‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 37 sur 90 · TOMBEAUX FLEURIS · texte numérisé non relu

TOMBEAUX FLEURIS

et les enfants de l'archipel établis dans les grandes villes continentales, lancés dans la tourmente et la Oèvre des cités populeuses, ont souvent la nostalgie de leur petite patrie et n'ont qu'un désir et une pensée : retourner sur leur rocher pour y mourir.

La mort seule — et ce n'est pas là un vain paradoxe — est un sujet de joie. Pour beaucoup de sectes religieuses des îles, elle est une délivrance, et la douleur de la perte d'un être aimé est fortement mitigée par la certitude qu'il a quitté cette vallée de larmes pour un monde meilleur. Dans certaines chapelles, les services funèbres ne se composent que de cantiques de reconnaissance et de chants d'allégresse. Pas de pleurs, pas de sanglots, tout au plus un peu de prostration morale, un chagrin digne, calme et recueilli : le Seigneur nous l'a donné, le Seigneur nous l'a repris; que le Seigneur soit béni ! Aussitôt le décès, le mort est mis en bière, le cercueil est laissé dans une chambre, quatre ou cinq jours, jusqu'à l'enterrement, sans apparat, sans cierges, sans qu'on le veille.

Chacun dans la maison boit, mange, dort, vaque à ses occupations comme si de rien n'était; seulement, les rideaux des fenêtres sont tirés et

chez iom l69 amis de la famille, il en est de même 1g jour de renterrcment, de sorte que s'il s'agit d'une personne assez connue, toute l'île parait en deuil.

Page 1