‹ Les îles Saint-Pierre et Miquelon [microforme]Chapitre 6 sur 27 · TS M 12 ANNE À HEURES ES AVE EE · texte numérisé non relu

TS M 12 ANNE À HEURES ES AVE EE

Les naturalistes l’appelient gadus morrhua ; ses principaux caractères sont trois nageoires dorsales, deux anales et un barbillon, bouquet de filaments attaché à la mâchoire inférieure, C'est un poisson malacoptérygien, c'est-à-dire à nageoires molles. On en distingue plusieurs espèces, La plus commune est la morue franche, qu'on appelle anssi cabilland ou cabéliau quand elle est fraîche, Sa longueur varie de soixante-dix centimètres à un mètre, Une tête grosse et comprimée, une bouche énorme, des yenx très gros à fleur de tête et voilés par une membrane transparente, une cuirasse d’écailles grises sur le dos et blanches sous le ventre avec des taches dorées, des nageoires jaunes et grises, tels sont les principaux caractères extérieurs de cet habitant des mers, Joignez-y des dents simplement implantées dans les chairs et susceptibles de se mouvoir à la volonté de l'animal, un estomac très volumineux et très vorace et une prodigieuse fécondité, et vous pourrez vous faire une idée des hécatombes de petits poissons que la morue engloutit avant d’être elle-même la proie de ce terrible destructeur, de cet omunivore qu'on appelle l’homme.

La morue atteint quelquefois un poids de cent livres ; mais petite ou grande, pesante ou légère, elle est toujours pour les humains une ressource précieuse, une nourriture des plus saines. J'ai parlé tout-àl'heure de sa fécondité. Jugez plutôt : les femelles portent de 4 à 8 millions d'œufs dans leurs flancs ; quel rêve de romancier peut se comparer à cette réalité vivante, Un de ces savants qui ne respectent rien et qui forcent la nature à leur dévoiler ses arcanes les plus mystérieux, évalue à 150,000,000 le nombre des animalcules contenus dans la laite d’une

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seule morue mâle, Cette espèce est répandue dans toutes les mers septentrionnles de l'Europe et de l'Amérique, à l'entrée de ln Manche, en Irlande, Sur les côtes de l'Irlande, de la Suède, de In Norwége, de l'Écosse, elle donne lieu à une exploitation importante, mais c'est sur les bancs de Terre Neuve ou aux environs que cette pêche se fait tout-à-fait en grand.

La saison favorable s'étend de février à novembre, Au grand banc de Terre-Neuve, elle coinmence en nai, Apres avoir pris les morues, on les sale

ou où les fait sécher, Dans le premier cas on les

| eventre, et on leur ôte le foie on Les œafs après avoir | coupé la tête et la langue que lon met à part, Elles | | portent alors le nom de morues vertes, Il est essen- | | üel d'avoir à bord un homme qui ouvre le poisson et | coupe la tête avec habileté. On appelle morues blanches celles qui ont été salées, mais séchées promptement, et sur lesquelles le sel a laissé une sorte de

croûte blanchâtre, Pour achever le séchage on les

expose au soleil et ensuite à la fumée; ces dernières prennent le nom de mornes séchées ou parées ; on les confond aussi fort souvent sous le nom de merluche | avec le merlan préparé de la même manière sur les côtes de la Provence, La pêche de Ja morue se fait soit sur des rivages rocheux, soit sur des bancs de suble où les plus grosses sont prises à des profondeurs

variant de 25 à 50 toises,

Juant aux origines de la pêche à la morue, il est im-

Ù possible de les assigner d'une façon exacte, Quelques uus voudraient en faire honneur au Portugais Gaspard

de Corte-KReul, an commencement du 16e siècle ; mais

on pense uvec beaucoup plus de raison que les pêcheurs Basques, en poursuivant les baleines, décou-

