‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 7 sur 90 · CHATEAU ELISABETH · texte numérisé non relu

CHATEAU ELISABETH

d'ombrages. Au sommet se trouve un belvédère d*oii la vue est très remarquable sur la ville et sur l'ensemble de la baie ; en face de soi, on a le château Elisabeth, relié à la côte par une chaussée cimentée recouverte par la mer à marée haute. Cette forteresse, qui a joué un rôle important dans Thistoire de l'île, occupe sur un groupe de rochers isolés, à l'entrée de la baie, l'emplacement de l'ancienne abbaye dé Saint Hélier, fondée au xii® siècle par Guillaume de Hamon à l'endroit même où saint Hélier fut mis à mort par des pirates normands. On peut voir encore, sur un rocher relié au château Elisabeth par le brise-lames du nouveau port, les ruines deTermitage qu'occupait le saint ascète qui a donné son nom à la ville principale de Tîle. Le château Elisabeth, commencé en lool par ordre d'Edouard VI, fut agrandi par la grande Elisabeth et terminé en 1665, sous le règne de Charles II. Ce prince y trouva deux fois asile durant son exil ; le chancelier Clarendon y écrivit l'/^îs^oiVe de la Révolution anglaise de 1649, et le poète Cowley y séjourna à son tour. Le château Elisabeth est surtout célèbre par l'admirable défense du gouverneur royaliste, George de Carteret, qui y tint en échec pendant six semaines, en 1631, les troupes parlementaires appuyées par la flotte de l'amiral

Blake; il ne rendit la forteresse qu'après Texplosion d'une poudrière, et la garnison obtint les honneurs de la guerre.

Désertes pendant la journée, les rues de Saint- Hélier s'animent le soir venu. Les deux artères centrales de la ville basse, Queen Slreet et King Street et, le dimanche, quand le temps est propice, la belle esplanade qui longe la baie de Saint- Aubin, sont envahies par une foule bruyante, on pourrait dire désordonnée. De huit à dix heures du soir, cette partie de la ville, si calme et si austère quelques heures auparavant, est une petite Cythère. Les magasins se ferment; seuls, les débits de tabac et les cafés ou bars restent ouverts. Le pavé appartient dès lors aux courtisanes de bas étage. Ce proxénétisme hideux est alimenté par la présence de nombreux marins et aussi par la garnison; matelots et soldats, ceux-là sombres dans' leur vareuse bleu foncé, ceux ci éclatants dans leurs uniformes, la badine à la main, coiffés d'un béret assujetti sur la chevelure, penché sur un côté et retenu par une ganse qui explique ce miracle d'équilibre, luisants, astiqués, pomponnés, se promènent au bras des filles, effrontées et avinées; les groupes se rencontrent, s'interpellent, échangent des gros mots à défaut de horions, s'engouffrent

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