‹ Les îles [microforme]Chapitre 15 sur 30 · ent de folie incontrôlable, il se figura que les · texte numérisé non relu

ent de folie incontrôlable, il se figura que les

modestes chants de la terre ne lui allaient plus.

D'une main fébrile il avait déposé sa casquette d’uniforme sur le capot d'échelle, et du haut ? des bastingages de tribord il s'était perdu dans

le trémolo de l'océan.

Ce récit me rappela la mort de mon ami, le commandant Têtu, qui était venu s’éteindre dans ces parages, et comme ce brave garçon subit la loi commune, et qu'il semble oublié maintenant, je crus bon, pendant que flûte et violon allaient toujours crescendo, de me réfugier sur le banc de quart, et là, d'essayer à me rappeler les moindres détails de cette triste occurrence.

On aurait dit que ces choses s'étaient passées la veille, tant elles se présentaient fraiches à ma mémoire.

C'était cependant vers les premiers jours de mai 1868 : la goëlette armée /a Canadienne se balançait sur ses ancres, prête à quitter la rade de Québec, pour s’acheminer Rare haute mer.

Une véritable coquetterie de marin avait présidé à son armement. Les matelots avaient endossé la tenue de ecrvice ; le pont bien ciré donnait des reflets de glac: de Venise; les canons brillaient comme un snneau ‘’e fiançailles; les flammes et les Landerolles couraient du beaupré à la corne d’artimon, et de temps à autre un joyeux vivat s'échappait du carré d2s officiers. On partait pour la campagne de l’année pour courir sus à la contrebande et à la fraude, protéger le gagne-pain des pêcheurs du golfe; et le commandant qui tenait toujours à bien faire les choses, donnait à ses amis, ce jour-là un repas d'adieu.

La Canadienne partit joyeuse, s'inclinant coquettement sous le baiser de la vague, et entraïnant avec elle son bruyant éqnipage.

Nix mois se passèrent, et avec eux une croisière comme chaque parole d'adieu l'avait souhaitée, Puis au mois d'octobre--mensonge, ou plutôt vérité de la poussière humaine,-—l'élégant officier que tous avaient connu si jovial, si spirituel, si dévoué à ce que la religion nous dit d'aimer sur la terre, nous revenait seul, cloué dans une caisse que lou déposa vers minuit, sur un quai, au milieu des colis de la cargaison.

L'agonie s'était passée ainsi.

Partie le 11 octobre au matin de la Longue- Pointe, près de Mingan, la Canadienne, après s'être mise en panne vis-à-vis la rivière au Tonnerre, arraait un canot sur l'ordre du commaudant qui avait manifesté le désir de se rendre à terre.

En route, M. Tétu se plaignit d’une violente douleur dans la région du cœur: mais de retour à son bord, le mal avait disparu assez pour lui permetcre de réciter à son équipage la prière du soir

Le mieux continua à se manifester. Après le souper il causa avec un garde-pêche de la côte nord, Beaulieu, et comme Ja mer devenait forte, il donna l’ordre à son capitaine de mettre sur les Sept-[les.

Vers onze heures de la nuit le malaise regagna du terrain. Croyant à une indigestion, le commandant, avec cette nature énergique que tous lui connaissaient, sauta hors de son cadre pour andre ce qu’il croyait être un vomitif.

C'était de la nondre antimoniale, substance compaiatis «mer.t inoffensive, écrivait son prédécesseur, le commandant Fortin. Plus tard, ajou-

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tait-il encore, comme la douleur augmentait, il prit de la magnésie, puis de la menthe, puis deux légères doses d’opium.

Le mieux se montra de nouveau, et croyant que tout était fini, M. Têtu donna l'ordre au maître d'hôtel d'aller se reposer.

—Je sonnerai, s’il y a lieu.

Quelque temps après, le garde-pêche qui était couché dans le carré, vit le commandant passer dans son cabinet de toilette : il revint d’un pas ferme vers son lit, s'y appuya ; puis joignant les mains, murmura :

—Mon Dieu ! que je suis faible ! Mon Dieu !

ayez pitié de moi!

Ce furent là ses dernières paroles.

Quelques secondes après, le râle l’'empoignait : et quand so compagnon de carré courut à lui, suivi du capitaine qui essaya de soulever le commandant dans ses bras, ces deux hommes atterrés ne purent saisir au passage que trois longs soupirs entrecoupés.

Le commandant Têtu venait de descendre son dernier quurt.

Jeune--trente-quatre ans—doué d’une intelligence supérieure, d’une âme profondément catholique, d'un cœur loyal--dans une acception que bien des gens de notre siècle auraient peine à comprendre, Théophile Têtu rermplissait à la satisfaction de tous le poste d'honneur qu'on lui avait confié. Ses études militaires et scientifiques, ses connaissances en droit maritime, ses travaux particuliers, contribuèrent à en faire un spécialist qui, hélas ! n'eut que le temps de se faire regretter.

Le matn de ce triste jour, la Canadienne, flamme en berne, cinglait vers le bassin de Gaspé, emportant la dépouille de son ancien

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commandant. Le lendemain elle s’arrêtait au milieu de la baie. Une foule énorme était allée au-devant du cercueil qui, couvert du drapeau auglais, était porté sur les épaules de six marins de choix. Les cordons du poële étaient tenus par les consuls et les notables : le canon grondait de minute en minute,et le deuil qui assombrissait toutes ces figures de pécheurs, au teint hôlé par le vent de la mer, donnait bien la mesure de la perte qu'ils venaient de faire.

