SCÈNE II
LA MARQUISE, LAMBERT, un DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE, annonçant du fond.
Monsieur Charles Lambert. '
DE L’AMOUR 7
LAMBERT, saluant.
Madame la marquise.
Ces deux dames ont fui, mais je ne m’en plains pas :
Je suis venu pour vous.
LA MARQUISE, toujours assise.
C'est au mieux, en ce cas.
LAMBERT
Et j’ai même une chose assez grave à vous dire.
LA MARQUISE
Vraiment ?
LAMBERT, s'asseyant. *
Promettez-moi que vous n’allez pas rire.
LA MARQUISE
Je vous le promets.
LAMBERT
Bon. Promettez-moi, de plus,
Que vous me parlerez franchement là-dessus.
LA MARQUISE
Sur quoi ?
LAMBERT
rromettez-moi...
LA MARQUISE
Quel singulier langage !
Parlez, je ne veux pas m’engager davantage.
LAMBERT
Je voudrais, je voudrais...
LA MARQUISE
Eh bien ?
LAMBERT
Me marier.
La marquise, Lambert.
LA MARQUISE
Et pourquoi, s’il vous plaît, vous faire tant prier? D’où viennent votre crainte et vos airs de réserve ? Vous êtes amoureux ?
LAMBERT
Que le ciel m’en préserve !
Je veux me hasarder à franchir le grand pas :
Si j’étais amoureux, je ne le voudrais pas.
LA MARQUISE
Ah ! ce style est nouveau.
J’en pourrais prendre un autre ; Mais ma franchise ici doit devancer la vôtre.
Les grandes passions font tout voir de travers.
Il faut se marier les yeux assez ouverts,
L’esprit assez présent, le cœur assez tranquille,
Pour n’avoir pas plus tard de regret inutile.
C’est un engagement qui dure plus d’un jour,
Aussi long que la vie et plus long que l’amour.
L’homme sage doit donc, prudemment, sans faiblesse,
Se choisir une épouse et non une maîtresse,
Pour que celle qu’il veut honorer de son nom Devienne avec le temps son plus cher compagnon.
Or, votre belle-fille a maintenant près d’elle Une amie assez jeune et suffisamment belle.
Cette dame a ses bons et ses mauvais côtés ;
Je connais se% défauts comme ses qualités;
Elle a la tête vive, elle est un peu légère,
Mais je lui crois au fond le meilleur caractère,
El, si ses vœux secrets sont conformes aux miens, Lorsque vous m’aurez dit la valeur de ses biens,
Lorsque par vous enfin j’aurai pris connaissance De la position, des mœurs, de la naissance,
Je me déciderai sans doute à l’épouser,
Et vous vous chargerez de le lui proposer.