‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 80 sur 90 · LE FRANÇAIS A SERCQ · texte numérisé non relu

LE FRANÇAIS A SERCQ

écoles publiques, les cours se donnent en français. On ne lit que des journaux et des livres français, journaux de Guernesey et de Jersey, livres prêtés par la succursale que la bibliothèque Guille- Allés a établie dans la petite île. Les services religieux de l'Église anglicane et de la secte méthodiste, qui se partagent les consciences insulaires, sont célébrés en français. Il y a vingt ans, on n'entendait pas un mot d'anglais dans les riantes chaumiiics de l'île.

Mais les touristes ont afflué depuis, et ces touristes sont des Anglais, tous ou presque tous; peu de Français ou, pour mieux dire, point. Ces Anglais apportent leurs guinées, et, comme toujours et partout, leur langue. Avant cette irruption, il y avait dans l'île quelques pêcheurs originaires de la Grande-Bretagne ; ils avaient appris le patois et leurs enfants, fréquentant l'école, parlaient le français et le serquais. Aujourd'hui l'invasion des Anglais, dont plusieurs se sont établis à Sercq, tandis que d'autres y séjournent longuement chaque été, a pour ainsi dire obligé les Serquais à se familiariser avec la langue anglaise, avec celle des hôtes puissants et riches qui viennent chez eux semer leur or. Le domaine de la langue française est entamé, notre influence no

s'exerce là ni matériellement, ni moralement, cl nous nous demandons avec un serrement de cœur si notre langue n'est pas appelée à disparaître aussi, tôt ou tard, peut-être plus rapidement qu'on ne le pense, de cette île de Sercq, qui semblait devoir être son dernier et inébranlable rempart parmi les épaves insulaires de l'ancien duché de Normandie.

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