Puis, tout en arpentant le banc de quart, mon esprit me ramenait à Québec, où la modestie qui avait présidé à la vie de M. Têtu avait jeté au dernier reflet sur ses funérailles.

Ici, plus de garde d'honneur, plus de clairons, plus de fanfares de deuil: mais un long cortège d'amis se déroulant en file, sous un ciel gris et sombre d'automne, derrière un modeste cercueil, sur lequel reporaient les insignes de lieutenant de vaisseau.

Au cimetière, un temps d'arrêt au bord d'une fosse que les croque-raorts avaient oublié de faire

assez large ; et ce bruit mat et mystérieux de la terre qui s’égréne et croule de la pelle du fos-

soyeur sur une tombe, où git une parcelle du cœur de ceux qui se groupent silencieux autour du trou béant.

La mer rapproche de Dieu. Ce soir-là—-et je n'ai pas besoin de l'écrire ici-—-une fervente prière fut dite pour l'âme de celui,qui dort maintenant, à quelques pas de la fosse des pauvres, au pied d'une humble croix du cimetière de Belmont: de cette croix qui sera toujours pour \ le croyant ce qu'était “l'ancre de salut” pour le ! commuanciant de la Canadienne, un gage de foiet

2'8 d'espérance en la miséricorce de son Dieu

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SE ans: ——

Au milieu de ces retours vers le passé, nous avions quitté l'hospitalière baie des Sept-[les.

Elle commençait à s’effacer derrière nous, et le cap tourné vers l’Anticosti, nous tanguions et nous nous laissions emporter sur le dos flexible de la houle du large. Chacun avait regagné son cadre, excepté les officiers de service et le gardien du phare de la Pointe-aux-Bruyères, mon fidèle conteur Gagnier, qui ne tarissait plus, une fois qu'il était mis à même de nous dire quelques uns des terribles drames de son île.

— Avez-vous entendu parler de ia catastrophe de la baie du Renerd ? me dit-il, en allumant un cigare.

—Non, mon ami. Où 8e trouve cette baie ?

—À quelque vingt milles de mon phare, endroit où j'ai bien hâte d'arriver.

—Et que s'est-il donc passé à la baie du Renard ?

— Quelque chose quise présente assez souvent sur notre ile. [ly a de cela assez longtemps, au printemps de 1820, un trappeur, en visitant ses pièges, fit la trouvaille d'une corde qui pendait one d'un rocher. Il la tira à lui. Une cloche de navire se mit aussitôt à tinter. Le premier mouvement du chasseur fut celui de Ia frayeur ; mais après avoir réfléchi, 1l fit le tour du plateau, et se trouva en face de trente eadavres. C'était tout ce qui restait de l'équipage et des passagers du vapeur le Granicus. Jetés à la côte vers la fin du mois de Novembre 1818, non-seulement ces malheureux avaient eu à combattre contre le froid ; mais la faim s'était mise à les harceler sans pitié. La lutte avait été longue, à en juger par les tristes reliefs qui entouraient ces morts. Dans un four, construit tant bien que mal, à quelques pas de là, giîsait la

moitié d’un cadavre qui avait servi à repaître ces pauvres affamés. À la branche d’une pruche . était suspendu le corps déchiqueté d’une petite fille qui, elle aussi, avait dû faire partie du lugubre garde-manger. Mangeurs et mangés furent enterrés pêle-mêle dans une vaste fosse que les pêcheurs ont eu la précaution d’entourer d’une palissade. Je vous mènerai voir ce triste endroit, si vous passez quelques jours au phare.

—Merci de votre complaisance, et je ne dis pas non, si le capitaine veut nous accorder cette relâche ; mais en atrendant, savez-vous que votre

aufrage du Granicus m'en rappelle un autre qui s’est passé en 1736 ? À cette époque un gouvernement prévoyant n'avait pas encore songé à venir en aide aux marins dévoyés, en jetant sur leurs routes des phares, des amers, et, en cas de malheur, des dépôts de provisions et des maisons de secours. Ce naufrage est celui du P. Crespel. Embarqué sur la Renommée, vaisseau de 300 tonneaux, armé de 14 canons et commandé par M. de Freneuse, il vint se jeter “ à un quart de lieue de terre, sur la pointe d’une batture de roches plates, éloignée d'environ huit lieues de la pointe méridionale de l’Anticosti.” C’est peutêtre une des plus navrantes légendes de l'ile. À coup sûr, c'est la moins connue : et comme causer aide à tuer le temps à bord, je veux vous conter de fil en aiguille ce terrible épisode de la mer(1).

