UN EXPLOIT DU CAPITAINE MARES
sement, un coup de tangage en sens contraire les empêche de sauter à bord du navire ennemi. Mares, apercevant un bout de corde qui pend à son couronnement, s’y agrippe; le retour du tangage facilite son audacieuse manœuvre, et, se laissant balancer par le mouvement du navire, il saute, et passe par la fenêtre de la chambre du senault. Son épée s’est engagée entre l'affût et le canon de bâbord de la chambre, et, malgré ses efforts, il ne peut l’en dégager.
Comme il entrait de cette façon inattendue, il voit le capitaine anglais en train d’amorcer le canon de tribord, son épée dégainée posée à sa droite, à portée de la main. Mares, privé de la sienné, se saisit précipitamment de cette arme, dont il lui passe la lame au travers du corps. Un passager qui, sur sa gauche, tenait le palan pour mettre le canon au sabord, voyant le capitaine tué, s'empare d’un fusil. Avant qu'il ait eu le temps d'en faire usage, Mares le transperce de part en part, et ne l'ayant pas tué du premier coup, il redouble pour l’achever.
À ce moment, plusieurs hommes de l'équipage anglais s'apprêtent à descendre dans la chambre, dans l'intention de se servir des canons ; Mares se place au bas de l'escalier, les attend l’épée à la main, et tue le premier qui se présente. Les autres, voyant trois des leurs à terre, dont le capitaine, entendant les
cris de : « Prend ! Arrête ! Tue ! » — car Mares, bien que seul Français à bord, fait du vacarme comme vingt — prennent peur et demandent quartier. Leur
unique assaillant, tout en leur criant: « Bon quar-
tier | », continue à les poursuivre l'épée à la main et à les en frapper, pour les forcer à se jeter dans la cale, Quelques-uns sautent dans un canot, afin de sauver un des leurs tombé à la mer : Mares saisit une
hache d'armes et coupe l’amarre du canot pour l'envoyer à la dérive. Il hèle en même temps ses gens, leur crie de se jeter à la nage pour s'emparer du canot, et de sauter à bord du senault. Il amène le pavillon et la flamme anglais, et amarine la prise.
Dans les papiers, il découvre une commission en guerre. Il laisse à bord quatorze de ses hommes avec Amblard, un volontaire, comme capitaine de prise, et lui intime l'ordre de rallier la Martinique, convoyé par le Capricieux. Il remet à Amblard copie de sa commission en guerre pour lui tenir lieu de congé, et fait passer à son bord une partie des prisonniers anglais. Le corsaire et sa prise entrent au port de Saint-Louis le 2 janvier 1760.
La prise s'appelait la Clyderiver, venait de Glasgow et allait à Saint-Christophe ; elle était armée en guerre et en marchandises ; son armement comportait 14 canons, dont 4 de 6, 8 de 4 et 2 de 2 livres de balles, 8 pierriers, 30 fusils, 4o coutelas, bo pistolets, 8o grenades, 12 haches d'armes, 8 espontons et 2 caisses à feu. Elle était montée par 47 hommes dont 4 passagers. Elle produisit plus de 300 000 livres.
Ce n'était pas un ennemi négligeable.
Mares, à quelque temps de là, éprouva les vicissi-