‹ Les Illusions de l'amour, comédie en 1 acte et en versChapitre 12 sur 28 · LA MARQUISE, FERNANDE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, FERNANDE

LA MARQUISE

Je me demande encor si j’ai bien entendu.

* La marquise, Maurice, Lambert, Fernande.

FERNANDE, à part.

L’espoir me revenait, et voilà tout perdu !

LA MARQUISE

Eh bien I ma pauvre enfant, vous restez consternée ? Sa folie est, je crois, bien conditionnée.

Il aime cette Estelle, il l’aime, c’est certain.

Aimer mademoiselle Estelle Grandvilain !

Mais quel est son projet? m'ais quelle est son attente? Que d’une Grandvilain je devienne la tante !

Il peut bien en ce cas nous quitter au plus tôt Et passer pour jamais le seuil de mon château :

Je jure que, s'il fait un pareil mariage,

11 n’aura pas un sou de tout mon héritage.

FERNANDE, allant à elle.

Madame, par pitié, réfléchissez un peu.

Vous l’aimez comme un fils, il est votre neveu.

LA MARQUISE

Non, non, il ne m’est rien, vous seule êtes ma fille. Embarrassez-vous donc de parents, de famille,

Pour qu’un écervelé détruise sans retour Les plus sages projets par son absurde amour !

Je ne conçois plus rien aux hommes, ma parole. Cherchez, imaginez la chose la plus folle,

Vous n’irez pas encore aussi loin qu’eux. Chacun Prend à tâche d'aimer contre le sens commun.

Et voilà l’homme auquel je destinais Fernande,

Ma Fernande, un trésor !

FERNANDE

Oh ! grâce ! Je demande

Grâce pour lui !

LA MARQUISE

Non, non, je ne veux plus le voir.

FERNANDE

Vous voulez donc aussi me mettre au désespoir?

DE L’AMOUR 21

LA MARQUISE

Hein ! Mais ces yeux en pleurs, cette pâleur extrême M’en disent plus encor.

FERNANDE

Pardonnez-lui, — je l'aime.

LA MARQUISE

Quoi ! Ce chagrin profond qu’on lisait sur vos traits?...

(a pari.)

Et j’ai cru bonnement que c’étaient des regrets !...

(Uaut.)

Calmez-vous, chère enfant, vous n’êtes pas coupable.

Je vou$ blâmais tantôt, moi, d’être inconsolable.

Maurice, par malheur, porte un épais bandeau :

11 voit avec son cœur, le laid lui semble beau.

Ah ! si l’on pouvait voir avec les yeux des autres,

S’il voulait emprunter ou les miens, ou les vôtres !

Il ne le voudra pas, je le connais trop bien.

Si je pouvais plutôt trouver quelque moyen...

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