(t) Ce naufrage est raconté à son frère par le père Emmanuel Crespel qui ie lui décrit d’une manière très-vive. Bibaud nous dit dans son ‘ Magasin du Bas-Canada. ” que, “ ce récollet arriva dans la Nouvelle-France au commencement d'octobre 1724.” Après être resté quelque temps à Québec, le P. Crespel fut nommé par Mgr ile la Croix de Saint-Vallier missionnaire de Sorel, où il demeura deux ans. M. de Lignerie

—('était le 3 novembre 1736 que M. de Freneuse partait de Québec avec 54 hommes à éon bord. (1). Tout s'était passé sans aucune avarie jusqu'au 14 au matin. El y avait bien eu, de fois à autre, quelque saute de vent qui, jeté au nordnord-est, avait passé au nord-est, puis à l'est, pour se fixer pendant deux jours au sud-sud-est. Jusque là, solide et neuve, la Renommée se comportait admirablement. Les ris pris dans les huniers, elle louvoyait au large de l’Aniicosti, se gouvernant sur son Compas au sud-esl-quartest, puis au sud-est. Tout-à-coup, le vent fraichit et se met à souffler en tempête. La lame se creuse, devient fatigante ; et en voulant virer à terre, le navire touche, talonne et embarque aussitot d'énormes paquets de mer. Il n'en fallait pas plus pour faire perdre la tète à une partie de l'équipage. Seul, le maître canonnier eut en ce moment le sang-froid de sauier dans la soute aux provisions, d'y prendre ce qu'il put de biscuit, de monter quelques fusils, un baril de poudre

lemmena alors comme aumônizr de Fexpéditior centre fes Outagamis, et à son retour le P. Crespel desservit le fort à Nisgara pendant les trois années d'usage, puis successivement le Détroit, le fort de Frontenac, et celui de 1e points à la Cnevelure, sur le lac Champlain : mission pénible s'il en fut ane, assure-t-il, en mentionuant cetle dernière dans son livre. Sauvé du nauirage de la Renominée, le P. Crospel fut nommé à la cure de Soujanges, où 11 demeura deux 8ns, L'ordre de ses supérieurs le fit alors repasser en France, sur le vaisseau du roi le Rubis, commandant de dJonquières, pour prendre le vicariat du couvent d'Avesnes en Tainault. Hi v demeura jusqu'à ce qu'il füt nommé aumônier des troupes françaises commandées par le marechal de Maillebois, et fimit :-‘n long et dur apestolat par venir mourir à Quebec, le 28 avril !755 après avoir été pendant quinze us supérieur Comuissaire de son ordre, au Canada

(1) Le Renommée devait se rendre 4 ïa Rocheïle : efle était consignée à M, Pacaud, trésorier de France,

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et une trentaine de gargousses, et d’entasser le tout dans le petit canot. Une vague vint sur ces entrefaites ajouter encore aux plaintes et à la confusion, en emportant ie gouvernail de la Renommée, et le mât d’artimon rompu à coups de hache, étant tombé sur la hanche de bâbord, fit prêter la bande au malheureux navire.

Impassib'e au milieu de ce chaos, M. de Freneuse donne l’ordre de hisser la chaloupe sur ses porte-manteaux. Vingt personnes embarquent ; mais au moment où la dernière prend place, un des palans manque: et la moitié de cette grappe humaine est précipitée dans l'abîme pendant que ceux quirestent,se cramponnent aux plats-bord de l'embarcation, suspendue en l'air, Pas un muscle n’a bronché sur la figure de M. de Freneuse, à la vue de cette nouvelle catastrophe. D'une voix forte il donne l'ordre de filer le palan d'arrière, Mais au moment où la chaloupe reprend son équilibre et touche au flot, une vague brise le gouvernail de l’embarcation, et celle-ci mal assise, est rasée coup sur coup par deux lames. On parvient pourtant à pousser au large. Un des sous-officiers gouverne le mieux possible avec un mauvais aviron, et matelots et passagers trempés par la pluie qui tombait par torrents et masquait l’atterrage, la figure fouettée par les embruns de la mer, rament au plus près, en récitant à haute voix le confiteor, et en s'unissant au P. Crespel qui psalmodiait les versets du miserere. Pendant ce temps, un ressac terrible bat à la côte. On l'entend clairement à bord. Le bruit va grandissant. Tout-à-coup la chaloupe entre dans le tourbillon mugissant,. Une lame énorme l'empoigne, la soulève, la chavire, et roule chacun pêle-mêle et meurtris sur le sable et sur les galets de la grève. |

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Un nouvel acte de sang-froid venait de prolonger les jours de ces malheureux. Voyant la chaloupe grimper sur le dos de la dernière vague, et prévoyant qu'elle Ia reporterait au Jarge, un matelot avait passé un grelin dans un organeau, l'avait enroulé autour de son poignet, et s'était laissé porter à terre avec lu.

La mer venait de lâcher sa proie ; mais la position des naufragés n’en était guère devenue meilleure. Le hasard les avait jetés sur un ilot que la marée haute recouvrait, et en gagnant la terre ferme, ils faillirent périr une troisième fois. TI fallait traverser à gué la rivière du Pavillon.

Quelques heures après, le petit canot monté par six personnes vint les rejoindre. Elles rapportaient que dix-sept matelots n'avaient pas voulu abandonner M. de Freneuse, Ce dernier ne pouvait se décider à quitter son navire : et on peut se faire une triste idée de cette première nuit passée, par les uns sans abri et sans feu sur cette terre déserte de l'Anticosti, par les autres sur un navare battu en brèche par la mer, et certains d'être engouffrés par elle d’une minute à l’autre.

