‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 28 sur 90 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le château de Montorgueil. — Temps héroïques : royauté et Parlement; les cachots et leurs hôtes. — Marine Terrace*

C'est de la mer qu'il faut voir Moiitorgueîl pour la première fois. Lorsqu'on arrive de Carteret par le vapeur qui fait le service avec Jersey, on voit le château fort se détacher admirablement rlc Vîie, comme une massive vigie de pierre qui s'avancerait menaçante dans la mer. On prétend qu*uiie partie du cas tel remonte à l'époque romaine, et un ancien fortin, qui communique avec le château, est encore appelé fort César. Le château actuel date du temps de Henri IL II était considéré comme imprenable, et les étrangers n'étaient admis dans son enceinte que les yeux bandés* De nouvelies fortifications furent ajoutées au manoir primitif par Jean sans Terre, qui y résida, et par Richard

Harliston, qui en délogea Maulevrier, le champion de Marguerite d*Anjou.

L'histoire de Montorgueil est intimement mêlée aux luttes entre Charles P' et le Parlement. Le gouverneur de la forteresse était alors un de Carteret, de la puissante famille qui fut toujours fidèle à la cause des Stuarts, et dont les démêlés avec les Lemprière, propriétaires du manoir de Rozel, ensanglantèrent plus d'une fois l'île. Ce manoir de Rozel, entouré de belles pelouses et de superbes futaies, se trouve au-dessus de la baie du môme nom, dans la paroisse de Saint-Martin, sur le territoire de laquelle est aussi Montorgueil. Les titulaires du fief de Rozel devaient, lorsque les rois d'Angleterre visitaient Jersey, s'avancer à leur rencontre en mer jusqu'à ce que l'eau atteignît les sangles du cheval; ils étaient, en outre, tenus de servir à boire au roi pendant son séjour dans l'île.

Le gouverneur de Carteret, dont nous venons de' parler, profita de l'autorité absolue que lui valait la confiance royale pour se venger de ses ennemis, et les cachots de Montorgueil retentirent des cris des malheureux qui y expiaient durement l'audace d'avoir osé déplaire au tout-puissant seigneur et se plaindre de ses faits et gestes. C'est ainsi que David Bandinel ou Bandinelli, le premier doyen

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