‹ Les îles Hawaii [microforme]Chapitre 12 sur 22 · MISSION DU COL. BLOUNT · texte numérisé non relu

MISSION DU COL. BLOUNT

Le Président délégua le colonel James H. Blount pour faire une enquête minutieuse, avec instruction de consulter le ministre Stevens de Honolulu, qui pouvait lui être d'une grande assistance.

M. Blount arriva à Honolulu le 29 mars. Il commença par faire descendre le drapeau américain qui flottait sur les édifices publics et reuoya les soldats du Boston sur leur bateau. Il se mi ensuite en frais de recueillir des renseignements. Entre temps, il y eut beaucoup de pourparlers et d'incidents. Il ajpert que le parti des royalistes trama plus d’un complot. Ainsi, le 21 juin, trois individus furent arrêtés gous l'accusation d’avoir fabriqué des bombes qui fuent cachées dans la maison de la reine, et apparemment à sa connaissance, on no put cependant recueillir assez de preuves pour condamner les aceusés. Toute fois, le gouvernunent prit des mesures de précautions en augmentant le nombre des volontaires. On créa une réserve de 700 hommes, il fut suggéré de bannir la reine du pays, mais on n'en fit rien.

Après quatre mois de sravail, le Colonel Blount fit son rapport au Président; les conclusions sont les suivantes :

Le 18 février 1874, David Kalakaua fut procla-

qe

mé roi par la législature, on avait eu à choisir entre lui et la reine douairière Emma. Le cabinet et le Parti américain usèrent de toute leur influence en faveur de Kalakaua, pendant que les anglais favorisèrent la reine Emma qui passait pour être dévouée à jours intérêts, Malgré qu'on n'eût pas une haute idée du carietère de Kalakaua, le parti américain craignait que si la reine douairière Emma était élue, il n'y aurait plus d'espoir de négocier un traité de réciprocité avec les Etats-Unis. Aussi, dès 1875, un an après l'élection du roi Kalakaua, le traité de réciprocité fut passé, il comportait l'entrée en franchise de plusieurs articles, notamment le sucre et ses sous-produits, 1] en résulta une augmentation désordonnée de la riches- ‘e,; Un nouveau cvstème de travail, l'importation de travailleurs asiatiques, un profond malaise entre jes indigènes et les blancs, l'appauvrissement des premiers et l’enrichissement des derniers.

En 1845, grâce à l'influence des blancs, les torres furent distribuées entre la couronne, le gouveriement, les chefs ct le peuple, de façon à ne laisser à ce dernier qu'une part insignifiante. (27,000 acres) Avant 1876, les rois étaient pratiquement contrôlés pur des hommes comme le Dr. Judd, M. Wyllie, ei autres blanes détenant des positions dans leurs cabinets.

De 1820 à 1866, des missionnaires de ditférentes nationaités, surtout des américains, animés d'un profond désintéressement, vinrent aux Les et consacrèrent leur vie à la civilisation des indigènes. Plus tard les descendants de ces hommes dévoués tournèrent leurs Yeux sur les choses temporelles. Le Révérend Mission-

naire disparut, et À sa place on vit venir l'anglo-saxon dans la personne de son fils, ambitieux de s'enrichir et de continuer ie contrôle que son père avait sur les indigènes: de là le no: satyrique de Missionnaire qui lui fut donné par les indigènes. D'autres étrangers vinreu, aux pays, surtout des angiais, des américains et des allemands. Ces gens, règle générale n'étaient pas naturalisés, des intérêts communs les rendirent réciproquement sympathique, Sous l'autorité de la cons titution de 1852, la légis:ature se composait de deux groupes, l’un élu par le peuple, et l'autre choisi par le roi, la qualification foncière n'était pas exigée. En 1864, une nouvelle constitution fut proclamée par le roi et sanctionnée par un cabinet composé de blancs. Cette constitution restreignait le droit de suffrage et réunissait en un seul corps les représentants du peuple et les nobles; le but était de donner plus de pouvoir au roi au détriment du peuple. Antérieurement à l'adoption de la constitution de 1887, les ministres

étaient nommés par je roi et révoqués à son bon plai-

sir, mais jusqu'à l'avènement de Kalakaua, à était rare qu'un roi changeñt son cabinet, les ministres restaient longtemps en office. Sous Kalakaua ce fut différent, il y eut pus de treize cabinets durant son

règne; ce fut un régime de corruption sans exempl

qui amena la révolution de 1587. Cette corruption aurait pu être évitée par une meilleure législation qui aurait été aussi une garantie pour l'avenir.