À minuit, la tempête était dans toute sa vio- Jence. Chacun avait perdu l'espoir de se sauver, lorsqu'au petit jour, on s’aperçut que le navire tenait bon. La violence du flot était tombée, Il n’y avait plus une minute à perdre pour le sauvetage, et chacun se mit à l’œuvre, On embargua des provisions avariées, Les ontils du charpentier, du goudron, une hache, quelques voiles. Puis, il fallut regagner terre: et le capitaine de Freneuse les larmes aux yeux et emportant son pavillon, quitta le dernier l'épave de la Renommée

Cette seconde nuit passée sur l’île, fut encore plus triste que la première. Il tomba deux pieds de neige. Sans les voiles, tout le monde serait mort de froid. (Ces rudes débuts ne découragèrent personne: de suite on se mit au travail. Le mât d’artimon de la Renommée était venu du plain : on tailla dedans une quille rcuvelle pour la chaloupe. Elle fut calfatée avec soin, et son étambot et ses bordages furent refaits à neuf. Pendant que les uns coupaient du bois, les autres faïsaient fondre la neige. Bref, on se créa le plus d’occupations possibles pour tâcher d'oublier : mais hélas ! à ces heures de travail, succédèrent bientôt les heures d’épuisement. Les malheureux naufragés avaient, au moins, une perspective de six mois sur l’île d'Anticosti, puisqu'il leur fallait y attendre l’ouverture de la navigation. Or, en ces temps-là, les navires qui passaient de Québec en France n'emportaient que pour deux mois de vivres.

Au moment où elle avait touché, la Renommée avait onze jours de mer: une partie des provisions étaient avariées par le naufrage, et en s’astreignant à la plus stricte économie, c’est-à-dire en ne distribuant à chacun qu'une maigre ration par vingt-quatre heures, chaque homme pouvait—tous calculs faits—. prolonger sa vie de quarante jours! À cette incontestable certitude, était venu se joindre l'hiver, arrivé dans toute sa rigueur. La glace rendait le navire inaccessible : six pieds de neige couvraient le sol, et pour comble de désespoir, les fièvres venaient de faire leur apparition et exerçaient de faciles ravages sur ces natures émaciées.

Il fallut prendre une décision suprême,

Un poste français passait alors l'hiver à Mingan, où il s'occupait à faire la chasse au :

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loup-marin. Pour se rendre là, il fallait d'abord faire quarante lieues de grève avant d'atteindre la pointe nord-ouest de l’île, puis commelile dit le P. Crespel, ‘“ descendre un peu et traverser douze lieues de haute mer.” On agita l’idée de se diviser en deux g''oupes. L'un devait rester à la rivière au Pavillon : l'autre irait à Mingan chercher du secours. Lorsque cette proposition fut soumise au conseil, chacun la trouva inattaquable. La grande difficulté consistait à dé igner ceux qui seraient du premier groupe, et ceux qui feraient partie du second. C'était à qui ne resterait pas en arrière.

Dans cette pénible alternative, le P. Crespel eut recours à Dieu. Le 26 novembre, il dit la messe du Saint-Esprit : et dès que le saint sacrifice eut été terminé, vingt-quatre hommes se levèrent, et prirent la résolution de se résigner à la volonté divine, assurant qu'ils hiverneraient coûte que coûte à la rivière au Pavillon.

Cet acte d'abnégation tranchait le nœud g'ordien. Toute cette nuit-là fut employée à entendre des confessions ; et le lendemain, après avoir laissé des provisions à ces braves gens, et leur avoir juré sur les saints Evangiles qu'ils reviendraient les reprendre aussitôt que possible, le capitaine de Freneuse, le P. Crespel, M. de Senneville, suivis de trente-huit personnes, prirent le chemin de l'inconnu. La misère et le danger avaient nivelé la position de ces hommes. Avant de se quitter officiers et matelots s’embrassèrent en pleurant. Hélas! bien peu devaient se revoir.

En partant, M. de Freneuse subdivisa ses gens en deux sections. Treize d’entre eux manœuvraient le petit canot: vingt-sept s'embarquèrent dans la chaloupe, Jusqu'au 2 décembre,

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cette navigation de conserve fut affreuse. À. peine gagnait-on chaque jour deux ou trois lieues qu'il fallait faire à la rame, et par un froid intense. Le soir, on dormait sur la neige : et pour toute nourriture ces pauvres abandonnés n'avaient qu'un peu de morue sèche, et quelques gouttes de colle de farine détrempée dans de l’eau de neige. |

Le 2 décembre, le temps se mit au beau. Une petite bise soufflait sans Apreté, et la joie renaissait sur ces figures hâves et décharnées, lors-

qu’en voulant doubler la pointe sud-ouest, la ne: qui allait à la voile, fit la rencontre d'une houle affreuse, En manœuvrant pour lui échapper, elle perdit le canot de vue. Plus tard on sut ce qu'élait devenu ce dernier: il s'était laissé affaler. Mais comme pour le quart d'heure, il fallait faire terre au plus vite, on finit par y parvenir à deux lieues de là, au milieu de mille précautions. Un grand feu fut allumé sur la côte, pour indiquer aux retardataires où se trouvaient les gens de M. de Freneuse : puis, après avoir mangé un peu de colle, ils s’endormirent dans l’eau et dans la neige fondante, pour n'être réveillés que par une tempête terrible. Dès ses premières bourrasques, elle jeta la chaloupe à la côte. Il fallut alors s'occuper à la réparer de suite: mais ce contre-temps eut son bon côté. Deux renards qui étaient venus rôder dans lesenvirons furent pris au piége, et cette viande fraîche devint par la suite d'un grand secours.

