‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 40 sur 90 · L' ALCOOLISME · texte numérisé non relu

L' ALCOOLISME

meilleur compte que dans la métropole, et que les mêmes revenus leur permettent de boire quatre et cinq fois ce qu'ils pourraient se payer en An^çleterre. Ces malheureux entraînent les insulaires dans leur sillon, et quantité de jeunes gens de Jersey et de Guernesey prennent dans cette société redoutable le goût de Talcool, un goût qui ne tarde pas à devenir une passion irrésistible, et qui les conduit droit au delirium tremens, à Thôpital et au suicidé, bien que les tentatives de suicide soient punies parles lois de l'amende et de la prison. On les voit dès le matin s'engouffrer dans les bars où une jolie et agaçante barmaid a charge d'allumer la clientèle, et stationner des journées entières devant le comptoir derrière lequel trône la dangereuse divinité, buvant verres sur verres, en gens pressés de s'enivrer ; ils s'excitent, ils hurlent, ils beuglent, ces passifs deviennent des frénétiques, le feu les brûle et la liqueur perfidej^ au lieu de le combattre et de l'éteindre, ne faisant que Tattiser et l'entretenir, ils ne vivent plus que pour boire, boire encore, boire toujours 1 Que de belles intelligences se sont ainsi étiolées, que d'avenirs brisés, que de santés et de forces perdues, que d'êtres utiles rapidement devenus malfaisants, à charge à eux-mêmes et à la société!

Un extrême en amène un autre, et l'horreur inspirée par la marée montante de Talcoolisme a gagné dans les îles beaucoup d'adeptes à la cause de la tempérance. A côté des ivrognes invétérés pour qui boire et boire beaucoup est un besoin et une nécessité, on rencontre des teetotallers qui pratiquent Tab^tinence complète, ne boivent que de l'eau et du thé et pour rien au monde n'humecteraient leurs lèvres d'une boisson fermentée ; nous avons connu dans les îles des malades à qui le médecin prescrivait du vin de Bordeaux, et qui refusaient d'en prendre, déclarant catégoriquement qu'ils préféraient mourir plutôt que de se faire relever de leur vœu de tempérance. Car on fait vœu, et solennellement, de ne pas boire; les sociétés de tempérance ont imaginé ce moyen de combattre les ravages de l'alcool. Un simple engagement moral ne suffît pas ; le vœu a une formule consacrée, imprimée, que l'on signe, et qui est conservée par la société, pour prévenir les rechutes, nonobstant cette précaution assez fréquentes.

Les sociétés do tempérance ont leurs « comités de vigilance » qui poursuivent devant les tribunaux les délits commis par les cabare tiers, elles ont des surveillants payés pour parcourir les débits clandestins, pour relever les infractions à la loi,

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