‹ Les îles Saint-Pierre et Miquelon [microforme]Chapitre 8 sur 27 · CU 2 TER · texte numérisé non relu

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Neuve. D'ailleurs les navires engagés qui ont un peu de rhance peuvent faire plus d’un voyage en Europe dans la même saison, puisqu'elle commence en mai et finit en novembre.

La partie de la mer réservée aux pêcheurs français est très étendue. Vers le nord, elie s'étend jusqu'à 3 milles des côtes de Terre Neuve,

La valeur annuelle moyenne de toutes les pêcheries françaises est de L, 8,500,000, soit à raison de 25 francs par hvre sterling, 87,500,000 francs. En 1876, leurs produits ont représenté la somme de 88,990,591 francs, soit environ 16 millions de dollars, 21,263 vaisseaux où bâteaux de pêche, montés par 79,676 homines, étaient employés sur les différentes pécheries,

La capture de morue dans la colonie de KSaint- Pierre et Miquelon, suivant les rapports officiels, à 6t6 en moyenne, pour les cinq années finissant en 1871, de 15,425,086 kilogrammes, Les mèmes rapports montrent que pour les cinq années finissant en 1874, le nombre moyen des navires employés était de 76 et celui des bâteanx de 590, jangeant tous ensemble 12,386 tonneaux et montés par d,53d pécheurs.

Après cette averse de nombres, je prends pour moimême et vous donne un court repos Les chiffres, je le sais, ne forment pas la partie la plus séduisante (sl

en est toutefois) des pages que je vous ai lues et que je vous lirai encore, maïs nonobstant lennui qu'ils causent, ils en sont la partie la plus utile, et ce que je vous dis là me rappelle un fait concernant le premier homme d'Etat qui ait songé à appliquer pratiquement les statistiques au gouvernement des nations; je veux parler de ce grand homme du siècle de Louis XIV

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qui était capable de compter à première vne les cheveux de nimporte qui, même ceux du cardinal Magurin Vous l'avez tons reconnu à ce trait, c'est Cnlbert. Le célèbre cardinal au moment de sa mort adressa ces paroles au roi: Sire, je vous dois tout, mais je crois m'acquitter en vous donnant Colbert,

En paraphrasant cotte idée, je vons suis déjà très redevables, Mesdames et Messieurs, pour votre attention à m'écouter, mais en échange je vous laisse quelque chose aussi, ces chiffres ramassés patiemment ça et là.

La France pêche 25,000,000 de kilogrammes de morue par an et souvent plus. Plus des trois cinquièmes, quelquefois les quatre cinquièmes viennent des eaux de Saint-Pierre et Miquelon. Et n'allez pas croire que cette proportion date d'hier. Si je remonte à l’année 1863, je trouve 25,349,681 kilogrammes de morue représentant une valeur de 12,281,078 francs importés en France. En 1864 il y a augmentation et la pêche du même poisson donne 27,795,392 kilogrammes représentant une valeur de 19,733,700 francs.

Ajoutons en terminant que les français prennent dans les mers d’[slande plus de poisson que les [slandais eux-mêmes, et emportent chaque année en France pour une valeur de L, 270,000 ou 6,750,000 francs de morue. Ils ont une flatte de 290 vaisseaux montés par 4,400 hommes, chaque bâteau jaugeant en moyenne 90 tonneaux.

Les pêcheurs des mers d'Islande aussi bien que ceux de Terre-Neuve reçoivent des primes d’encouragement. Vous voyez, Mesdames et Messieurs, qu'un pays place bien l'argent qu'il emploie à développer

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une industrie de ce genre, et je ne considère ici que le profit pécuniaire, Mais il ne faut pas oublier que la pêche développe les aptitudes maritimes de l’homme des côtes et le prépare, par son rude apprentisage, à faire un excellent marin de guerre,

Historique du droit de pêche de la France.

On a cherché depuis quelques années à contester en Angleterre et an Canada même le droit de la France aux pêcheries de Terre-Neuve, Mais l’exainen des différents traités intervenus entre la France et l'Angleterre démontre le bien fondé des droits de la première, droits qu’elle n’a cessé de revendiquer en toute occasion avec la même persistance. Le traité d'Utrecht de 1713 força Na Majesté très-chrétienne à céder aux Anglais Terre-Neuve, mais confirma en sa faveur le droit de pêche sur les côtes et dans les baies de cette île. Voïci l’article 13 du traité en question:

“ The island called Newfoundland, with the adjacent islands shall, from this time forward, belongæ of right wholly to Britain; and to that end, the town and fortress of Placentia, and whatever other places in the saïd island are in the possession ofthe French, shall be yielded and given up within seven months from the exchange of the ratifications of this treaty, or sooner, if possible, by the most Christian King, to

