‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 21 sur 90 · MŒURS INSULAIRES · texte numérisé non relu

MŒURS INSULAIRES

corum; le souci de garder les apparences prime tout. On ne sort qu'en toilette. La blouse est honnie, et les Jersiais se détournent avec dégoût des cultivateurs bretons qui promènent sur leurs quais le sarrau bleu du paysan français. Les balayeurs des rues ont un veston, un chapeau de feutre rond, parfois un gibus, les travailleurs des champs aussi. Une femme qui irait en cheveux faire des commissions serait perdue de réputation. Les domestiques, pour aller chercher de Teau à la fontaine, mettent leur chapeau, leur manteau et leurs gants. Nous sommes loin du temps où les États de Guernesey édictaient des lois somptuaires interdisant aux servantes de porter du velours et de la soie. Il n'y a pas de différence entre la bonne et la maîtresse, si ce n'est que, souvent, la première est mieux habillée. Ce goût de la toilette est démesuré et règne à la campagne comme à la ville ;. il n'y a aucune différence, le dimanche, entre les atours dés jeunes filles des paroisses rurales et ceux des demoiselles de Saînt-Hélier ou de Saint- Pierre-Port. Et c'est un véritable mystère (Je savoir comment certaines familles arrivent à faire face à ces exigences de luxe, avec dés ressources excessivement restreintes. Au fond de tout cela, il y a évidemment' beaucoup de misère cachée, surtout

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de misère morale, mais les apparences étant sau^ vegardées, l'honneur iest sauf.

Pas de maison qui n'ait son salon, chez le cultivateur comme chez le rentier, chez le modeste ouvrier comme chez le riche cbmmerçant. Les insulaires ont un goût tout particulier pour arranger ces salons et les décorer de rien; quelques enluminures, des portraits, de famille, des textes bibliques ornementent les murs. Le plancher est recouvert d'un épais tapis; dans les coins, de petits meubles qui ressemblent à des tables trop hasses ou à dés sièges trop élevés intriguent l'étranger. Ce sont tout simplement de vieilles caisses d'emballage, artistement recouvertes d'étoffes multicolores ou de broderies au crochet; ce n'est rien et cela meuble, c'est même quelquefois très élégant. Pas de linge; trois chemises sont un luxe, \ine douzaine de draps de lit une folie seigneuriale. On ne reçoit pas à dîner, mais on invite à prendre le thé, ce qui est beaucoup plus économique ; une boîte de sardines, un pot de confitures, des beurrées et quelques gâteaux constituent le menu de ces festins; ayec cela, thé à discrétion. Si la soirée se prolonge, stvant de se séparer, on prend un verre de « sherry )) ou de porto et des biscuits.

L'alimentation, on le devine, est anglaise comme

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les mœurs. Le matin, au saut du lit — on se lève 'très tard dans les îles — break fast brittin nique, œufs, jambon et thé; à midi, dîner composé de rôti, de pommes de terre, de choux — rétt^rnel cabbage — et de dessert et arrosé de LhL\ quelquefois de bière, plus rarement de cidre, assez souvent d'eau seulement; entre quatre et cinq heures, parfois un peu plus tard, thé avec accompagnement de tartines et de gâteaux, et une dernière collation à dix heures, avant de se coucher. C'est là, du moins, l'ordinaire des gens de la haute et de la lîioyenne société. Quant aux ouvriers, ils fiche lent le samedi un luorceau de viande et en mangent toute la semaine des tranches froides au principal repas, avec les inévitables nommes de terre et des légumes; les autres repas se composent invariablement de beurrées et de thé. A Guernesey, il est d'usage, chez lès personnes riches, d'ajouter au menu du thé du èamedi soir un « chancre )î, espèce de gros crabe très commun et fort apprécié dans l'île, et dont la chair a la délicatesse et la saveur de celle du homard. A Noël, grande ripaille, comme partout où flotte le drapeau anglais: les plus pauvres ont leur oie, et l'on sert aux prisoniuers eux-mêmes le traditionnel gallinacé.

La cuisine insulaire n'a pas de plats spéciaux

dignes d'être cités, si ce n'est peut-être la « gâche », .lourd gâteau aux raisins de Corinthe dont les enfants et même les grandes personnes engouffrent d'énormes tranches, que des pots entiers de thé ne parviennent pas toujours à faire digérer. Autrefois, on buvait beaucoup de cidre, et les îles en produisaient de délicieux; la consommation du thé est devenue générale, les fermiers eux-mêmes dédaignent le jus de la pomme, et, presque partout, les pommiers sont arrachés des vergers ou périssent de vétusté, sans être remplacés.

Les familles sont nombreuses. A chaque dénombrement on relève, dans toutes les îles, plus de femmes que d'hommes ; cela tient un peu à ce que beaucoup de garçons sont marins et en mer durant les opérations du recensement. Toutefois, la population féminine l'emporte sur l'élément masculin. Dans l'archipel, les filles sont d'un placement moins difficile qu'en France, on les marie pour elles-mêmes et non pour leur fortune; il n'est jamais question de dot dans les préliminaires des accordailles. On se marie avec une facilité étonnante, soit au greffe, soit chez les recteurs anglicans, soit encore dans un certain nombre de chapelles pourvues de licences à cet effet. Le consentement des parents n'est pas indispensable, et on se

passe de toute publication, moyennant finances. Ceci s'appelle se marier par licence spéciale et coûte 5 livres sterling; on se rend chez le doyen,

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