habitants et des milices à l'encontre du général était certain..Deux des compagnies que M. de Beauharnais voulut faire entrer au Fort, s'y refusèrent ; il dut céder et les laisser au morne Tartançon, où elles désiraient se rendre. Ainsi peu d'hommes des milices avaient répondu à son appel, et il ne pouvait en disposer à sa guise pour les besoins de la défense. Il commandait au Fort Royal à deux cent quarante hommes, 1à où il en eût fallu mille deux cents.

Le matin du 16 janvier, le commandant général, accompagné de l’intendant, monta à cheval pour visiter les retranchements de la Case-Navire. Il trouva M. de Caponi entouré dé fort peu de monde; il se voyait dans l'impossibilité de lui en envoyer davantage. Et, en regagnant la ville, il songeait que rien ne s'opposerait sérieusement au débarquement de l’ennemi.

Entre neuf et dix heures, quatre vaisseaux s’embossèrent, l’un devant la batterie de la Pointe des Nègres, les trois autres devant celle de la Case-Navire. Attaquées par l'artillerie et la mousqueterie, toutes deux furent démontées en très peu de temps; les

NEA VIT

troupes qui les gardaient les évacuèrent après en avoir | encloué les canons, et se rallièrent autour de M..de

Caponi, assez heureux pour avoir fait beaucoup de mal à un bâtiment échoué tout près de terre, contre

sa batterie. Il avait tenu ferme malgré le feu qui battait la plage, et ne se retira que sur l'ordre réitéré du |

général, et sur l'avis que l'ennemi était maître de la Pointe des Nègres. |

11 laissa quelques postes dans diverses habitations en se repliant sur le morne Tartançon, couvert par

environ cent quatre-vingts hommes. Ce morne fut garni de postes, dont M. de Beauharnais passa l'inspec-

tion dans la soirée. | S'étant emparé des batteries, l'ennemi $ ‘établit dans une habitation située à 300 pas de la Pointe des Nègres,

et éleva deux redoutes, l’une sur sa droite, l’autre en

avant, sur un chemin menant à un petit bois. Il put

alors, en toute tranquillité, débarquer de 6 à 7000. ii hommes. 0 CT

Favorisé par un beau clair de lune, pendant Ja nuit du 16 au 17, il rangea son armée en bataille. Il détacha en avant des pelotons, aux bords d’une ravine

qui entoure le morne Tartançon. Cette position était «

son objet capital : elle dominait le Fort Royal, le port,

la rade et la ville; une fois là, avec du gros canon 4 et une batterie de huit mortiers qu'il se proposait d'y installer, il se serait aisément rendu maître de tout le

reste,

Cette position réciproque du Fort et du morne avait d

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motivé le refus d'obéissance des milices ; elles ne croyaient pas utile de défendre le premier, qui devait tomber de lui-même aux mains de qui occuperait le second; le fort leur semblait dans l’île une cause de faiblesse, et cette opinion se basait sur ce qu'on en avait décidé la destruction. M. de Beauharnais, au contraire, voulait primitivement sauver le fort avant tout ; on ne l'écouta pas.

Persuadé que le fort, aux mains des ennemis, leur assurerait la domination de l’île, il songea à le faire sauter, bien que, d’après la Relation anonyme, il n’eüt pas les moyens de mener cette opération à bonne fin.

En dépit de ces divergences, tout le monde était d'accord sur un point: quand bien même l'ennemi parviendrait à occuper le morne et le fort, il suffirait aux défenseurs de se retirer dans les montagnes et de le harceler, avec l’aide des habitants, pour lui rendre le pays intenable. Pour soutenir cette guerre de guérillas, vingt mille hommes n'’eussent pas été de trop, disait-on. L'événement prouva, trois ans plus tard, qu'il suffisait de quinze mille,

