DE L’AMOUR VALÉRIE
Que si !
FERNANDE
Mais non.
VALÉRIE
Si j’en pouvais savoir seulement le prénom î LA MARQUISE.
Le prénom d’un secret?
VALÉRIE, se levant et allant du côté de la marquise.
Le secret d’une femme,
Outre un nom, a toujours quelque prénom, madame.
LA MARQUISE
Vous vous trompez, je crois. Du moins, pour le moment, Sa tristesse provient d’un autre sentiment :
Elle est jeune, elle est veuve, et l’avenir l’effraie.
VALÉRIE
Je suis veuve comme elle, et n’en suis pas moins gaie.
LA MARQUISE
Oui, vous êtes heureuse, et tout vous a souri.
Vous ne raffoliez pas de feu votre mari.
11 n’en fut pas ainsi de la pauvre Fernande.
Quand j’épousai son père, elle était déjà grande ;
On la maria vite : au bout d’un an au plus,
Sa joie était changée en regrets superflus.
Et ce n’est point après une aussi courte épreuve Qu’on peut apprécier le bonheur d’être veuve.
VALÉRIE, allant se rasseoir.
Je comprends tout cela ; mais, pour l’amour de Dieu, Qu’elle soit raisonnable et qu’elle jase un peu.
LA MARQUISE
Ouais! Vous avez un grand penchant au bavardage.
Ce besoin de parler nous couvre aussi, je gage,
Quelque joli secret.
VALÉRIE
Je vous jure que non.
FERNANDE
Si tu nous en disais seulement le prénom?
Ah ! ah ! vous retrouvez votre langue, ma belle.
Et que supposez-vous?
FER>ANDE
Rien. Mais je me rappelle
Un certain avocat...
VALÉRIE
Tu te trompes beaucoup.
LA MARQUISE, regardant au fond.
Me trompé-je aussi, moi? Quand on parle du loup... C’est lui I
VALERIE.
Lui! sauvons-nous.
LA MARQUISE
Restez, Quelle sottise !
(Elles sortent par la gaucho, en courant.