‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 76 sur 90 · LES MERVEILLES DE SERCQ · texte numérisé non relu

LES MERVEILLES DE SERCQ

cœur un langage magnifique et universel, énamourent les âmes, captivent l'imagination et enchaînent les esprits.

Outre l'isthme de la Coupée, le clou de ces merveilles, les principales curiosités de Sercq sont : sur la côte occidentale, les grottes du Gouliot, abordables seulement aux grandes marées et qui s'ouvrent en face de Brechou, pleines d'algues rares et de méduses, et où les naturalistes peuvent récolter des actinies, des holothuries et des myriades de zoophytes et de protozoaires agglomérés dans de limpides bassins remplis d'eau de mer; le port du Moulin, ainsi nommé d'un moulin construit par saint Magloire, et formé par un demi-cercle de rochers hauts de 80 à 100 mètres; les rochers isolés des Autelets, réparés du port du Moulin par une galerie voûtée et une série de grottes éclairées, et entre lesquels s'ouvrent de petites vasques tapissées d'algues; et les grottes des Boutiques, à double entrée, dont le fond est parsemé de petits gouffres et dont les parois paraissent formées par des blocs empilés : leur salle principale, haute de 20 mètres, est percée d'une fissure par laquelle filtre un mince rayon de lumière. Sur la rive orientale de l'île, il faut signaler l'immense cheminée du Creux Derrible, située sur le bord de la falaise,

et qui commuhique avec une grotte accessible à marée basse. C'est aussi sur cette côte que s'ouvre Tadorable baie Dixcart, avec une jolie plagette de sable entre parois boisées, où aboutit Tombreuse vallée du même nom. Le Petit Sercq a des rives extrêmement tourmentées et taillées à rinfîni; on y remarque le Pot, énorme excavation circulaire tapissée de lierre et de fougères et percée dans sa partie inférieure d'un orifice par lequel Teau s'engouffre à marée haute. Il faudrait faire le dénombrement de toutes les roches, de tous les caps, de tous les promontoires, dé toutes les anses de ces côtes splendides et captivantes, dont les beautés sévères et les magnificences grandioses contrastent avec le charme paisible de Tintérieur de Tîle : ici, l'idylle et l'églogue, la paix et le recueillement , les bosquets feuillus remplis du chant des oiseaux, là, le drame lugubre et noir, une accumulation d'horreurs superbes, la poussée sinistre et retentissante des flots et le bruyant déchaînement des vagues.

Les parties les plus remarquables des côtes sont d'accès difficile du côté de la terre; pour avoir une idée complète de Sercq, il faut faire le tour de l'île dans une barque et longer toutes les sinuosités du rivage; c'est un spectacle sublime qui remplit

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l'âme de terreur et d'effroi, et imprègne le spectateur d'une vénération mystérieuse presque? accablante et excluant toute pensée profane pour ne laisser subsister dans l'esprit qu'une sorte de respect muet et religieux.

L'histoire et la constitution politique dç l'île de Sercq ne sont pas moins intéressantes à étudier que sa formatioii géologique et ses paysages, Lcà annales historiques sont muettes sur Sercq jusqu'en 568, époque à laquelle saint Mogloirej évèque de Dol, vint avec 62 disciples y fonder un knonaâtcrc* Plus tard l'île fut longtemps aban donnée et devint un nid d'écumeurs de rncr qui exerçaient leurs déprédations sur les côtes voisines et rapportaient Iciir butin dans leur repairo. Du haut des falaises inaccessibles, ils guettaient les navires passant au large, fondaient sur leur proie» égorgeaient les marins et les rares passagers et rentraient dans l'île pour mettre en sûreté les dépouilles de leurs victimes. De grands feux allumés sur les rochers induisaient en erreur les vaisseaux cingldnt dans les ténèbres à travers les écueils de la" mer redoutable, hérissée de dangers que ne signalait alors aucune bouée, que n'illuminait aucun phare; ils venaient s'échouer sur les brisants où les pirates confisquaient la cargaison et exer^

çrtient sans crainte de représailles leurs instincts de pillage. Aussi ces côtes inhospitalières étaientelles redoutées de tous les navigateurs; elles étaient considérées comme doublement dangereuses par leurs écueils et par leurs habitants, elles étaient ternies pour dès nids de forbans, et, au xvi® siècle, Rabelais se faisait l'écho de cette opinion peu flatteuse dans son Pantagruel en laissant Panurge qualifier de « terres des voleurs et larrons, les îles de Cerque et Herm, entre Bretaigne et Angleterre )).

En 1549, 400 Français, sous le commandement du capitaine Bruel, prirent possession de l'île, alors inhabitée, ils l'auraient longtemps gardée sans là ruse d'un capitaine hollandais qui réussit à la rendre aux Anglais six ans après par un coup de main des plus réussis. L'île était inabordable et l'on ne pouvait songer à la prendre par la force. Les Français avaient construit des retranchements dans lesquels, au sommet de la falaise, ils surveillaient en sécurité les approches de l'île ; une de ces redoutes, en ruines, existe encore et s'appelle le fort Français. Impossible de débarquer des gens armés, puisque Tunique voie d'accès était un escalier fermé par une porte et facile à défendre; une poignée d'hommes décidés postés au haut de cette

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