En attendant, on se résolvait, comme nous l’avons vu, à disputer la possession du morne Tartançon. Mais là, « le désordre étoit tel qu'il étoit impossible de s'en faire une idée, et rien n'y manquoit de ce qui pouvoit causer aux gens sages les plus vives alarmes ; les vivres, jusqu'à l’eau, manquoient à nos troupes déjà excédées de fatigue par une marche forcée. Ce ne fut que vingt-quatre heures après qu'on fit dis-

tribuer les vivres aux détachements. Ainsi, dans un poste désavantageux par luy même, sans aucune espèce de fortifications, sans canon (bien que M. de Beauharnais affirmät en avoir mis deux en batterie), sans chef, puisqu'il faut tout dire, accablés de fatigue et de faim, il falloit attendre, dans un désordre affreux, des troupes enregimentées, parfaitement disciplinées, qui s’avancèrent, meycredi matin, x7 janvier, sur deux colonnes, avec deux pièces de canon de campagne qui leur nettoyoient le chemin, vers des gens qui n'avoient que leurs fusils, dont la plupart n'avoient fait usage que pour la chasse. |

« Un troupeau rassemblé dans une foire, dispersé çà et là pour être vendu et conduit tout de suite à la boucherie, est exactement l’image de ce que nous étions alors.

« Le général, arrivé sur le morne Tartançon dans le temps que l'ennemi commençoit à faire feu sur cette troupe dispersée, personne ne se mettant en bataille, jugea qu'il falloit se retirer, et entraîna avec lui beaucoup de gens qui, faute d'expérience, n'osoient prendre un parti d'eux-mêmes.

« Dans cette extrémité, le plus grand nombre en jugea différemment, et prit le conseil que donne le courage ; cétoit la seule chose qui ne nous manquoit pas, mais, en pareille besogne, un grand courage supplée à tout. Les gentilshommes, les conseillers en état de se battre, les nobles, et tout ce qui s'est trouvé de jeunesse, ignoroit l’art d'attaquer comme

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de se défendre. Mais ils sçavoient courre sus et tirer.

« Les Européens disent que la chasse est l’image de la guerre : notre guerre, ce jour-là, étoit plus exactement l'image de la chasse. Chacun à sa partie et par peloton fut charger l'ennemi. Les Anglois, suivis de tous costés, commencèrent bientôt à plier; on leur tua assez de monde ; nous ne sommes pas gens à rapporter des chevelures, les bonnets de leurs grenadiers nous suffisoient; nous ne tardämes pas à en avoir bon nombre. La devise de nec aspera terrem, dont les bonnets étoient décorés, annonçoit une audace qu'ils soutinrent mal. Leurs pelotons, soutenus d’un corps de troupe, s'étant avancés jusqu'auprès d’un bois, furent fusillés vivement, et entre autre celui qui avoit déjà passé la Ravine dans l'endroit où elle est le plus praticable ; ils n'osèrent passer plus avant, et se replièrent sur leur corps d'armée.

« Un de leurs officiers majors se mit à leur tête pour leur faire gagner le terrain qu'ils venoient de perdre ; il eut à peine fait trente pas qu'il fut tué, ainsi que plusieurs de sa troupe, ce qui les rebuta et leur fit prendre le parti de la retraite fort en désordre, craignant de nouvelles et de plus fortes embuscades, et d'être enveloppés par différents détachements qu'ils voyoient de leur camp et de leurs vaisseaux arriver de toute part. »

Les premiers détachements de l'ennemi avaient dû

dde

r22 À CHAPITRE VIII

se replier sur le gros, qui tirait plusieurs canons de 7 à

mis en batterie. Une troupe essaya un mouvement tournant, en filant le long de la mer ; M. de Beauhar-

nais envoya un détachement la fusiller de l’autre .

côté de la Ravine ; malgré l’aide de deux canons, et après cinq heures de combat, elle dut renoncer à for-

cer ce passage. De toutes parts, l'ennemi battait en

retraite sur Son camp.

