LA LITTERATURE ET L'ART
capitales de 'Jersey et de Guernesey parcourent aussi les paroisses rurales, et font de grosses recettes. La bonne musique n'est comprise et appréciée que par les classes élevées.
On Ut beaucoup, mais rien que des romans anglais. Les romans français effarouchent; une pudibonderie exagérée a mis à Tindex nos meilleurs auteurs contemporains ; Zola est un épouvantail, en français du moins, car il est permis de le lire dans la traduction littérale anglaise, et c'est un côté caractéristique de cette pudeur étrange et plus aritifrançaise que morale que d'approuver et de trouver convenables en anglais des œuvres condamnées et déclarées détestables et perverses dans la langue française. Certains titres de livres sont jugés abominables et inspirent la répulsion, on ne sait trop pourquoi; un libraire de Jersey affichait Quatre-vingt-treize^ de Victor Hugo, sous le titre : Les Trois Enfants, parce que Quatre-vingt-treize, rappelant la Terreur, est banni du glossaire des îles. D'autres mots sont prohibés, pour des raisons tout aussi spécieuses, et tout aussi subtiles. Dieu et diable, par exemple. Mon Dieu! est une interjection qu'il ne faut jamais se permettre dans la société de Jersiais ou de Guernesiais. sous peine d'être éconduit de la belle manière, car rien n'est
plus blessant; le diable m'emporte! est un horrible blasphème.
En somme, les distractions populaires, dans les îles, ne sont ni la lecture, ni la musique, ni le théâtre. Ces amusements sont Tapanage d*un petit nombre de raffinés. Le peuple court aux exhibitions grotesques de clowns enfarinés et de ménestrels biarbouillés de noir de fumée; il adore les panoramas, les dioramas, les lanternes magiques, les représentations équestres : les cirques font fortune dans les îles.
Avec des goûts aussi peu distingués, des tendances si grossières et si peu artistiques, il n'est pas étonnant que la population de Tarchipel se livre à la boisson, et cherche dans Talcool un excitant et un élément de gaieté. L'alcoolisme est le fléau des îles. Sous l'influence des liqueurs fermentées, des brandies, des whiskies, des gins, ces mélancoliques et ces rêveurs deviennent des satyres et des fous furieux; car ils boivent uniquement pour boire, jusqu'à la perte de la raison, avec la préoccupation d'absorber une grande quantité d'alcool et le plus entier dédain de la qualité de la boisson. Les îles ont une clientèle d'alcooliques de la Grande-Bretagne, qui viennent résider dans l'archipel, parce que le gin et le whisky y sont à