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vrirent le grand et le petit banc de Terre-Neuve, un siècle avant l'expédition de Christophe Colomb, Ces hardis pécheurs avaient exploré les côtes du Canada et connaissaient à conp sûr Terre-Neuve, la terre des Bacauluos, comme ils l'avaient appelée, avant que le grand navigateur génois eût fait bouillonner Ja mer des Antilles sous la proue d’un navire européen, Les Hollandais et les Anglais parnissent aussi s'être livrés à la pêche de la morue, dès le 14ème siècle, les derniers sur les côtes d'Irlande ; et les pêcheurs de la Rochelle et de lu Bretagne avaient jeté leurs lignes dans les eaux du golfe Saint-Laurent, longtemps avant que Jacques-Cartier eût fait voir aux hurons de Stadacona l’étendard aux fleurs de lis d’or,

La péche de la morue.

Les pêcheries de morue sont-elles inépuisables ? On peut pêcher la morue de différentes manières, avec des lignes ordinaires, des lignes de fond et des seines, filets d'une grande dimension. Mais le premier de ces moyens, tout en donnant de très beaux résultats, est préférable au point de vue de l'avenir des pécheries, Bien des faits le prouvent surabondamment, Quelle que soit la fécondité des morues, lavidité aveugle de l’homme parviendrait, sinon à détruire l'espèce, du moins à rendre son exploitation insignifiante,

si une sage législation ne venait par des dispositions

prévoyantes, mettre obstacle à la cupidité insatiable de ceux qui ne considèrent que le présent. Il est un fait bien connu dans ce pays-ci, c’est que les pêcheurs des Etats-Unis, après avoir dilapidé comme des prodigues leurs propres pêcheries de morues, seraient parvenus à en faire autant pour celles du Canada, si on n’y avait mis bon ordre. Comment voulez-vous qu’il en fût autrement avec des bâteaux de pêche portant 4 à 6 lignes de fond, dont chacune avait 1000 hamecons. Les gens des Etats-Unis ont ainsi détruit plusieurs espèces dans les eaux canadiennes. Comme il appert par le fameux discours prononcé le 3 Mai 1879 à la Chambre des Communes d'Ottawa par l'Honorable M. Pierre Fortin, député de Gaspé,—le premier qui ait présidé cette société de géographie et que j'ai l’honneur de compter au nombre de mes amis personnels, —avec ces lignes de fond qui n’en finissent pas, on tue les poissons femelles, L'rsage de la seine n’est pasmoins préjudiciable, car on prend avec les gros représentants de l'espèce une masse de fretin qu’on est obligé de rejeter à la mer, où ces débris vont souvent empoisonner les eaux, où fournir aux poissons qui s’y trouvent une nourriture tellement abondante qu'ils ne mordent plus pour longtemps aux appâts employés par les pêcheurs consciencieux.

Il est donc facile de répondre à cette question : les pêcheries sont-elles inépuisables ? Non, elles ne le sont pas, si on tue la vie dans son germe, si on détruit sans laisser à la nature le temps de reproduire. Mais l’homme est ainsi fait: partout où il se trouve en présence de grandes richesses naturelles dans un pays nouveau. il se conduit comme un enfant auquel on à laissé libre l'accès de l'armoire aux confitures.

insatiable

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Est-il sur un terrain qui n’a pas encore été cultivé, il le Jlaboure sans lui donner d'engrais et parvient dans quelques décudes à rendre stériles les sols les plus riches du monde, Rencontre-til sur sa route les forêts, gardiennes de l'humidité et par conséquent de la fécondité des terres, il les abat avec fureur, sous prétexte d'ouvrir de nouveaux champs à la cultnre, jusqu'au jour ou les sources et les rivières tarissant, il est obligé lui-même de quitter ces campagnes autrefois pleines de promeses ou d'y végéter, misérable, hâve et déguenillé. Tombe-t-il par un heureux hasard sur ces prairies immenses où errent des troupeaux de ruminants qui pourraient devenir pour ses petits neveux une réserve précieuse, il se met à tuer un bufle pour en avoir la peau, moins que cela, pour manger sur le pouce une cotelette fraiche, ne prévoyant pas le jour où ses descendants seront obligés de payer la viande à des prix fous ou de s’en passer complètement. Ainsi en est-il à l'égard des poissons. Chaque fois que l’homme méprise les lois naturelles, chaque fois qu’il ne se laisse pas guider pur la science, qui lui apprend à les respecter, il aboutit a des résultats négatifs, qui prolongés, finiraient par détruire son espèce même.