Le but avoué des blancs était de restreindre le pouvoir des indigènes qui, disaient-iis, ne pouvaient conduire un gouvernement. Par la constitution de

1887, les blancs se trouvèrent à avoir les trois quarts des votes pour les nobles, où le peuple un G'art,

De 1878 à 1886, Je gouvernement fit venir 10,000 étrangers de Madère et des Açores pour travailler dans les plantations, la plupart ignorants, aucun d'eux Daturalisé. On leur permit cependant de voter sur prestation d'un serment par lequel ils s'engageaient à respecter la constitution de 1887, tout en restant sujets étrangers, Ceci était un admirable instrument entre les mains des blancs pour contrôler le pouvoir. Aussi, aux élections, ces ignorants étaient conduits au poil par les contremaîtres qui les faisaient voter comime ils voulaient; ceci était fait, dit le juge en chef Judd, pour contre-balancer le vote des indigènes, chose admise du reste par tout le monde.

C'est aussi grâce à Ja constitution de 1887 qu'un grand nombre d'anglais, d'américains et d'allemands non naturalisés purent voter. Selon cette constitution le roi n'avait plus le droit de révoquer son cabinet autrement que par un vote de non confiance de la Jé-

gislature, qui e, était composée d'étrangers pas mé-

me naturalisés. Le droit de nommer les nobles était

enlevé au roi, non pas pour le donner au peuple, mais à une classe de gens riches qui n'étaient pas même su- Jets du rovaume, Le pouvoir de révoquer ses ministres lui était pareillement enlevé et ce changement devait bénéficier à un corps composé d'étrangers: tout cela fut fait sans que le peuple n'eût été consulté, Avant l'insurrection de 1887, une ligue secrète avait fait venir des armes de San France

avait distribuées parmi ses membres.

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l'auic-ité de la consétrangère, reconnue

mière érection qui eut lieu sous

titution de 1887, la population tre hostile au peupie et à la couronne, était ar- Cette élection fut appelée celle des réformes de Dès ce moment, le peuple se divise jes naturels; ce sen-

pour ê mée.

Ja législature.

les étrangers et fait que ce sont des étrangers au s affaires publiques. Des

en deux factions:

timent repose sur le went contrôler le

guerre étrangers sont dans le port, pour la

pays qui ve navires de protection des sujets res] ènes dans u

xectifs de leur pays, tout cela tient les indis n état de crainte qui les empêche de se servir de leur Le rapport du Col

anses diverses de l'insurrection de 1887, et les deux partis durant la pé-

rer du contrôle des

s forces physiques. Blount passe en revue les les luttes

qui eurent lieu entre riode de 1887 à 1892 pour s'empa [i déclare que le mécontentement créé par des réformistes fut l'origine des troubles ja révolution de 1393. I] énumère les Ju mouvement lancé par eux pour déassemblées auxquelles il donna et ses aviseurs,

affaires.

l'insucc qui amenèrent diverses phases trôner la reine, les lieu, les entrevues avec cette dernière ete... puis i vésume comme suit:

“La question la plus importante était de trouver le moyen de faire intervenir les forces des Etats-Unis. Un Comité de Sûreté avait été formé. Il fit jans au ministre Stevens et s'entendit e débarquement des troupes. 11 fut conles révolutionnaires 8e seraient islatif, et qu'ils auraient pro-

emparés du Palais Légi veau gouvernement, lui-même reconnai-

part de ses p avec lui pour | venu qu'aussitôt que

clamé un nou

trait ce gouvernement. Comme ces derniers craignaient d'être arrêtés et punis, il promit de les protéger. Cet arrangement avait été fait au cours de fréquentes entrevues et consultations.

Les révolutionnaires n'avaient que quelques armes et aucun soldat entraîné au service militaire. Ils n'avaient aucune intention de se battre et n'auraient sûrement pas entrepris ce mouvement sans la promesse de M. Stevens de les protéger contre les dangers qu'ils encouraient, Sans cette promesse, leurs assemblées n'auraient pas eu lieu. On n'au rait pas demandé l’aide des troupes américaines. Sans ces troupes on n'aurait pris aucune mesure en vuo de l’organisation d’un à ouveau £ouvernement, Le ministre américain et les chofs révolutionnaires avaient décidé d'annexer les Iles aux Etats-Unis, et s'étaient entendus sur le rôle que chacun devait jouer jusqu'à ce que leur but fût atteint.

