‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 55 sur 90 · LES FRANÇAIS DE GUERNESEY · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS DE GUERNESEY

tances, sa cohésion, sa force farouche, Taristocratie guernesiaise succombe sans s'en apercevoir, battue en brèche par des éléments jeunes, nouveaux, pleins de vigueur et débordants de sève.

Cette (( élite » n'a pas toujours eu ses retranchements dans les quartiers superbes où nous la trouvons actuellement confinée. Au commencement de ce siècle, l'artère aristocratique de Saint-Pierre- Port était la rue des Cornets, étroite, en pente raide, partant de l'église paroissiale pour escalader la falaise, et dominant de ses hautes maisons sombres l'un des plus admirables panoramas de mer qui se puissent rêver. Abandonnée par le beau monde, la rue des Cornets est devenue peu à peu une sentine; lézardées, puantes, sinistres, ses anciennes maisons seigneuriales sont des repaires de vice, et leurs occupants, nous avons honte de l'avouer, sont en majorité des Français, qui ne contribuent pas à rehausser la réputation de la France dans l'archipel. Il n'est presque pas de semaine qu'on n'en trouve quelques uns — de l'un ou de l'autre sexe — à la barre de la police correctionnelle, à la» suite de disputes, de bagarres, de rixes parfois sanglantes; on a beau les expulser, les mettre sous caution, leur faire « vuider l'île »» comme on dit là-bas, ils sont remplacés par des

Normands ou des Bretons de même acabit, les mêmes scènes scandaleuses se renouvellent avec le même et invariable dénouement, d'où une incessante diminution de respect pour ce qui est d'origine française, dans Tile de Guernesey. Il est très heureux que cette tourbe infecte ait son influence délétère combattue par une toute petite, mais très honnête et très vaillante colonie de travailleurs français, qui se sont acquis la considération et le respect des insulaires; petits négociants, ouvriers, tailleurs et casseurs de pierres, colporteurs, cultivateurs, ces quelques centaines de Français, pauvres, besogneux, ont réussi à faire des œuvres, à se grouper, à former une société de bienfaisance et d*entr*aidement, à se soulager mutuellement dans l'infortune et à s'alléger le fardeau d'une vie de misère. Ils ont leurs écoles françaises, leur église, leurs lieux de réunion, ils donnent durant l'hiver des soirées dramatiques et musicales très réussies; en un mot ils tiennent dignement le drapeau de la France, grâce à un esprit de solidarité qui fait trop souvent défaut à nos colonies à l'étranger, grâce surtout aux efforts combinés de deux patriotes, un prêtre, M. le doyen Brindejonc, et un médecin, le docteur Octave Constantin, qui se sont voués corps et âme à cette petite famille éparpillée dans l'île,

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