Dès le 7 décembre, M. de Freneuse put reprendre la mer, mais le cœur navré. Malgré de nombreuses reconnaissances, il n'avait pu découvrir aucune trace de son canot.

À peine la chaloupe eut-elle fait trois heures

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de marche qu'une nouvelle tempête l’assaillissait au large. Pas un hâvre, pas une crique ne s’offrait pour donner refuge à ces malheureux ; et cette nuit-là fut peut-être une des plus terribles qu'ils eurent à endurer, Ils la passèrent à errer au milieu des vagues et des glaces, dans une baie où!le grappin ne mordait pas. On ne réussit à débarquer qu’au petit jour, au milieu d'un froid brûlant, qui ne tarda guère à faire prendre la baie, et avec elle la chaloupe. Dès lors celle-ci devenait inutile.

I] fallut donc se décider à ne pas pousser plus loin. Les provisions furent débarquées ; et de suite on se mit à l’œuvre pour construire des cabanes en branches de sapin (1), ainsi qu'un petit dépôt, où les vivres furent disposés de manière, à ce que personne ne pût y toucher sans être aussitôt vu par les autres. Puis, on adopta un règlement pour la distribution.

Chacun avait droit à quatre onces de colle par jour ; et on fit en sorte que deux livres de farine et deux livres de viande de renard pussent servir au repas quotidien de dix-sept hommes ! Une fois la semaine, une cuillérée à bouche de pois venait rompre la monotonie de cette cuisine ; et en vérité, dit le P. Crespel, c'était le meilleur de nos dîners.

Les exercices du corps devinrent obligatoires. Léger, Basile et le P. Crespel allaient couper des fagots et faire du bois : d’autres transportaient l’approvisionnement aux cabanes: les troisièmes traçaient ou entretenaient la route qui menait à la forêt. Au milieu de ces occupa-

{(1\ Le P. Crespel qui, dans ses missions chez les Outagamis s'était mis au fait de cette étude d'architecture primitive, avoue ingénûment que sa cabane était la plus commode,

tions, les épreuves ne faisaient guère défant. La vermine rongeait ces malheureux qui n'avaient qu'un change pour tous vêtements, La fumée des huttes et les éblouissantes blancheurs de la neige donnaient à la plupart de douloureuses ophtalmies ; et la mauvaise nourriture, jointe à l’eau de neige, avaient engendré la constipation et le diabète, sans faire, pour cela, ployer d'an cran l'énergie de ces hommes de fer.

Le 24 décembre, le P. Crespel fit dégeler quelques gouttes de vin. La Noël approchait ; et il se préparait à dire la messe de minuit. Ell fut célébrée sans pompe, ni ornements, dans la plus grande des cabanes. (Ce dut être un spectacle sublime que de voir tous ces abandonnés, se recueillir an milieu des solitudes de l'Anticosti, et dans leur dénuement sans exemple, se rapprocher d’un enfant nu et couché dans une étable, pour mêler leurs larmes aux siennes, et pour l'y adorer.

L'année 1737 débuta pour ces pauvres gens d'une manière terrible. Dès l'aube du jour de l'an, Foucault envoyé à la découverte, revint avec la poignante nouvelle que la chaloupe avait été enlevée par les glaces. Pendant cinq jours, ce ne furent que gémissements et lamentations. Tout le monde se sentait perdu. (Chacun voulait mourir. L'esprit de suicide passait et repassait dans ces cerveaux troublés par tant de malheurs, et le P. Crespel ne cessa, pendant ce temps, de leur démontrer la grandeur de l’apostolat de la soutfrance : cette seule voie que Dieu avait prise pour racheter le genre humain. Il les supplia de se confier en la miséricorde divine ; célébra le jour des Rois une seconde messe du Saint-Esprit, pour le prier de donner

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sa force et ses lumières à ces Âmes si éprouvées, et parla dans son sermon, de la grandeur de la mission qui incombe à ceux qui se dévouent pour sauver les autres. Tonchés par ces bonnes paroles, Foucault et Vaillant sotfrirent pour aller à la recherche de la chaloupe.

— Tant il est vrai, ajoute finement le P Crespel, que dans quelque situation que l'on soit, on aime toujours à s'entendre élever.

L'anour-propre ne nous quitte qu'avec la vie

Bien leur prit de cet excès de zèle. Deux heures après, ils accouraient tout joyeux, et annouçaient à leurs camarades qu’en fouillant la grève et le bois, ils étaient tombés sur un onigouam iadien, et sur deux canots d'écorce abrités sous des branches. Comme trophée de leur expédition, ils emportaient une hache et de la graisse de loup-marin.

L'ile était habitée !

U n'y avait plus à en douter, et les éclats de la joie la plus vive succédèrent au plus sombre des chagrins. Chacun sentait le courage Jui revenir. Le lendemain fut tout aussi joyeux En poussant plus loin leurs excursions, deux matelots découvrirent la chaloupe arrêtée au large, dans un champ de glace, et en revenant au camp avec cette heureuse nouvelle, ils firent l'inappréciable trouvaille d'un coffre plein d'habits, que le flot avait arraché à la Renommée, et que le: hasards de la mer étaient venus apporter là,

Mais tous ces rires ne durèrent qu'un éclair. preuve allait revenir plus amère que jamais.