Pourquoi. M. Stevens fit-il placer les troupes en face du Palais Légis'atif, qui n'était aucunement un point stratégique, et qu'il n'y avait là aucun soldat du gouvernement royal. Pourquoi aussi avoir choisi cet endroit pour y lire la proclamation au publie. Plus que cela: Avant qu'il ne fût fait à la reine ou à ses officiers aucune demande de reddition. le ministre américain avait déjà reconnn le gouvernement et était prêt à le supporter.

Si on examine à nationalité de chacun des chefs révolutionnaires, on constate que la plupart sont d'ailéreance étrangère, et que les citoyens américains pour qui protection est demandée, sont les fauteurs mêmes

de la révolution et conséquemment n’ont aucun droit

à cette protection.”

On réussit à détrôner la reine, tel que relaté plus haut, on forme une ligue d’annexion, on fait cireuler une pétition qui se couvre de 5,500 signatures, pour la plupart de portugais non naturalisés ou d’illettrés. Le Colonel B'ount est d'opinion que les indigènes sont

en grosse majorité contre le mouvement et en faveur

de la reine.

Le motif principal de cette révolution et des démarches faites pour l'annexion était vraisemblablement l'intérêt, et dans l’occurence celui des planteurs. Les lois favorisaient l'importation de travailleurs étrangers, et donnaient aux employeurs des pouvoirs assez étendus ur ces gens. De plus, les planteurs avaient toujours en vue de faire disparaître les droits sur les produits de la ferme qui étaient expédiés aux Etats-Unis, et l'annexion leur paraissait le plus sûr moyen d'arriver à leur but. Le parti des blancs espérait aussi restreindre le droit de suffrage, de façon à contrôler le gouvernement des Îles.

Le délégué Blount revint à Washington le 8 août.

Son rapport resta secret jusqu'au milieu de novembre.

Un nouveau délégué fut nommé par le président Cleveland pour aïler à Houoïuiu: ce fut M. S. Willis. Dans les instructions que le secrétaire d'état Gresham lui donne de la part du Président, il est fait une revue des faits tirés du rapport Blount, il est dit entre autre chose: “Après examen attentif du rapport de M. Blount, le Président est d'opinion que le mouvement contre la reine, s'il n’a pas été fait à l'instigation du

représentant de notre gouvernement à Honolulu, a été encouragé par lui en promettant d'avance de l'appuyer à l'aide des forces nava..s, puis en reconnaissant officiellement le gouvernement provisoire, alors que sans cet appei il n'aurait pu se maintenir: et que, du reste, le gouvernement royal aurait pu maintenir son autorité contre des forces autres que celles des Etats-Unis. Vous voudrez done, en arrivant, offrir à la reine les regrets sincères du Président de ce que la conduite de notre représentant ait amené la chûte de son trône, et de son intention de réparer le tort causé, Vous voudrez bien aussi l’informer que, pour le cas où son autorité royale lui serait rendue, le Président désire qu'elle accorde complète amnistie à tous ceux qui ont pris part à la révolution.”

Le délégué Willis se rendit à Honolulu. 1] communiqua d'abord avec la reine et lui fit part de la mission dont le président Cleveland l'avait chargé. La reine refusa d'accorder l'amnistie demandée. Elle exigea même la tête de ses ennemis et la confiscation de leurs biens, alléguant qu'il n’y aurait jamais de paix tant que ces gens seraient dans le pays.

Dans l'intervalle, par suite d’une indiscrétion, les journaux rendirent publiques les démarches qui se faisaient à Honolulu, et les attaques contre le président Cleveland devinrent de plus en plus violentes au Congrès et dans la presse. Les deux chambres demandèrent des informations complètes au sujet des affaires de Hawaii,

Le Président, se rendant compte qu'il ne pourrait

a été >uyer offisans reste, itori- Jnis.

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En —— pas négocier plus longtemps en secret, envoya ul Mes sage au Congrès lui exposant les faits.

Jusqu'à présent, dit ce message, la reine n'a pas acquiescé à mes conditions. L'échec que mes plans ont rencontré m'a empché de les soumettre au gouverne ment provisoire. De plus, les exagérations du public sur la situation et les sentiments de notre peuple ont rendu notre médiation difficile. Je vous remets toutes les pièces se rattachant à cette question, et je vous promets mon appui pour un règlement honorable de ces difficultés.