Pendant l’action, une bombarde, soutenue Me plusieurs vaisseaux, s'était approchée, et avait jeté, en dépit du feu de nos canons, plusieurs bombes sur la ville et le fort. M. de Givry, « lieutenant de roy, officier de mérite et de distinction, dans lequel toute la colonie avoit la plus grande confiance », riposta énergiquement; une bombe du fort coupa le bâton du peq d'une frégate; les bâtiments ennemis s'éloi-

gnèrent, et aucun autre ne put s'approcher sans

essuyer le feu de nos batteries. Un des projectiles de

la bombarde tomba à 20 pieds de la poupe du Floris- … sant, qui n'avait pas quitté le port, et dont la posi-

tion devenait critique. Son commandant, M. de Maur-

ville, s'était embossé de manière à empêcher un débar-

quement sur la savane du fort, et à battre la ville au cas où l'ennemi s’y serait posté. |

Là ne se borna pas la coopération de ce navire à

la défense. M. de Maurville envoya au Fort, qui en avait grand besoin, des officiers, des soldats, l'élite

de ses canonniers et du matériel ; il forma un détache-

ment des gardes de la marine, sous les ordres de deux

officiers, pour courir au morne Tartançon. Il fournit aux défenseurs quatre à cinq mille cartouches fabriquées au fur et à mesure, et des approvisionnements de toutes sortes. « Il n'étoit pas un des officiers du vaisseau du Roy qui n'ait donné les plus grandes

preuves de zèle et d’ardeur, et qui ne se soit occupé 7 É

de la conservation du pays, comme si chacun d’eux avoit une habitation à y conserver. »

Le 17 au soir, tandis que l’ennemi regagnait son

camp, M. de Caponi, qui ne se reposa ni jour ni nuit

pendant les trois journées que dura l'attaque des Anglais, disposa ses postes pour le harceler pendant la nuit.

Deux prisonniers blessés que l’on avait faits furent conduits au fort. Un soldat irlandais vint se rendre ; conduit à M. de Beauharnais, il lui donna d'intéressantes indications, dont l'exactitude se vérifia par la suite. Il assura « que le général des troupes et les principaux officiers de l’armée avoient faire dire à M. Moore qu'ils trouvoient les choses dans une tout autre position qu'on ne leur avoit annoncé; qu'ils ne voyoient point l'ennemi en face à combattre ; que de chaque brin d’herbe pour ainsi dire il en sortoit des balles; que tout étoit plein d’embusquades; qu'ils ne pouvoient sans imprudence s'engager plus avant, à moins d'être écharpés; qu'ils avaient à combattre, en outre des insectes, un soleil et une chaleur insupportables ; qu'il n’y avoit pas moyen de prendre poste dans l’endroit indiqué, et qu'ils vouloient absolument se rembarquer aussitôt ».

En effet, le 18 au matin, on s’aperçut que l'ennemi avait décampé, et s'était rembarqué dans la nuit avec une certaine précipitation, puisque l’on trouva dans ses retranchements « beaucoup de petits ustensiles de guerre, de la poudre, quelques fusils, des cartouches, pelles, pioches, brouettes et chevaux de frise ». Nous avions eu trois blancs tués et quelques nègres, et une quarantaine de blessés; l'ennemi perdit environ 4oo hommes, dont 4 prisonniers et un transfuge.

Pendant la journée du 18, la flotte anglaise mit à:

la voile, et courut des bordées devant la baie de Fortde-France jusqu’à l'entrée de la nuit, où elle se dirigea vers Saint-Pierre. « Nous avions fait pour le lendemain les meilleures dispositions ; on avoit fait conduire au morne ‘artançon quelques pièces de campagne qui auroient égalisé le feu, on avoit commencé à corriger le désordre, l'ardeur étoit extrème, tout nous annonçoit le succès, que la fuite des ennemis nous a dérobé ».

Le 19, à la première heure, M. de Beauharnais et l'intendant partirent pour Saint-Pierre : le mauvais état et la longueur de la route ne leur permirent pas d'y arriver ; ils durent s'arrêter à une demi-lieue de la ville, d’où ils découvrirent la flotte louvoyant par le travers de la grande anse du Carbet.

