‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 5 sur 90 · SAINT'HÉLIER · texte numérisé non relu

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dées de maisons bien alignées, soigneusement grattées, frottées et peintes. Un artiste y chercherait vainement les coins puants et pittoresques, où des masures branlantes, lézardées, vermoulues, se penchent Tune vers l'autre, comme si elles voulaient se tendre la main à travers la rue. Les soucis de rhygiène et les préceptes de la propreté britannique ont depuis longtemps fait disparaître ces ghettos, et de Tancienne ville normande il ne reste que quelques ruelles sans intérêt artistique. La ligne droite triomphe partout, dans les artères commerciales de la ville basse comme dans les quartiers retraités de la ville haute, et si beaucoup de rues sont assez étroites, c'est que le terrain est précieux et que l'espace manque pour les élargir. Tous les vieux noms français des rues ont disparu, sans exception, pour faire place à des vocables anglais. Seule, la place Royale garde, dans Tusage courant, cette dénomination, que son travestissement en Royal Square n'est pas parvenu à détrôner. Le centre de l'animation est Queen Street continuée par King Street \ c'est là et dans Halkett Place que se trouvent les plus beaux magasins, et ce n'est pas l'un des moindres étonnements des touristes de trouver, dans cette cité de 28 000 âmes, une quantité de petits « Louvre », et de réductions

du (( Bon Marché » mieux approvisionnés que les plus grands magasins de beaucoup de villes continentales quatre et cinq fois plus importantes. Les enseignes sont multicolores, éclatantes, tirant rœil, comme en Angleterre.

Les magasins les plus considérables sont ceux de nouveautés, où une pléiade de vendeurs et une quantité de demoiselles, plus jolies les unes que les autres, sanglées dans des toilettes qui dessinent agréablement leurs formes élégantes, s'empressent autour du client, gaies, rieuses, accortes, presque agressives dans leur désir de vendre; gardez-vous toutefois de porter une main profane sur ces beautés insulaires, car si on ne badine pas avec l'amour, on badine encore moins avec une Jersiaise, à moins que ce ne soit pour le bon motif, et la loi anglaise est fort dure pour les incartades amoureuses : elle en punit les auteurs par de gros dommages pécuniaires accordés à la victime, suivant son rang et sa qualité : la compensation légale d'un baiser inoffensif varie de une à dix livres sterling, vingtcinq à deux cent cinquante francs. Après les magasins de nouveautés viennent par ordre d'importance les débits de tabac, où se vendent à des prix d'un invraisemblable bon marché des tabacs et cigares de toutes provenances, ce commerce étant absolu-

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ment libre dans les îles de la Manche. Les paisibles quartiers de Rouge Bouillon qï d*Almorah alignent, au pied et sur les pentes des collines, leurs villas des styles les plus divers et les plus disparates, peinturlurées en jaune, en blanc, en vert, en rose tendre, avec de splendides jardins, où une flore arborescente semi- tropicale étale ses magnificences.

La plupart de ces aristocratiques demeures, habitées par des résidents anglais et très confortablement aménagées

à l'intérieur, offrent, de leurs étages supérieurs, d'admirables échappées sur le port et sur la baie de Sainte Aubin; percées de fenêtres rectangulaires fermées verticalement par des châssis mobiles, et dites fenêtres à guillotine, elles manquent de carac-

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