A Honolulu on fut dans une anxiété indescriptiblo en attendant la décision du Congrès. On eraignait une action militaire pour restaurer le trône, et on 86 préparait à la résistance.

Les entrevues du délégué Willis avec :a reine et ses aviseurs continuèrent, mais sans succès, cotte dernière refusant obtinément d'accorder l'amnistie. Il fut décidé de faire rapport au Congrès des Etats-Unis. Le vapeur Corwin allait partir, quand M. J. ©. Carter,

l'un des plus fidèles amis de la reine. eut une derniè-

re entrevue avec ele, au cours de laquelle elle consentit à signer une acceptation sans réserve des conditions imposées

Le déléoué Willis convoqua de suite le Président et l'Exécutif du gouvernement provisoire. Il leur transmit de la part du préside: Cleveland l'oftre de sa médiation en vue de la restauration de la mona”chie, et leur demanda s'ils acceptaient cette proposition. Le président Dole fut chargé de répondre dans la négative et le fit dans les termes suivants:

“Bien que nous acceptions la décision du président

ds —

Cleveland refusant de considérer l'annexion comme conclusion finale de la présente admiristration, nous ne lui reconnaissons pas le droit d'intervenir dans nos affaires intérieures. Ce droit ne peut être conféré que Par un acte de notre gouvernement, ou acquis par conquête,

M. Cleveland s'appuie sur le rapport du Col.

Blount pour juger notre conduite,

Cette enquête fut conduite de façon très irrégulière,

M. Blount interro- &ea ses témoins secrètement, ne leur permettant pas d'ajouter à leurs réponses des explications pouvant compléter leur témoignage, Personne n'était là our les transquestionner. Est-il déraisonnable de présumer que ces témoins, soumis à l'interrogatoire d'un avocat astucieux, furent entraînés À dire des choses qui n'étaient que la moitié de la vérité, et même prises isolément, devenaient effectivement des faussetés.

M. Blount vint ici comme un étranger, son temps fut complètement employé à interroger des témoins de la manière susdite, et à recueillir des statistiques. Il s’abstint de communiquer avec les partisans du gouvernement provisoire, Un examen de son rapport démontre que sur quatre-vingts témoins qu'il fit comparaître, soixante étaient des royalistes. Il n’appela que deux membres sur treize du comité de sûreté, et en résumé, quelques-uns seulement des nombreux personnages supportant le gouvernement provisoire, et qui furent témoins des événements; tous honorables et parfaitement qualifiés pour lui fournir des renseignements précieux, pendant que la plupart des royalistes interrogés étaient des gens sane responsabilité,

te

bts |

so — M. Blount séjourra ici quelques mois seulement, et n'eüt pas de relations sociales assez fréquentes avec notre population pour lui permettre de recueillir des

impressions et des opinions qui auraient pu le guider

dans la conduite de son enquête.

Un étranger ne peut être familier avec les conditions historiques du pays, la vie intime de ses habiiaux, les sentiments de race, les

tants, les courants so forment l'atmosphère

coutumes et les traditions qui Nous, qui avons grandi en ce pays, nous avons conscience de la diffieutté de maintenir un gouee cinq raves différentes, etc. PE monarchie

politique.

vernement stable av

M. Dole fait ensuite lo provès de la qu'il qualitie de rétrograde et de vorrompue, donnant en exemple plusieurs actes du régime Kalakaua, et de celui de la reine détrônéc.

Le 12 janvier 1894, M. Wiilis reçut instruction du président des Etats-Unis de revenir à Washington. A Honolulu on apprit seulement un mois plus tard ine avait demandé obtinément la tête de ceux de la révolution. Cette noudignation et lui vaiut des igua libéralement. On com-

que la re qui étaient responsables velle provoqua une vive in malédictions qu'on lui prod prit difficilement aussi que le président Cleveland eût mis tant d’insistance à remettre sur le trône une telle reine dont il avait pu apprécier la mentalité au cours des négociations.

Le Sénat de Washington nomma un vomité qu’il tte question à fond, afin de consain avait commis quelde la nation, par

chargea d'étudier ce tater si le gouvernement amérie que action dérogatoire à l'honneur

ses représentants, au cours de ses re:ations avec Hawaii, Ce comité fit un long rapport dont voiei les points

intéressants :

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