‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 33 sur 90 · CULTURES INTENSIVES · texte numérisé non relu

CULTURES INTENSIVES

d'Afrique leurs pommes de terre et leurs primeurs. Parfois, après avoir payé le propriétaire du sol, le marchand d'engrais et la main-d'œuvre, il ne reste rien ou fort peu de chose au cultivateur jersiais, et cependant cette culture de la pomme de terre, extérieure et aussi dans des serres, ne fait qu'augmenter et, si ce mouvement ne s'arrête. Jersey ne sera plus, dans un petit nombre d'années, qu'un champ nu et désolé, un plateau battu des vents et privé d'ombrages.

Les tubercules arrachés, on ne laisse même pas au sol le temps de se reposer et une seconde récolte, le plus souvent de topinambours, épuise l'humus qui lui reste, puis de nouveaux engrais l'imprègnent et le saturent pour recommencer d'année en année, sans arrêt, sans trêve ni merci, ce perpétuel acharnement de l'homme aux prises avec la terre, de rêtre animé luttant à mort avec la nature inerte pour en exprimer le suc et lui arracher la vie.

Les légumes abondent dans les îles, surtout les choux, dont il se fait une énorme consommation, et dont on laisse monter les tiges pour en faire les gros rotins appelés cabbage sticks, que l'on vend aux touristes dans les magasins de Saint-Hélier. Le commerce est anglais : tout s'écoule dans la Grande-Bretagne, tandis qu'on achète en France.

La Normaiiciie et la Bretagne fournissent de la viande de houcherîei des œufs, du beurre, des fromages, des fruits, beaucoup de volaille : la traversée met les poulets en triste état, et il faut les en^Taisser durant quelques jours avant de les luer pour la vente, tant le mal de mer les a dédiarnés. Jersey arme encore pour la morue, et tous les printemps, an mois de mars, une flottille de beaux voiliers superbement gréés quitte Saint-Hélier pour les côtes de Terre-Neuve, La morue est ramenée à Jersey, prt*jjarée, salée, séchée, mise en barils et expédiée au Brésil et dans tous les ports de la Méditerranée et de rAmérique du Sud; les grands cntrepfHs des marchands jersiais étaient naguère à liaspé, à Paspébiae, dans la baie des Chaleurs, au Canada, et c'est de là que se faisaient les expéditions importantes; ce commerce est aujourd'hui bien déchu, les plus grandes maisons ont fait faillite ou ont été mises en liquidation, pour des raisons multiples, dont les plus apparentes sont la décentralisalîon et le déplacement de ce trafic et la concurre!icc d'adversaires mieux outillés et moins routiniers, qui ont afîecté au transport de la marchandise des vapeurs rapides, tandis que les armateurs jersiais s obstinaient à employer des navires à voiles.

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