‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 77 sur 90 · HISTOIRE DE SERCQ · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SERCQ

échelle aurait eu facilement raison des assaillants et les eût tous jetés à la mer i*un après l'autre, que) que fût leur nombre. Le malin Néerlandais usa de stratagème. Il jeta l'ancre dans la baie du Creux, fit des signaux de détresse, mit son pavillon en berne et demanda au commandant français une audience qui lui fut accordée. On vint le chercher dans un canot et on le conduisit, les mains garrottées et les yeux bandés, dans Tintérieur de Tîle. Avec des larmes dans la voix et un accent de sincérité auquel de moins naïfs auraient pu se laisser prendre, le capitaine raconta que le propriétaire de son navire, un riche marchand batave, était mort à bord et qu'il avait exprimé avant de mourir le désir de ne pas être jeté à la mer et d'être enterré en terre chrétienne et consacrée. Il venait donc prier le commandant de lui accorder Tautorisation de débarquer avec partie de son équipage, pour rendre les derniers devoirs à son patron et se conformer aux suprêmes volontés du défunt en l'inhumant dans la chapelle de Tîle. En retour, il offrait aux Français une partie de la cargaison. Le commandant ne vit point malice dans cette proposition insidieuse et alléchante et acquiesça aux désirs du capitaine en exigeant toutefois que les marins hollandais débarquassent sans armes. De retour à

bord, le capitaine fit ses préparatifs; on mit dans un cercueil, au lieu d'un cadavre, des armes, des sabres et des arquebuses ; le funèbre colis fut placé dans une petite barque, et, tandis que quelques hommes gardaient le navire, la majeure partie de 1 équipage se rendit à terre. Là, les Français, méfiants, fouillèrent minutieusement les arrivants, ne leur tolérant pas une arme, pas même un couteau, mais ils se gardèrent bien de toucher au cercueil et le laissèrent passer sans soupçonner son contenu.

Pendant que les Hollandais, tête nue et recueillis, gravissaient péniblement les sentiers rocheux, psalmodiant et marmottant des oraisons, beaucoup de Français, impatients de voir le lot qui leur revenait, se rendirent à bord du vaisseau ancré dans la rade, où ils furent faits prisonniers, liés, ficelés et mis hors d'état de nuire. Pendant que se passait ce petit drame, le funèbre cortège arrivait à la chapelle. Une fois entrés dans Tédifice, les Néerlandais fermèrent la porte derrière eux, dépouillèrent leur air contrit et affligé; en un tour de main, le cercueil fut ouvert et les Hollandais, brandissant leurs armes, se ruèrent sur les Français surpris et pris au piège. Ceux-ci s'enfuirent précipitamment sur la falaise, en poussant des cris pour appeler à leur

Page 1