Le 23 janvier, le maitre-charpentier mourut presque subitement. Des symptômes alarmants s'accentuèrent de plus en plus. Presque tous les hommes eurent les jambes entlées : et le 16

février, un coup terrible vint foudroyer le camp. Le capitaine de Freneuse s'en était retourné vers Dieu, au milieu des prières de l'Extrême- Onction. Puis, ce fut autour de Jérome Bosseman ; Puis, à celui de Girard ; puis, au maîtrecanonnier qui, avant de mourir, abjura le calvinisme. Chacun, avant l'heure suprême, 88 confessait au P. Crespel, et s'éteignait saintement dans la résignation. Quand {ut était fini, les moïns faibles se levaient, trainaient au dehors les cadavres de leurs camarades, et les amoncelaient dans la neige, à la porte de la cabane. Nul n'avait la force d'aller plus loin. Les éléments conjurés luttèrent avec ces angoisses terribles. Le 6 mars, une tempête de neige se déchaîna sur l'ile et écrasa sous une avalanche la cabane du P. Crespel, le forçant à venir se réfugier dans celle des matelots, qui était plus spacieuse. La, pendant trois jours, ils furent retenus prisonniers par l'ouragan, sans pouvoir allumer du feu, n'ayant rien à manger, ne se désaltérant qu'avec de la neige fondue, et voyant périr de froid cinq de leurs camarades. À tout prix, il fallait sortir de ce tombeau. En unissant leurs efforts, ils réussissent à déblayer la neige et vont alors aux provisions. Hélas ! le froid est piquant. Un quart d'heure suffit pour geler les pieds et les mains de Basile et de Foucault, qu'il faut rentrer à bras dans la cabane. Grâce cependant au dévoument de ces deux hommes, une ration de trois onces de colle vint rompre ce jeûne de trois jours ; mais elle fut mangée avec tant d'avidité, que tous faillirent en mourir. Hncouragés par l'exemple de Basile et de Foucault, Léger, Furst et le P.

Crespel courent au bois pour en re mporter quelques fagots. Dès huit heures du soir cette

maigre provision est déjà consumée, et le froid devint si intense cette nuit-là, que le sieur Vaillant père fut trouvé mort sur son lit de branches de sapin. Il fallut songer à changer de cabane et à déblayer celle du P. Crespel.

Elle était la plus petite, et pouvait être plus facilement chauffée. On ne peut imaginer rien de plus navrant que le sombre défilé qui se fit alors : les moins écloppés portant sur leurs épaules MM. de Senneville et Vaillant fils qui tombaient par morceaux, pendant que Le Vimeir Basile et Foucault, ayant les extrémités gelées, se trainaient sur leurs coudes et sur leurs genoux.

Le 17 mars, la mort vint mettre un terme aux soutfrances de Basile ; et le 19, Foucault, qui était jeune et d’une grande force musculaire, s'éteignit aprés une agonie terrible, Les plaies de ces malheureux ne pouvaient être pansées qu'avec de l'urine, et des lambeaux de vêtements arrachés aux pauvres morts servaient de charpie aux vivants. Douze jours après ces deux départs, les pieds de MM. de Senneville et Vaillant se détachèrent en putréfaction ; mais, au milieu de ces douleurs et de cette infection, ils ne cessaient de mettre leur confiance en Dieu et d’uuir leurs souffrances à celles du Christ. Le P. Crespel était ému de cette foi inébranlable et de cette résignation sublime qui semblaient se refléter sur les autres ; car, au milieu de toutes ces horreurs, pas un mot de découragement ne se fit entendre. Chacun essayait d'apporter à son voisin quelques distractions où quelques douceurs ; et ce fut ainsi que le 1er avril, en allant à la découverte du côté où les canots d’écorce étaient cachés, Léger ramena au camp un indien et sa femme.

C'étaient les premières figures humaines qu'on

eüut vues depuis le départ de la rivière au Pavillon. Le P. Crespel parlait à merveille plusieurs idiomes sauvages : il expliqua à ces nouveaux hôtes leur triste situation, et les supplia les larmes aux yeux d'aller à la chasse et de leur apporter des vivres.

L'indien promut solennellement.

Le lendemain arrive. Deux jours, trois jours se passent : le peau-rouge ne revient pas. Alors n’y pouvant plus tenir, Léger et le P. Crespel se trainent jusqu'au ouigouarm, mais pour constater avec terreur qu'un des canots est disparu | KRendues prudentes par le malheur, ces deux ombres décharmées s'attellent sur celui qui restait, le transportent jusqu'a leur cabane et lattachent à la porte, bien persuadées que l’un des indiens ne quittera pas l'ile, sans venir réclamer sa propriété.

Hélas ! nul ne vint, sinon la terrible visiteuse accoutumée, la mort. Kile enleva successivement MM. Le Vasseur, Vaillant fils, âgé de seize ans, et de Senneville qui en avait vingt, et était fils du lieutenant du Roy, à Montréal (1). Dégagé dun soin des malades et n'ayant plus de

{1 Le père du jeune de Senneville, avant d'exercer la charge de Lieutenant du Roy de Montréal, avait été page ‘de madame la Dauphine, el avait servi dans les mousquetaires. Soa hls était né au Canada.

On dirait qu'une étrange fatalité s'attache à ce nom de Senneville, Lors du naufrage de l'Auguste, M. de Senneville, cadet à l'aiguillette, ef mademoiselle de Seuneville furent au nombre des noyés.