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those who have a commission from the Queen of LI L Gtreat-Britain for that purpose,

l'1 Î “ Nor shall the most Christian King, his heirs and ; | | successors, or any of their subjects, at any time hereafter lay claim 10 any right to the said island and

| islands, or to any part of it to them, Moreover, it shall not be lawful for the subjects of France to fortify any place in the said island of Newfoundland, or to erect any building there, beside stages made of boards, and huts necessary and usual for drying of fish, or to resort to the said island beyond the time necessary for fishing and drying of fish. But it shall be allowed to the subjects of France to catch fish, and to dry them on land, in that part only, and in no other hbexides | that, of the said island of Newfoundland, which stretches from the place called Cape Bonavista, to the | northern point of the said island ; and, from thence, | | | rnnaing down by the western side, reaches as far as the place called Point Riche, But the island called ||] Cape Breton, as also all others, both in the mouth of (11 the river of St. Lawrence, and in the gulph of the same name, shall hereafter belong of right to the French ; and the most Christian King shail have all manner Of liberty to fortify any place or places therein.”

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Voici la traduction en français de ce morceau de prose diplomatique :

L'ile appelée Terre-Neuve, ainsi que les iles adja- (} centes, appartiendra à partir de ce jour entièrement | en droit à la Grande-Bretagne ; et à cette fin, ia ville | |

et la forteresse de Plaisance et toutes les autres places, qui, dans la dite île, sont entre les mains des

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français, seront cédées et remises par Na Majasté très chrétienne, dans le laps de temps de sept mois, à partir de l'échange des ratilications du présent traité, ou plutôt, si possible, à ceux qui auront à cet effet reçu commission de la Reine de la Grande-Bretagne.

Le roi très chrétien, ni ses successeurs ou héritiers, ni aucun de leurs sujets ne pourront à l'avenir élever des prétentions sur la dite île ou les dites îles, ou une partie quelconque de leur territoire. De plus, il sera interdit aux sujets français de fortilier un lien quelconque dans la dite ile de Terre-Neuve, on d'y élever aucune construction, si ce n’est les estrades de planches et Les cabanes nécessaires et habituelles pour sécher le poisson, Illeur sera également interdit de se rendre à la dite île et d'y séjourner au delà du temps nécessaire à la péche et à la sécherie. Mais il sera permis aux sujets français de pêcher et de sécher les poissons sur cette partie seulement (et non ailleurs) de la dite île de Terre Neuve, qui s'étend du Cap Bonavista à l'extrémité nord de l'ile; et de ce dernier point, en descendant du côte ouest, atteint le lieu appelé Pointe-Riche, Mais Pile du Cap Breton et toutes les autres, aussi bien celles qui se trouvent à l'embouchure du fleuve St Laurent que dans le golfs du même nom, appartiendront à partir de ce jour en droit aux français; et le roi très chrétien aura tonte hiberté d'y élever une ou des forteresses,

Cet article 13 du traité d'Utrecht fut conliriné, en ce qui concernait les pêcheries, par l'article 5 du traité de Paris de 1763, dout l'urticle VI concède en outre à la France les iles Saint-Pierre et Miquelon comme abri pour les pêcheurs français (to serve as a shelter o the french fi-hermeu).

en 4

| | Une brochure publiée en 1876 à Québec et intitulée | les Pécheries de Terre-Neuve, porte en sous titre: | # Droits de la France exposésen réponse aux assertions LH | de l'Institut Colonial,” Cet opuscule parfaitement

rédigé prouve en effet d'une manière victorieuse les

droits de la France, et réfute les objections de ces

vautours politiques qui ont les yeux plus grands que

le ventre, et s'imaginent, en tronquant des textes, faire échec à la vérité. Je ne ferai que résumer ici rapidement les faits développés plus au long dans la dite brochure.

| Par l’article V du traité de 1783, la France, victorieuse à son tour, se faisait confirmer derechef le

droit de pêche tel que les français lexerçaient en vertu

du traité d'Utrecht, On s'étonna même qu’elle n’eût

pas réclamé la restitution d'une partie de ses colo- | nies, chose à laquelle les anglais s’attendaient et au-

| raient certainement accédé ; car les victoires du bailli

de Suffren menaçaient à ce moment même leur domi-

nation dans les Indes. Jusqu'aux guerres de la révo-

lution le monopole des pêcheurs français s'exerça à

Terre-Neuve d’une manière incontestée, Pendant la

longue lutte de la France et de l'Angleterre les droits

de la première furent nécessairement suspendus ; mais

elle ne cessa de les réclamer avec énergie chaque

fois que l’occasion s’en présenta Le traité d'Amiens

en 1801, les traités de 1814 et de 1815 lui rendirent

| invariablement la situation dont elle jont:sait en 1792, | Depuis ce temps-là, l'Angleterre a toujours respecté Ê religieusement des droits qu’elle avait reconnus à | plusieurs reprises. Mais depuis le siècle dernier la colonie de Terre-Neuve s'était développée, Sur son | soi s'était multipliée une population qui avait grandi,

