‹ Les Illusions de l'amour, comédie en 1 acte et en versChapitre 11 sur 28 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, LA MARQUISE, FERNANDE. *

LA MARQUISE, à Maurice.

Nous vous avons laissé, j’espère, assez longtemps,

Et vous avez dû mettre à profit les instants.

MAURICE

Il m’a parlé procès auxquels je n’entends goutte.

FERNANDE, à Lambert qui est allé la saluer.

Madame Duplessy va descendre sans doute.

Je ne suis pas pressé.

(A la marquise qui est allée s’asseoir pour travailler, ainsi que Fernande.)

Vous avez pour voisin

Un monsieur Grandvilain, qui n’est pas mon cousin. Voyez-vous ce monsieur, marquise î

(Il s’assied près d’elle.) **

LA MARQUISE

Dieu m’en garde!

Maurice, la marquise, Fernande, Lambert.

Maurice la marquise, Lambert, Fernande.

DE L’AMOUR 17

A voir de telles gens je sais ce qu’on hasarde.

Ce n’est qu’un intrigant qui mène un train princier,

Riche aujourd’hui, demain pauvre ; c’est un boursier.

LAMBERT

Et sa sœur?

LA MARQUISE

Oh ! sa sœur ! Je l’ai vue à l’église Où je l’ai remarquée à cause de sa mise.

FERNANDE

Je l’ai vue aussi, moi.

Vous pouvez en ce cas

Me dire...

LA MARQUISE

Je l'ai vue et ne la connais pas.

C’est, prétend la chronique, une jeune innocente Qui n’a plus dix-huit ans, mais qui n’eu a pas trente,

Et qui des épouseurs connaissant tout le prix,

Tient ses filets tendus de Meudon à Paris.

MAURICE, derrière le fauteuil de la marquise.

Vous êtes aujourd’hui bien gaie et bien piquante.

LA MARQUISE

Vous la connaissez donc ?

LAMBERT

On dit qu’elle est charmante.

LA MARQUISE

Charmante, cette fille ? Elle a des cheveux roux.

MAURICE

Blonds.

LA MARQUISE

Roux.

LFS ILLUSIONS

MAURICE

RIonds !

LA MARQUISE

Et ses yeux !

MAURICE

Oh ! les yeux les plus doux !

LA MARQUISE

Elle louche, mon cher.

MAURICE, à Fernande.*

A vous je m’en rapporte.

FERNANDE

Elle n’est pas trop mal. Une épaule un peu forte.

MAURICE

Elle est faite à ravir et droite comme un joncl LA MARQUISE.

Mais, encore une fois, vous la connaissez donc?

MAURICE

Mais, oui, je la connais pour l’avoir rencontrée Cet hiver, à Paris, dans plus d’une soirée.

LA MARQUISE

Et sa grâce mignarde et scs airs précieux,

A ce qu’il me paraît, ont ébloui vos yeux ?

MAURICE

Sans éblouissement elle m’a semblé belle,

Et le monde la voit et la proclame telle.

LA MARQUISE

Les hommei ont des goûts bien étranges, vraiment :

Ce que nous trouvons laid, ils le trouvent charmant.

La marquise, Lambert, Maurice, Fernande,

DE L’AMOUR

MAURICE

Un homme est meilleur juge en matière semblable,

Et je sais que, pour moi, je la trouve adorable. *

LA MARQUISE

Adorable ! Voilà de vos expressions.

MAURICE

Faut-il vous faire part de mes intentions ?

* LA MARQUISE, sc levant très-surprise.

Comment !

MAURICE

Mais ce n’est pas le moment. Je vous prie De ne point prolonger cette plaisanterie.

Le sujet est pour moi beaucoup trop sérieux.

Et demain ou ce soir vous me comprendrez mieux.

LA MARQUISE

Quand vous voudrez.

(il sort par le fond.)

LAMBERT

Eli bien?

(A la marquise.)

N’en soyez point en peine.

Je vais le sermonner et je vous le ramène.

Page 1