Ge Lerrible sinistre eut Jieu sur los côtes du Cap-Breton en octobre 1761. L’Auguste était un navire aflrété par le général Murray pour rapa.ricr en l'rance ies officiers, les soldats et les Français qui en avaient manifesté 1e désir, Ïl portait à son bord les scidats du Béarn ainsi que ceux du Royal Roussillon. Parmi les victimes de ce désasira furent iles capitaines, MM. le chevalier de la Corne de Bécancour de Portneuf : les lieu-

vivres, le P. Crespel réunit alors en conseil les survivants. [l fut décidé de quitter cet endroit funeste et de partir en canot. Pour rendre serviable l’'embarcation de l’indien, on l’ enduisit de graisse : des avirons furent dégrossis, et le 21 avril fut désigné comme le jour de l’embarquement.

Une moitié de jambon de renard composait alors tout le garde-munger de cette troupe d'affamés. Il avait été entendu qu'on en boirait le bouillon, réservant 11 viande pour le lendemain: mais dès que les parfums de cet étrange pot-au-feu se firent sentir, chacun se jeta comme un loup sur le gigot, qui fat mangé en un tour de main. “ Bien loin de nous rendre nos forc es, cet excès nous en êta,” dit la relation laissée par le P. Crespel : de sorte que le lendemain ils se réveillèrent affaiblis, plus malades qu'auparavant, et qui plus est, sans ressources. Deux jours se passèrent alors dans la faim et le désespoir. Personne ne voulait lutter plus longtemps contre la mort ; et déja, la plupart s'étaient jetés

tenants, MM. de Varennes, Godefroy, de la Vérenderie, de Saint-Paul, de Saint-Blin, de Marolles ei Pécaudy de Contrecœur : les enseignes en pied, MM. Viilebond de Sourdis, Groschaine-Rainbaut, de Leperière, de la Durantaye ct d'Esper. . vanche : et les cadets à l’aiguillette, MM. de la Corne de Saint. * Luc, lechevalier de ja Corne, de la Gorne-Dubreuil, de Sepue ‘ville, de Saint-Paul fils, et de Villebond fils.

A cette nombreuse liste, M. Saint-Luc de En Corne, qui fat un des cinq survivants de ce naufrage, ajoute Îles noms de Paui Héry, François Héry, Léchelle, Louis Hervieux, bourgeois, et de mesdames de Saint-Pa ul, de Mézière, Busquet, de Vill bond, ainsi que ceux de mesdemoiselles de Sourdis, de Senneville et de Mézière.

M. de Lacorne retrouva aussi sur la grève, et enierra la Corps d’un négociant anglais nommé Delivier, le second, trois oficier. de l’Augusle, le maître d'hôtel, huit matelots, ds mousses, le cuisinier, douze femmes tant de bourgeois que de soldats, seize enfants, huit habitants et trente-deux soldats,

à genoux sur la grève en disant les litanies des agonisants, lorsqu'un coup de fusil retentit sur le rivage.

C'était l'indien. Propriétaire prévoyant ri venait savoir ce qu'était devenu son canot.

En l’apercevant, les malheureux se trainent vers lui, poussant les plus navrantes suppli-

cations ; mais le sauvage n'entend pas de cette oreille, et prend la fuite. Le P. Crespe l'et Léger sont en bottes : qu'importe ? Ce nouvel abandon rend l’haleine à ces moribonds. Ils se mettent à donner la chasse au fugitif ; traversent tant bien que mal la ri Re Becsie, et finissent par rejoindre le fayard, qu'un enfant de sept ans embarrasse dans sa course. Pris comme un lièvre au collet, le peau-rouge, redevenu diplomate, leur indique un endroit du bois où il a caché un quartier d'ours à demi-cuit, et tous ensemble, Indien et Français passent la nuit blanche à s’observer mutuellement du coin de l'œil.

Le lendemain, le P. Crespel intime au sauvage l'ordre de le conduire au camp de sa tribu.

Le canot contenant l'enfant, devenu un otage, est placé sur un traineau: Léger et le père Récollet s’attellent dessus, pendant que l'indien marche devant et sert de guide, Au bout d'une lieue de marche fa pe ue caravane débouche sur la mer, et comme c'était la voie Ja plus courte, on se décide à {a onde re. Maïs ici s'élève une nouvelle difficulté. Le canot ne peut contenir que trois personnes. ['indien a désigné pour l'accompagner son enfant elle FP. Crespel qui, s'embarque au milieu des lamentations de ses camarades, à qui, cependant, il réussit à arracher le serment de suivre le rivage dans la direc-

tion prise par l'embarcation.

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LE GOLFE SAINT-LAUKENT, Le soir de ce jour-là, l’indien proposa au pere de descendre à terre pour ÿ faire du feu. Ce dernier y consentit, avec d'autant plus de plaisu

que la bise était mordante Mais étant monté SUT Lis monticule di glace Pour exalnmint las ilentours le sauvage profila de ce qu pèr avait le dos tourné, poni swner le bois svec son

eniant.

