CHAPITRE XVI
Deux philanthropes : Thomas Guille et Frédéric Allés. — Les hommes et Tœuvre : la bibliothèque Guille-Allès. — Unis dans la vie et dans la mort.
LA petite ville de Saint-Pierre Port possède une institution que pourraient à bon droit lui envier beaucoup de cités importantes, et qui assure h Guernesey la suprématie intellectuelle de Tarchipel : c'est la bibliothèque Guille-Allès^ fondée par deux éminents philanthropes et patriotes insulaires : M. Thomas Guille et M. Fréd^ric-Mansell Allés. L'histoire de ces deux hommes de bien est un vivant exemple de ce que peuvent la foi, le travail et la persévérance mis au service d'une grande et nobl^B idée. Thomas Guille et Frédéric Allés, fils d'honnêtes cultivateurs , passèrent leurs primes années côte à côte, partageant les mêmes jeux, et fréquentant la même école rurale. Leurs parents
étaient, par la culture intellectuelle, fort au-dessus de leur condition matérielle; à une époque où rinstruction comptait encore pour une superfluité, ils avaient compris la nécessité et les avantages d'une éducation solide, et ils s'appliquèrent de bonne heure à former le cœur et l'esprit de leurs enfants en y versant des trésors de science et de morale. Ils n'avaient pas l'intention d'en faire des lettrés, mais ils comprenaient de quelle utilité leur serait plus tard, dans la bataille pour l'existence, un bon fonds d'enseignement. Les deux enfants avaient, du reste, l'esprit prime sautier, l'intelligence vive et portée aux recherches sérieuses et aux problèmes scientifiques. La bonne semence tomba dans un terrain riche et parfaitement préparé; elle devait y germer et donner une abondante moisson.
Le jeune Guille, alors âgé de quatorze ans et de deux années Taîné de son ami Allés, apprenait le métier de charpentier, lorsque arriva à Guernesey un ami des deux familles, M. Daniel Manger, établi depuis quelques années en Amérique comme peintre-décorateur et déjà possesseur d'une belle fortune. En entendant M. Manger faire au foyer paternel une brillante peinture des États-Unis et de l'avenir qui y attendait les jeunes gens intelli-
gcilts et laborieux, rimaginalion de Thomas Guillc s'enflamma et il n'eut ni trêve ni repos jusqu'à ce