‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 66 sur 90 · PROCÈS POUR SORCELLERIE · texte numérisé non relu

PROCÈS POUR SORCELLERIE

quanlc-huit femmes, furent jugées par la cour royale de Guernesey pour crime de sorcellerie. Mis à la question, les accusés avouèrent avoir assisté régulièrement aux cérémonies du sabbat au château de Rocquaine, et y avoir eu commerce avec le diable, qui se présentait à ses adeptes sous la forme d'un grand chien. Il leur rernettait un onguent dont ils devaient s'oindre avant de venir au Sabbat et leur distribuait des poudres qui leur permettaient de se venger de leurs ennemis par des malélices et en jetant des sorts aux personnes et aux bestiaux. Les archives insulaires, conservées au greffe de Saint Pierre-Port, contiennent tous les détails de ces procès curieux, avec les confessions, en vieux français, des accusés soumis à la torture; un érudit guernesiais, M. J.-Linwood Pitts, a reproduit ces pièces intéressantes, avec la traduction anglaise en regard, dans une brochure intitulée WiUhcrafl in tkc Channel hlands (la sorcellerie dans les îles de la Manche), publiée par la bibliothèque Guille-Allès. Des soixante dix-huit accusés de sorcellerie, huit seulement furent acquittés; quatre furent brûlés vifs; vingt-huit pendus d'abord et livrés aux flammes ensuite; plusieurs furent condamnés à la flagellation et à avoir une oreille coupée; d'autres enfin furent sim-

plement bannis de l'île et une femme fut pendue pour être revenue à Guernesey après son bannissement.

Quelques années auparavant, en 1556, sous le règne de Marie Tudor, trois femmes, la* mère et les deux filles, furent brûlées vives à Saint-Pierre-Port pour cause d'hérésie. L'une de ces malheureuses, Perrotine Massey, donna le jour à un garçon sur le bûcher et l'enfant, sauvé des flammes, ayant été présenté au baillif Hélier Gosselin, ce barbare le fit rejeter dans le brasier pour que ce fruit d'hérétique ne survécût pas à celle qui l'avait conçu.

Un grand nombre de baies, quelques-unes assez vastes et formant de charmants hémicycles de sable et de rochers, découpent la côte occidentale de Guernesey : après celle de Rocquaine vient la baie de l'Erée, qu'une chausscc, recouverte seulement à marée haute, relie à l'île de Lihou, plateau granitique surélevé de quelques mètres au dessus des marées des syzygics, et que les géologues attribuent à un soulèvement; on y voit les restes d'un prieuré. Près de la route de Lihou, le cromlech du Creux-des-Fées consiste en une allée de pierres aboutisssant à une chambre sépulcrale où ont été découverts de nombreux ossements. Plus loin,

VAL DU PETlT-BÛT.

BAIE DU VAZON, 195

aux abords de la baie de Perelle, on remarque le tombeau de Catéoroc, guerrier celte.

La large baie du Vazon peut être considérée comme le principal bassin de réception des eaux insulaires. C'est là que viennent se déverser dans la mer le ruisseau des Talbots et un charmant petit cours d*eau dont le vallon, Tun des plus riants de Guernesey, abrite les pittoresques moulins du Roi. Non loin de là, sur la route des Grands- Moulins, se trouve le plus ancien monument de Tîle : c'est la chapelle Sainte- Apolline, qui dépendait du prieuré du Valle, relevant de Tabbaye du Mont Saint-Michel. Cette chapelle, simple bâtisse rectangulaire^ aux murs envahis par le lierre, conserve des restes de fresques. La date de son érection est très controversée; tandis que beaucoup d'auteurs la font remonter au ix* siècle, d'autres, s'appuyant sur les registres de la Cour royale, prétendent qu'elle n'aurait été érigée qu'au xiv^ siècle, et qu'elle ne serait par conséquent pas antérieure aux églises paroissiales de l'île.

Le fond de la baie du Vazon est occupé par une forêt sous-marine, dont on extrait un combustible appelé corban. Plus loin, la délicieuse baie de Cobo, devenue un séjour d'été très recherché, et dont les abords se sont, depuis peu d'années, couverts de

villas, d'hôtels et de maison meublées, offre un agréable mélange de rochers et de plagettes de sable fin, oii la baignade ne présente aucun danger. Dans les conques pleines d*eau que laisse la mer en se retirant, on trouve une grande variété de plantes marines, des anémones de mer, des éponges et des corallines.

Le promontoire des Grandes Rocques, d*où le regard embrasse un amas de rochers découpés, taillés en pyramides et en aiguilles et recouverts de varechs et de zostères, forme la démarcation bien nette et bien tranchée entre la falaise granitique et la plaine de sable du nord de l'île. Une ligne tirée de Touest à Test, des Grandes Rocques au château du Valle, qui servit de refuge au moyen âge pendant les incursions des pirates, et dont les débris pittoresques couronnent une petite éminence sur la côte orientale, séparerait presque exactement rile proprement dite de son prolongement septentrional, basse terre qui naguère était isolée de la grande terre par la Braye du Valle, chenal dans lequel courait la marée et qui a été desséché et livré à la culture ; il en demeure un vestige et un témoin, le marais d'eau saumâtre, à côté de Téglise du Valle, qui contient un mélange de plantes d'eau douce et de plantes marines. C'est entre Saint-

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