‹ Les iles de l'aventureChapitre 12 sur 24 · MARTIN BOUREAU CHERCHE UN TRÉSOR · texte numérisé non relu

MARTIN BOUREAU CHERCHE UN TRÉSOR

Mais pour continuer à croiser en guerre, les deux navires dunkerquois ne sont pas suffisamment garnis de monde : en course, l'équipage d’un navire doit être porté au double de son chiffre normal. Afin de faire ce supplément d'hommes indispensable, le capitaine s'adresse au gouverneur, M. de Cussy, dont l'autorisation est nécessaire. Le gouverneur lui conseille de s'entendre avec les flibustiers, qui peuvent le fournir d'hommes, et bientôt Delattre signe avec eux une charte-partie « à moitié butin que nostre équipage profiteroit, écrit Martin Boureau, comme un flibustier faisant son devoir ». Grâce toujours à l'intermédiaire du gouverneur, d’autres pourparlers sont engagés avec un célèbre chef de flibustiers, Laurent de Graf, actuellement major de l'Îleà-Vaches, dâns le but de l’associer à l'expédition dunkerquoise. Mais Laurent de Graf manifeste des exigences disproportionnées au concours que l'on en peut espérer ; il « n’a que de très meschantes barques sans défense ». Puis, Delattre a exposé son projét "de se lancer à la recherche de deux vaisseaux de guerre hollandais, dont la présence lui est signalée dans ces parages, tandis que le flibustier montre une PUR rence marquée pour la recherche du galion ae : qui a sombré avec un trésor. Il se dirige seul vers: J'Tle-à-Vaches où il compte lever trois cents hommes : pour l'aider dans cette entreprise. Laissant leur prisé hollandaise mouillée sous la forteresse du Petit-Goave, l’Adroit et l’Effrontée vont se ravitailler à la petite

Lu]

rivière de Léogane. Martin Boureau débarque : il veillera sur la prise déjà faite et sur celles que ses capitaines lui enverront. Pour plus de sûreté, il fait conduire la première à Léogane. Le 26 janvier, Delattre et Castier appareillent. Ils n’ont pas déchargé leurs cargaisons, dans l'espoir que l’occasion se présentera de trafiquer avec les Espagnols en cours de route.

Le 6 février, ïls atteignent l’entrée de la baie de Manahille, côte de Counes. Delattre débarque un détachement qui enlève un certain nombre d'habitants, des Espagnols : interrogés, ils lui apprennent la présence dans la baie de deux hollandais qu'il s'efforce de joindre. Le lendemain matin, il les découvre : deux frégates de trente-six et de vingt-quatre canons, capitaines Du Pont, d'Amsterdam, et Jean Bont, de Flessingue. Il va droit à eux. Avertis, ils se tiennent sur leurs gardes. À sa vue, ils mettent sous voiles, et s’approchent d'un banc de vase, dont tout le fond de cette baie est tapissé. |

Delattre communique son plan et donne ses ordres à Castier : il lächera en passant la bordée de ses canons à la petite frégate, que Castier abordera aussitôt après, cependant que l’Adroit attaquera la frégate de trente-six canons. Et le plan s'exécute :

Un moment après, il lâächa sa bordée, et fut à toute voile pour aborder la grande, laquelle évita l’abordage, et l'Adroit s’alla éschouer sur la vaze. La barque-longue commandée par le capitaine Castier s'estant mise en devoir pour aborder la petite avec

MARTIN BOUREAU CHERCIHE UN TRÉSOR 133

trente-huit hommes d'équipage, receut cinq décharges de canon et de mousqueterie des deux frégates ennemies, sans pouvoir se retirer au large, estant sous les voiles de ces deux vaisseaux qui luy prenoient le vent : les courants l’en esloignèrent après avoir receu deux coups sous l'eau, le capitaine blessé à mort, le lieutenant tué et huit matelots de son équipage, et dix de blessés; les deux frégates hollandoises se joignirent ensemble et dérivèrent sur la frégate l'Adroil; le combat commença sur les onze heures du matin, et continua jusqu'à cinq heures du soir. La première décharge de ces deux frégates nous mit bien du monde hors de combat, notre lieutenant fut fort blessé, et comme ces frégates estoient plus élevées que l’Adroit et qu'ils tiraient continuellement à mitraille, ce qui nous causa la perte de beaucoup de monde. La mousqueterie de nos flibustiers alloit si vite quils criblèrent tout le haut de leurs frégates et on leur tua beaucoup de monde. Le capitaine Dupont fut. du nombre, et la plupart de ses officiers ; et sur les deux à trois heures de l'après-midi, le feu prit dans les poudres qui estoient sur la dunette de l’Adroit, qui brüla le capitaine et vingt hommes des meilleurs de son esquipage. Le capitaine ne laissa pas d'ordonner que l’on donnât le commandement au sieur Joos la Belle, flibustier natif de Dunkerque, lequel fit difficulté de l’accepter. Et les flibustiers chargèrent M. le comte de Roussel de les vouloir commander, ce qu'il

je

RE tue, Lou FA Cube US PUR A LT ei JA ARE EL EN tes, SON

accepta ; mais il leur remontra qu'il n'estoit pas versé dans les combats de mer, et que si on lui disoit ce qu'il falloit faire, qu'on pouvoit compter sur Iuy. On lui fit connoistre qu'il falloit aller à Fabordage ; il exhorta l'esquipage de le suivre, et aussi tost il sauta le premier dans le bord de la petite frégate, et ne fut pas suivy, ce qui fit qu'il eut le malheur d'y estre tué. Le combat se ralentit de part et d’autre, et l’esquipage du petit hollandois se retira dans la grande frégate avec leur capitaine. Il n’y eut, depuis quatre heures jusqu'à cinq heures, que treize réfugiez françois qui tirèrent quelques coups de temps en temps. Et sur les cinq heures, le feu prit à la misaine du petit hollandoïs, et on entendit une voix qui cria : « Le feu est partout, sauve qui pourra ! » [Il n’en fallut pas davantage pour mettre l’épouvante dans notre esquipage ; ïls se jetèrent à corps perdu dans quatre chaloupes qui estoient le long du bord ; il s'en noya quelques-uns. Les Hollandois, voyant que notre esquipage s’embarquoit avec précipitation, crurent

que c'estoient pour les aborder avec plus de facilité.

Ils demandèrent quartier, et ces misérables ne lentendirent point, et cent trente hommes abandonnèrent le bord de l’Adroit, et ke laissèrent au pouvoir des ennemis vaincus.

« Et pendant le combat la barque-longue s’estant ragréée, le capitaine Castier ordonna que l’on allasse aborder la frégate FAdroit, maïs un flibustier, habitant de Niefs (Nièves), prit un pistolet et voulut brû-

Page 1