LES CASTES
donner un prestige que l'appauvrissement retirait aux autres; les fortys, dont Tunique tendance, une fois retirés des affaires, était de se rapprocher des sixtys par la vie oisive, n'ont pas tardé à ùtrc supplantés à leur tour par des employés ou de simples artisans, par les « Growors j> ou producteurs de primeurs, et Tarche sainte da la hiérarchie est fortement entamée. Seule surnage encore, dans ce bouleversement des castes, une grande considération morale qui s'attache surtout aux sixtys : ceux-ci résistent à l'orage, et, pour eux, pauvreté n'est pas vice, l'origine est tout; on ne redore que bien rarement des blasons ternis, les mésaUiancea sont inconnues. Parmi eux, une famille a su demeurer reine, c'est celle des Carey, dont l'influence est prépondérante. Cette souche des Carey est le « sang bleu » de l'île, elïc fait autorité, elle domine sans conteste, et, du reste ii faut reconnaître qu'elle mérite à bien dea égards le prestige extraordinaire dont elle jouit : elle a fourni dans tous les temps des hommes distingués qui se sont illustrés dans les sphères les plus diverses, et elle continue à commander le respect non seule ment par l'autorité du nom, mais, ce qui vaut mieux, par celle du talent et par un remarquable déploiement héréditaire de vertus civiques et privées.
il n'y a plus aujourd'hui de privilèges apparents qui différencient une caste d'une autre caste aux yeux de l'étranger, et il faut vivre longtemps dans la société de Guernesey pour voir combien elle est divisée et pouvoir ranger les familles et les individus dans la catégorie à laquelle ils appartiennent; mais il n'en était pas de même au commencement de ce siècle. Alors, par exemplej les sixtys, dans leurs sorties du soir, portaient une lanterne avec trois bougies; celle des fortys n'en avait que deux, et les autres se contentaient d'une seule lumière ; procédé ingénieux, qui permettait, dans les ténèbres nocturnes, de reconnaître immédiatement le rang et la qualité des passants. De nos jours, le même gaz blafard et jaune, la même lumière électrique blanche, éclairent, dans les rues de Saint Pierre Port, sixtys et fortys, gens de la haute et roturiers.