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De l'huile de foie de morue.

La chair des morues n’est pas la seule partie dont on fasse usage. Sans parler de la langue qui, fraiche et

| Î e | | j l | | PER PS même salée, est un morceau délicat, de Ja vessie nata- DR toire qui sert à faire une excellente colle, et des œufs

qu'on conserve pour la table, on tire de leur foie cette huile célèbre qui a fait faire à tant de patients d’affreuses grimaces, mais qui est si utile à certains métiers. L'huile de foie de morue est fournie principalement par la morue proprement dite, gadus morrhua dont nous avons déjà parlé. Outre Terre-Neuve, les principaux lieux de fabrication sont Dieppe, Dunkerque Ostende, l'Angleterre, la Hollande, les îles Loffoden, Les procédés de préparation varient et fournissent des huiles de qualités différentes. Ces procédés peuvent être ramenés à deux principaux: 1° la préparation à l’aide de la putréfaction et de la chaleur, soit solaire, soit artificielle; 22 la préparation à l’aide de la chaleur artificielle exclusivement, À Terre-Neuve, les foies | extrrits des poissons sont entassés dans de grandes Lu | cuves au fond desquelles se trouvent plusieurs ouver- LT tures, lesquelles servent à laisser écouler l'huile qui se ill produit ainsi que le sang et le sérum dans d’autres | cuves placées Immédiatement au-dessous. On recueille ensuite l'huile qui surnage dans de grands barils.

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On compte cinq variétés d'huile de foie de morue : 1° Ja blonde, 2° la brune; 8° la noire; 4° la pâle ; 5° l'huile vert-doré. La première est d’un jaune d’or, d’une odeur très faible, d'une saveur d’abord douce, ensuite plus où moins excitante. La seconde est de couleur d’ocre brune, d’une forte odeur de poisson analogue a celle du hareng salé, et d’une saveur de poisson, qui imprime au palais un sentiment d’âpreté. La troisième est d’un brun tirant sur le noir, d’une odeur nauséabonde, d’une saveur amère et empyreumatique. La quatrième est d’une couleur jaunâtre,

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d'une saveur et d’une odeur peu marquées. La cinquième est limpide, couleur vert-doré, douce au goût et à l'odorat. L'huile normale de foie de morne est celle qni est préparée avec des foies parfaitement frais, à une chaleur douce et sèche, à l'abri du contact de l'air, dans des vases de verre ou de porcelaine, D'après les chimistes Delattre, Girardin et Riégel, voici la composition de cette huile :

Oléfne ie coran JOB TOD Margarine et gaduine. .......... 8.760 Ohlorenne ses Seti 44199 Toad ionmapens deniers. OST BOB cese sosoncesr menées sorsvess 0.048 PhROSPhOTE ss srssssse see ous 0.208 BouÉre semences 0 O20T Acide phosphorique. …....... … 0.108 Acide sulfurique... 0.286 Perte same: 0000

Total... 1,000.000

L'huile de foie de morue est sujette à de nombreuses falsifications. Les huiles qu'on lui substitue le plus fréquemment sont celle de poisson épurée, seule ou associée à l’iode ou à des iodures, celle de foie de morue elle-même, mélangée avec de l'huile ordinaire de poisson, avec de l'huile d'olive ou de pavot, et même quelquelois avec de l'huile de colza. Les chimistes ont cherché en vain des moyens propres à faire connaitre ces divers genres d’adultération, ou du moins ils ont. abouti à des résultats différents qui n’ont pas la certitude scientifique désirable. Le seul fait sérieux auquel on soit arrivé est de pouvoir cons-