D'ailleurs, les dispositions étaient prises pour recevoir l'ennemi de la bonne façon. Il ne restait dans la ville que des combattants, le reste de la population

l'ayant. évacuée. Un vaisseau de soixante-quatorze canons s'approcha pour canonner la petite batterie de la rivière Sèche, et de si près qu’il s’échoua. Il subit alors un feu très vif. Huit chaloupes se détachèrent pour le « tirer de presse; elles en vinrent enfin à bout et on a seurement tué beaucoup de monde à bord de l'ennemi. De notre côté, nous n'avons eu que deux aides canonniers tués ». Une galiote à bombes dut également se retirer. Le commodore s’approcha à son tour de la batterie, qui lui tira deux bombes : l’une le toucha, et l’obligea à déguerpir.

Dans la nuit, les vents drossèrent la flotte sous le vent du fort Saint-Pierre. Elle se décida alors à faire route sur la Dominique.

M. de Beauharnais envoya en hâte une petite galère à la Guadeloupe, avertir M. Nadau du péril qui le menaçait. Puis, le 2r, il pria le gouverneur de faire armer et d'expédier à cette île deux grands corsaires avec trois cent cinquante à quatre cents flibustiers. Ceux-ci n'étant pas partis, il ordonna à M. Douville, lieutenant d'infanterie, de s’y rendre avec le plus de gens de bonne volonté qu'il pourrait déterminer à l’accompagner. |

M. de Beaubarnais signale particulièrement au ministre la belle conduite de M. de Caponi, auquel il avait confié le commandement des troupes. Il demanda des épées du roi pour trois capitaines de corsaires : Mayne de Saint-Luce, Bayeux et Tanguy; le premier avait montré beaucoup de valeur dans l’action,

cès que l'on sait, la batterie de Saint- Phare) servie ‘4 par ses flibustiers. Tous trois, d’ailleurs, s'étaient pré- k cédemment acquis une haute réputation dans Ja ) course. | | ‘à Le général demanda encore des croix de Saint- Louis pour trois officiers de l'état-major et des troupes, oh Duvarquet, Dejan, de La Coste, et pour les capitaines de milice Levassor, Deville, Arbousse, qui les obtinrent, Baillardel, La Reinty et Roy. nl sollicita | enfin de l'avancement pour certains, des commissions a de colonel, de lieutenant-colonel, de capitaines de là, a milice, et des lettres de lieutenant réformé. . Pour cette fois, on en était quitte à bon compte. Maïs | trois ans plus tard exactement, l'Angleterre a contre la Martinique deux cent trente navires et quinze . mille hommes de troupe : l'île succomba. Elle nous fut rendue à la paix de 1763. MPa

Martin Boureau cherche un trésor

Le 24 mars 1688, l'amiral de France délivrait au capitaine Pierre Delattre, de Dunkerque, ayant la procuration de Martin Boureau, marchand de ce port, une commission en guerre et marchandises dont les termes éveillent au premier abord la curiosité. Sur l'autorisation que reçoit Delattre de faire la guerre en Amérique et d'y commercer, s’en greffent trois autres spécialement déterminées : la première, valable trois ans, lui permet de pêcher aux Indes occidentales et dans la mer du Sud l'or, l'argent et autres effets des galions espagnols naufragés ; la deuxième, valable six ans, lui permet de pêcher les effets non réclamés des navires naufragés à la côte de France, depuis Calais jusqu’à la frontière de la Flandre espagnole ; la troisième, valable dix ans, lui permet de rechercher et de pêcher les bancs de perles aux Indes occidentales. Le tout à la charge d'un droit du dixième au profit du roi, qui prête son vaisseau l’Adroit, de trois cents tonneaux et trente-six canons,

et sa barque-longue FlEffrontée, construite à Dunkerque.

À vrai dire, Pierre Delattre et Martin Boureau comptent surtout retrouver l'emplacement où périt, quarante ans plus tôt, dans le canal de Bahama, un galion espagnol chargé de 6 millions d’écus.

