HISTOIRE DE SERCQ
secours leurs compagnons; mais ceux-ci étaient prisonniers et réduits à i'iippuissance. Alors, comprenant qu'elle était tombée dans un traquenard, la garnison se rendit et le capitaine hollandais remit Sercq aux mains de l'Angleterre.
Pour mettre un terme à la piraterie, la reine Elisabeth concéda, en 1563, Sercq en toute propriété, pour lui et ses hoirs, à Hélier de Carteret, seigneur de Saint-Ouen, à Jersey. A cette occasion, la reine fit don au seigneur de 6 canons, 30 boulets et 200 livres de poudre. On peut voir encore près de la cour d'entrée de la Seigneurie, un de ces canons, portant l'inscription suivante : Don de la royne Elisabeth au seigneur de Sercq, A. D, 1578.
De la famille de Carteret, l'île a passé en 1738 à la famille Le Pèlley, qui la vendit en 1852 à la famille CoUings.
L'île de Sercq, bien que judiciairement rattachée au bailliage de Guernesey, en est donc complètement indépendante au double point de vue politique et administratif; le gouverneur, le baillif et les États de Guernesey n'y ont aucune autorité. Elle forme un petit État féodal à part, gouverné sous la suzeraineté de l'Angleterre par son seigneur, qui est censé propriétaire de l'île en vertu de la charte la constituant en fief de haubert au
profit d'Hélier de Carteret, pour être divisée entre quarante tenanciers dont chacun devait fournir un homme armé pour la défense de l*îie. Ces quarante domaines, légalement indivisibles, transmissibles par vente on par succession avec l'assentiment du seigneur, sans que sous aucun prétexte, ils puissent être partagés, sont encore aujourd'hui possédés par quarante tenanciers, et ceux-ci forment, pour défendre Sercq, une milice dont le seigneur est le colonel*
Les tenanciers payent la dîme au seigneur, qui pourvoit à ses frais à l'entretien du ministre ariglican {incumbent) nommé par lui, et participe aux dépenses de réparation de lëglise. En cas de décès sans héritier d'un des quarante tenanciers, le seigneur entre en possession de ses biens.
Le droit d aînesse le plus absolu régné dans l'île.
Les chefs-plaids de Sercq, tenus trois fois par an, le premier lundi après Pâques, après la Saint- Michel et après Noël, y forment Tunique pouvoir législatif. Ces chefs-plaids, qui ne sont auite chose que (( rassemblée des leudes et barons m des anciens rois normahds, sont composés du sénéchal, président, et du prévôt de Tîle, nommés à vie par le seigneur, du greffier, du député, du seigneur et des (quarante tenanciers. Les lois ou ordonnances sont
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votées par ces derniers seulement; mais elles doivent être soumises à la sanction du seigneur. Lorsque celui-ci la refuse, le conflit peut être déféré à la Cour royale de Guernesey par la majorité des tenanciers.
Les chefs-plaids de Sercq votent les taxes, calculées, comme à Jersey, par quartier de 500 francs. L'église et les écoles, ayant des revenus particuliers, ne sont pas entretenues par ces taxes.
L'administration locale est assurée par un connétable et un vingtenier nommés par les quarante tenanciers en assemblée de chefs-plaids. Le connétable perçoit les impôts et assure la police avec Tassistance du vingtenier. En cas de désaccord, les contribuables peuvent recourir à la Cour de Guernesey.
L'organisation judiciaire est des plus simples. Un sénéchal, nommé par le seigneur, statue comme juge unique. Le seigneur nomme également un député-sénéchal pour remplacer le sénéchal en cas d'empêchement. Le sénéchal juge en première instance tous les procès civils, sauf appel devant la Cour royale de Guernesey. 11 peut infliger des amendes jusqu'à trois livres tournois (5 fr. 15) et un emprisonnement ne dépassant pas trois jours. Un prévôt, choisi par les habitants et
à la nomination du seigneur, assure l'exécution des jugements du sénéchal et des arrêts de la cour de Guernesey.
L*île pastorale possède une prison, mais cette geôle bénigne n a rien qui rappelle les oubliettes et les in pace des vieilles féodalités. Elle est, du reste, il faut le dire à l'honneur de Thonnête petite communauté serquaise, presque toujours veuve d'occupants.
On raconte à ce propos que le baillif de Guernesey visitant Sercq il y a un certain nombre d'années, reçut les doléances du prévôt de l'île, qui se lamentait des devoirs nombreux d'une situation purement honorifique et se plaignait d'avoir à entretenir les prisonniers sans toucher de salaire.
(c Combien de prisonniers avez-vous eu Tannée dernière? lui demanda le baillif après avoir complaisamment écouté son interlocuteur.
— Un seul, fut la réponse.
— Et l'année précédente?
— Aucun.
— Et il y a deux ans?
— Ohl monsieur le baillif, répondit le prévôt après avoir cherché longtemps dans sa mémoire, je n'étais pas encore en exercice. »
Une bonne femme de Sercq avait été condamnée