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(cela se conçoit parfaitement), dans un profond dédain de tous les traités conclus entre la Grande-Bretagne et la France, et qui trouvait fort mauvais que des étrangers eussent le droit de venir exploiter sous son nez les richesses nuturelles qui, géographiquement parlant, sont l'apanage exclusif de Terre-Neuve.

Mais je m'aperçois, Mesdames et Messieurs, que vous êtes accablés sous la gravité de l'historique du droit de pêche, Je vais donc, au moins par une digression d’un instant, tâcher de reposer un peu votre esprit, sinon les poumons du malheureux lecteur. Les insulaires de Newloundland n’ont pas pour les traités le inème respect que le célèbre maréchal de Turenne. La plupart des princes allemands traitaient personnellement pour leurs intérèts avec ce grand capitaine, sans demander aucune garantie ; sa parole suffisait, même quand il était à la tête d’une armée, Le maréchal était sans doute pénétré de cette maxime que l'observation exacte des traités gagne la confiance des sujets, des ennemis mêmes, et tait le bien des Etats. Cette maxime n’est pas ici un hors-d'œuvre à une époque où l’on parle beaucoup de traités avec des pays étrangers sur des intéréts concernant le Canada...

je mauvais vouloir des Terre-Neuviens devint une source de difficultés non seulement pour la France, mais pour l'Angleterre même. La divergence de vues entre la métropole et la colonie sur la valeur et l'application des traités atteignit un tel diapason que Sir Charles Hamilton, gouverneur et commandant en chef de l'ile de Terre-Neuve et de ses dépendances, fut

obligé de rappeler à l'ordre par sa proclamation du 12 août 1822 les habitants de l’île, et les menaga de Ja rigueur des lois, dans le cas où ils mettraient obstacle à la pêche par les français.

Les colons ne se découragèrent pas et pétitionnèrent auprès du bureau colonial à Londres, où ils trouvèrent d'ailleurs dans [a personne de Robinson, membre du parlement, un avocat très chaleureux de leur cause. Le cabinet anglais fit la sourde oreille ; mais Ja France avertie fit faire par sa diplomatie des démarches pour amener le cabinet de Londres à reconpaître par une déclaration formelle le droit exclusif de pêche. En 1807, les plénipotentiaires des deux gouvernements tombèrent enfin d'accord sur un projet de convention qui accordait aux français le droit exclusif de pêcher et d'user du rivage: 1° à l'est, du cap St. Jean jusqu'aux iles Quirpon; 2 au nord, des îles Quirpon on Kirpon jusqu’au Cap Normand ; 39 à l'ouest, du cap Normand à la baïe des îles ainsi que dans 5 hâvres désignés spécialement.

Est-il bien nécessaire de vous raconter le reste ? Cette histoire, vous la savez mieux que moi qui, à cette époque, ne songeais même pas encore que je dusse jamais venir sur les rives du Saint-Laurent, A la nouvelle de la convention qui était sur le point de se conclure, une véritable sédition éclata dans la capitale de Terre-Neuve, et la législature coloniale repoussa à l'unanimité le traité qui resta ainsi non notifié. La convention de 1857 n'en témoigne pas moins que l'Angleterre, par l'organe de son gouvernement et de ses négociateurs officiels, a reconnu comme fondées les prétentions de la France.

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Sur cette conclusion de la brochure sus-mentionnée, je me contenterai d'ajouter que la législature de Terre-Neuve, si j'en croi: mon vice-consul à St, Pierre, fait tout ce qu’elle peut pour contrecarrer autant que possible les bonnes dispositions du gouvernement britannique à l'égard de la France. C'est ainsi que, depuis 8 ou 4 ans, elle ne permet d'apporter l’appât nécessaire aux pêcheurs français que du 29 Avril au 12 Mai. Cette disposition cause bien un certain ennui aux Bretons qui viennent prendre la morue de Terre- Neuve, mais elle est beaucoup plus préjudiciable, pécuniairement parlant, aux pêcheurs anglais. C'est ainsi qu’un maladroit qui lance gauchement l’épervier, s'appréhende quelquefois lui-même au lieu de happer Je poisson.

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