‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 71 sur 90 · GÉOLOGIE DE SERCQ · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE DE SERCQ

se couchait à côté de Tengin protecteur, jusqu'à ce que le sommeil eût dissipé les fumées de Tivresse.

L'intérieur de Sercq est un plateau dont le point culminant, le moulin seigneurial, au centre du Grand Sercq, atteint 114 mètres d'altitude. Ce plateau est essentiellement granitique ; mais le granit n'est homogène que dans le Petit Sercq, composé tout entier de roches granitiques. Dans le Grand Sercq, il est recouvert de schistes chloriteux et sériciteux, à l'exception de l'extrême pointe nord qui est granitique, et d'une étroite bande côtière à Test du port du Creux, formée de gneiss. La Coupée appartient aux schistes hornblende. Il est à remarquer que le travail lent, mais continu, de désagrégation, qui a permis à la mer de se frayer de nombreuses cavités dans le bloc insulaire, ne s'est accompli que dans la partie schisteuse; ainsi la Coupée, sans cesse amincie par la sape des vagues, se trouve exacteipent à la limite des schistes et du granit, mais elle appartient entièrement à la formation schisteuse, et c'est encore dans les schistes que l'eau a creusé le passage du Gouliot, qui sépare actuellement Brechou du Grand Sercq, auquel cet îlot était jadis réuni.

Il n'y a pas vingt-cinq ans, la traversée de Guernesey à Sercq était tout un voyage. Le trajet

8*accomplissait par des voiliers qui parlaient tantôt le matin, tantôt le soir, suivant les caprices de la marée; on savait bien quand on devait quitter le rivage de Guernesey, mais on ignorait à quelle heure on atteindrait celui de Sercq. Le plus ou moins de durée de la traversée dépendait des courants, de rétat de la mer et surtout de la direction et de la force du vent. Les péripéties d'un voyage qui tenait de l'aventure avaient leur charme pour les bons marins, et elles éloignaient de Tîle enchanteresse la foule des touristes. Sercq, c'était alors le mystère et l'inconnu; il n'était fréquenté que par quelques familles guernesiaises, qui y prenaient leurs quartiers d'été dans des auberges sans prétention ou chez les campagnards. On s'y rendait par bandes; la camaraderie et la douce gaieté y régnaient en souveraines maîtresses. C'étaient tous les jours des parties folles à travers les campagnes parfumées de l'île, surtout en juin, quand les prés ne sont qu'un tapis de fleurs éclatantes, aux tendres parfums et aux fraîches corolles. Du matin à la nuit tombante, on courait par groupes dans les sentiers ombreux aux talus recouverts d'une herbe soyeuse et épaisse, dans les ruelles étroites entre haies fleuries, dans les petites vallées où de verts bosquets alternent avec de charmantes prai-

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