ARBRES ET ARBUSTES. M
des centaines de colis en Angleterre, pendant la semaine du Primrose Day^ pour en fleurir les boutonnières des conservateurs, en commémoration du grand Disraeli. Cette étonnante vé^^étation n'a pas de pire ennemi que le vent d'est, et il souffle parfois, aux mois d*avril et de mai, ries semaines entières. Alors les fleurs assoiffées se peneliciit tristement sur leur tige, les plantes se dossècLunt, les arbres gémissent, Therbe est rasée et jaunie, ei les hommes souffrent comme les plantes; ce vent sec, froid et abhorré porte sur les nerfs, a une influence néfaste sur les meilleurs tempéraments et sur les constitutions les plus robustes, tout le monde se plaint. La désolation est universelle. Mais que le vent tourne, que tombe une pluie bien^ faisante, aussitôt tout renaît, tout respire, les plantes se redressent, les pétales des fleurs brillent d'un vif éclat; et les champs rafraîchis se tapissent à nouveau d'une herbe épaisse, soyeuse et longue, dont le bétail se repaît avec avidité.
Loin des artères fréquentées, au fond des eh armantes « venelles » où des rochers plaqués de lichens satinés et de mousses tendres servent d'assises à des arbustes enlacés par le lierre de la base au faîte, dans les sentiers ombreux enlro haies impénétrables où fleurit la blanche aubépine,
le long des routes, mais à l'écart et séparés de la voie publique par des rideaux d'arbres, des massifs de plantes, ailleurs par des murs ou des grillages entourés de verdure et de fleurs grimpantes, des cottages blancs, roses, jaunes, multicolores, précédés de pelouses nettement fauchées, des fermes aux auvents verts, des chaumières à la façade disparaissant sous le feuillage, de vieilles maisons rurales aux portes cintrées, aux fenêtres basses, comme en Normandie, se cachent, s'effacent et semblent vouloir se dérober aux regards indiscrets. Ces édens sont silencieux, ces maisons de campagne sont mornes, les fermes mêmes sont muettes, tout paraît dormir, portes et fenêtres sont hermétiquement closes : ces demeures mystérieuses ne s'ouvrent guère que les jours de marché, quand leurs habitants vont débiter leurs denrées à la ville, et le dimanche, quand ils se rendent aux offices. Pas de bruit, pas d'appels retentissants, pas de cris, pas d'éclats de rire argentins : on sourit, on ne rit pas dans les îles. Rire est malséant, rire à gorge déployée est un scandale. Les enfants eux-mêmes sont graves, réfléchis, ni turbulents ni pétulants, rarement espiègles; ce sont de petits hommes déjà sérieux et de petites femmes tôt gourmées. Les oiseaux seuls chantent sous la feuillée;