La mort seule pouvait maintenant mettre nn à cette série «ue itastrophes. Abandonné de tous le P Cr spel sa DUVA Sur le canon de son fusi] rernit Ses peines entre les malins € [Dieu et récita les versets d livre de Job. Pendant qu il priair ainsi, 11 fut rejoint pm Léger, Ave

des larmes dans la IX, C( dernier lui LHNONCÇA jue son camarade Furst élait tombé d'épuise pielit (VRTRS distance considérable de là, et qu li

avait étê blige de le laisser sur la neisi

En ce moment, un coup de fusil retentit La forét s'ouvrait à quelques pas de là. Leger, que le courage n'avait pas encore laissé, décide le père récollet à l’y accompagner, et au moment de s’y engager, un deuxième coup de feu se fait entendre. fiendus de plus en plus prudents par l'expérience, les deux abandonnés se gardent bien d'y répondre. Ts marchent, sc = ndantsur l'endroit d'ou viennent ces défonations : et bientôt, ils débouchent dans une clairière où fumait la cabane d'un chef indien.

Ce brave homme leur fit le plus touchant accuell tout en leur « xpliquant l'étrange col duite du guide du P, Crespel. qui ne les avait ainsi abandonnés, que par Cralnt du scorbut, de la variole, et du ‘mauvais a

Enfin, ceux-ci élaient uvés! mais tout n'était pas fix Fu “| restait en arriei l P (ve spel, oftrit ôn adeau son fusil au chel pot

le décider à l’aller chercher, Ce fut peine inutile. M. Furst, dit la relation, passa la nuit sur la neige, où Dieu seul put le garantir de la mort, car dans la cabane même, nous endurûmes un froid inexprimable, et ce ne fut que le lendemain, comme nous nous disposions à aller audevant de lui, que nous le vimes arriver.”

Deux jours furent alors consacrés au repos.

Pendant ce court espace de temps, ces malheureux qui n'oubliaient pas le serment fait à ceux qui étaient restés à la rivière'au Pavillon, recouvrirent assez de leurs forces pour s embarquer le premier mai et mettre le cap sur Mingan. Le P. Crespel fut le premier à y arriver. Le vent étant tombé en route, ce vaillant homme, dans sa hâte de faire expédier aussitôt que possible des secours à ses camarades, s'était tait mettre sur un canot d'écorce et l'avait pagayé seul, pendant l’espace de six lieues de mer

M. Volant commandait le poste de Mingan.

Il reçut ses compatriotes à merveille. Pas un instant ne fut perdu pour aller au secours de l'équipage de 1a Renommée: et tune grosse chaloupe armée, et bien approvisionnée fut A1épéchée sous son commandement

M. Volant emmenait avec lui is P. Crespei, Furst et Lécer,

Dès qu'ils furent par le travers de la riviere au Pavillon, une salve de mousque {1 tirée, Alors on vit quatre hommes, qui ressei blaient à des fauves, sortir du bois, se jeter à genoux, et tendre des bras suppliants vers chaloupe. Les soins les plus empressés furent donnés à ces gens yui n'étaient plas qu de véritables squelettes. Pendant les pért œrinaiions du P. Crespel et de sa troupe, ces pauvres matelots avaient enduré d'in royables

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LE GOLFE SAINT-LAURENT. Sa

soufrances. Tour à tour ils avaient vu leurs camarades tomber, décimés, les ns par le froid, les autres par les maladies gangréneuses ; tous par l’inanition. Les vivres finirent par mauquer complètement. Alors on eut recours aux expédients. Tout passa pour la nourriture jusqu'aux souliers des morts que l’on faisait bouillir dans de la neige, puis griller sur Ia braise, el quand cette dermiëere ressource manqua, on se rejeta sur les culottes de peau, Il n'en restait plus qu'une, lorsque M Volant était arrive en sauver, et devant ces \nénarrables misères, Ct dernier comprit toutes les précautions dont

fallait user. Des ordres sévères furent donnes pour qu'ou ne distribuàt que peu de nourriture à la fois à ces estomacs qui en avaient perdu l'habitude ; mais malgré cela, l’un des survi vants, un breton nommé Tenguy, mourut sub:

tement en «valant un verre d’eau-de-vie, et la joie hit perdre la raison à Tourillet, uh autre de ses camarades d'infortune (1). Quant aux au:

tres, Baudet et Boneau-—tous deux originaire: de l'ile de Rhé—41ls se mirent à enfler par tout

le corps, et la chaloupe de M. Volant fut change: eu infirraetie, pendant qu re, ON 8/0CCUpall a donner la si D'UJTUI Lux vliagt et un cada

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À quelques lieues de l'endroit où s'élève aujourd'hui le phare gardé par M. Pope, les gens de M. Volant dre les corps de deux hommes qui gisaient sur la grève, non loin des fragments d'une petite embarcation, C'était tout ce qui restait, pour indiquer le sort des treize hommes qui avaient vogué de conserve avec la chaloupe de M. de Freneuse, jusqu'au moment où ce dernier les avait perdus de vue, en doublant par nne grosse mer la pointe sudouest, le soir du deux décembre 1736.

Pendant le cours de ce récit, la lune s'était levée : elle éclairait de sa lumière mélancolique les flots qui doucement bruissaient sous la proue du Wapoléon IIT. Déjà le matelot de vigie avait piqué le quart de minuit. Nous regagnämes alors nos cadres, afin d’être plus frais et dispos, lorsque le maître d'équipage x IedraIt nous éveiller le lendemain, pour descendre à cette pointe ouest de l'ile d' Anticosti, qui ee vu s'embarquer le P. Crespel allant chercher à Mingan la bonne nouvelle, pour la rapporter aux trois survivants de la Renommée.

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