Quarante ans : l’âge, précisément, de ce capitaine qui débuta dans la marine de course en qualité de chirurgien. À force de naviguer, « il s’est rendu connaissant de la navigation ». Un beau jour, il abandonne la lancette. Au printemps de 1675, un armateur de Dunkerque lui confie pour la première fois le Saint-Winoc, un modeste corsaire de vingt tonneaux, et, à la fin de l’année, le Saint-Cornélis. En avril 1676, Delattre passe sur le Saint-Pierre, de soixante tonneaux, dix canons et une centaine d'hommes. En 1677, il commande la Lutine, frégate du roi de cent tonneaux : elle est jointe à la Sorcière et à la Mignonne, toutes trois mises en mer grâce à une « combinaison » entre le roi et le grand armateur de Dunkerque, Jean Omaer, genre d'opération fréquente à cette époque. Un officier du roi, M. de La Preille, commande l’escadrille, avec mission de combattre plutôt que de faire des prises. Plusieurs corsaires hollandais sont coulés ou désemparés, et assez de navires marchands capturés pour laisser à l'armement, tous les frais payés, un bénéfice net de h4 4x7 livres.

On le renforce alors du Palmier, de quatre cents

MARTIN BOUREAU CHERCHE UN TRÉSOR Mt

tonneaux et trente-six canons, sous les ordres du capiiaine de vaisseau François Panetié. On n’est prêt à lever les équipages qu'en novembre : tous les marins de Dunkerque se sont déjà envolés sur les corsaires ; il faut aller en recruter en Normandie. À Honfleur, Pierre Delattre engage un jeune pilote, Jean Doublet, qui lui voua, dès lors, une solide affection.

Cette division de course croise deux mois ; elle ne rapporte que 6 600 livres de rançons pour les trois frégates que le gros temps a séparées du Palmier. Jean Omaer affirme que si les conseils de Delattre avaient été mieux écoutés, la croisière eût été autrement fructueuse. En avril, l’escadrille remet en mer ; d’autres corsaires d'Omaer tantôt s'y joignent, tantôt s’en écartent, suivant leur coutume, au gré des circonstances et de.leur fantaisie. Pierre Delattre se signale au cours des combats et des captures qui marquent les deux croisières de Panetié. Un moment séparé de l'escadre, mais en compagnie du corsaire Michel Mesmacker, il opère une rafle de pêcheurs hollandais qui s’'adonnaient à leur pêche sur les bancs de la mer du Nord, et particulièrement devant Yarmouth.

Tel est le passé de ce capitaine lorsque la paix est signée. Comme la plupart des corsaires, il navigue alors au long cours. Mais cette navigation ne change guère leurs habitudes; Barbaresques et forbans sil-

lonnent toujours les mers, et la commission délivrée

à Pierre Delattre en 1688 s'intitule plus justement « en guerre » qu « en marchandises ». L'Adroit est

placé directement sous ses ordres, et l'Effrontée sous

ceux d’un aütre capitaine corsaire de Dunkerque, Jean Castier. Martin Boureau accompagnera l'expé-

dition : son Journal en note les péripéties mouve-

m'entées.

Les deux bâtiments appareillent de Dunkerque Îe 12 août : le 24 septembre, ils mouillent à la rade du fort Saint-Pierre de la Martinique. Sans succès, ils recherchent les bancs d’huîtres perlières, tout en trafiquant d’île en île.

Surpris par la nouvelle que là guerre est déclarée à la Hollande, ils abandonnent le commerce, et, le 2} janvier 1689, en vue de Monte-Christo (Saint- Domingue), donnent chasse au premier bâtiment qu'ils rencontrent : au coup de semonce, ce navire hisse pavillon anglais; c’est un Irlandais qui transporte des vivres à Ta Jamaïque. Îl a quitté l'Europe depuis six semaines, et n’apprend à Pierre Delattre rien qu’on ne sache déjà sur les événements qui s’y déroulent : on le laisse aller.

Six jours plus tard, à hauteur du cap Saint-Nicolas, l’Adroit et l’Effrontée poursuivent un bâtiment hollandaïs. C’est Jean Castier qui le fait amener. On le conduit en sûreté au Petit-Goave Île r2 ; à l'inventaire, le maître et un passager avouent 6 5%0 livres qu'ils avaient d'abord dissimulées.

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