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ssaepeereens

PL MR DR ADSL Ar 5

tator la présence ou l'absence de l’huile de foie de

morue dans une huile quelconque, Le réactif em-

ployé est l'acide sulfurique concentré, Si l'on en verse

quelques gouttes sur une petite quantité d'huile de

foie de morue, déposée sur un morceau de verre placé

sur du papier blané, on remarque la formation d'une

auréole violette, qui passe bientôt au cramoisi, puis

au bout de quelques minutes au brun. Les médecins,

suivant Jeur vieille coutaine, {puissent mes excellents amis les doctenrs Jackson, LaRue et Vallée me pardonner), les médecins, dis-je, ne sont pas plus d'accord sur la question de savoir si les différentes variétés d'huiles de foie de morue qui circulent dans le commeree ont des propriétés identiques. Beancoup d'entre eux voient dans l'iode le principe actif de cet agent thérapeutique, ‘et c’est Ja quantité plus où muins grande de ce dernier principe qui leur fait préférer une variété à une autre. Et d’ailleurs, qu'est:ce que cet ? Ne suüffit-il pas de elasser un mal. Iln'y à que ce bon public qui s'avise d'y trouver un remède ! Quelle douce satisfaction pour moi, quand je suis malade, de savoir que ma maladie appartient au genre scrofuleux où tuberculeux ! La médecine fait mere. voille lorsqu'il s'agit de dissertation, mais il faut avoir une âme des plus candides pour croire qu’elle se pique de guérir,

Le seuil choix à faire parmi les huiles de foie de morue, selon quelques-uns, (et ce sont peut-être les plus raisonnables), c'est de ne consommer, quand on peut, que les huil:s les moins désagréables à prendre et les plus faciles à digérer.

L'huile de foie de morue s'emploie en médecine dans toutes sortes de maladies, les affections scrofu-

e foie de actif em- Len verse d'huile de erre placé ion d’une oisi, puis médecins, excellents eine pars d'accord s variétés is le comup d’entre cet agent ou muins it préférer est-ce que n'y a que à remède !

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leuses et tuberculeuses, le ramollissement des os, le rhumatisme et la goutte, les affections du système nerveux; on l’emploie encore contre les taches de la cornée et contre les vers, J'espère donc qu'en faveur de tous les services qu'elle rend à Fhumanité souffrante, on me pardonuera la longueur du chapitre que je lui ai consacré. Quant à la théorie de l’action thérapeutique de ce puissant agent médical, elle nest pas de mon ressort, et les Esculapes laturs, qui élabo-

reront à ce sujet, des thèses formidables, aecabieratent de leurs malédictions le profane qui aurait osé se glisser subrepticement sous les arceaux de cet édifice sacré: la ecience, Cr tout le monde sait bien qu'il est prudent de vivre en bon accord avec la faculté. Elle possède peu de moyens pour nous guérir, mails elle en a tant pour nous tuer !

Le corroyeur et le chamoiseur font usag? de huile de foie de morue, pour donner aux cuirs de fx souplesse et du brillant.

Les succédanés de l'huile de foie de morne ou subs. tances qui ont les mêmes propriétés médicales sont nombreux ; on les emprunte aux cétacés, AUX POISSONS, aux amphibies, aux imarmmiféres, aux OIeallxX, aux reptiles, aux crustacés, anx insectes el méine au règhe végétal. Pour ne citer que les plus connus, je nommerai : l'huile de foie de raie, celle de requin, celle de hareng; les huiles de baleines et de phoque, le Jait, le suit, l'huile de pieds de bœuf et de veau; le jaune d'œuf ; la graisse de serpent; le bouillon d'écrevisse ; les huiles d’œillette, de lin, de noyer, d'amandes douces, etc. ete. Je laisse modestement aux Hippocrates présents ou faturs le soin de décider du degré de confiance quil faut accorder à ces divers substi

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