DE L’AMOUR LA MARQUISE
Dieu! j’en ai le frisson. Comme il se passionne! Soyez donc plus hardi, voyons, sa dot est bonne. Dites que vous l’aimez.
LAMBERT
Je l’aime, elle me plaît; Seulement, je la juge et la vois comme elle est.
Quant à la dot, s’il faut aussi que je le dise,
C’est un point important, très-important, marquise, Et qu’au théâtre seul on traite sans façon.
Je suis, vous le savez, riche pour un garçon ;
Mes clients sont nombreux, aucun soin ne me trouble Je veux, me mariant, que mon bonheur soit double.
Je traite mes amis une ou deux fois par mois :
Je veux les recevoir alors quatre ou cinq fois.
J'ai ma maison de ville : il faut bien que je gagne Au changement d’avoir ma maison de campagne.
Enfin un seul cheval me suffit, et je veux Pour entrer en ménage, en avoir au moins deux.
LA MARQUISE
Je vois que vous songez d’abord au confortable.
LAMBERT
Je veux faire à ma femme une vie agréable.
Je songe à son bonheur, à ma sécurité.
Parlons premièrement de sa moralité.
LA MARQUISE
Croyez- vous ma maison un foyer de scandales?
Je ne reçois chez moi que des femmes morales.
LAMBERT
D’accord, vous en seriez au besoin caution.
Mais enfin toute règle a son exception.
Son époux était vieux, elle était jeune et belle ;
Il l'adorait, dit-on .
LA MARQUISE
Elle lui fut fidèle.
Elle ne l’aimait point, c’est vrai, mais en ce cas, Elle peut vous aimer, vous ne l’adorez pas.
LAMBERT
Je n’ose me flatter d'une telle espérance.
Elle sort de bon lieu, selon toute apparence ?
LA MARQUISE
Sa mère était fort bien, à ce que l’on m’écrit; Son père était baron, de plus homme d’esprit.
Ils sont morts tous les deux.
LAMBERT
J'aime les orphelines.
Elle a d’autres pareuts?
LA MARQUISE
Elle a quelques cousines,
Et pas un seul cousin.
LAMBERT
Je préfère cela.
Nous savons ce qu’elle est, parlons de ce qu’elle a.
LA MARQUISE
Un pauvre million, soit dit sans vous déplaire.
LAMBERT
Uu million ! alors on peut risquer l’affaire.
LA MARQUISE
Je le crois. Je vais donc lui dire en votre nom Que vous mourez d’amour pour ses beaux yeux?
(Us se lèvent.)
LAMBERT
Ohl non.
Dites-lui simplement ce que je viens de dire,
* La marquise, Lambert,
DE L’AMOUR H
Car je veux l’épouser et non pas la séduire.
Qu’elle mo juge aussi d’un œil impartial,
Qu’on lui dise de moi le bien comme le mal
Je ne veux point surtout que sa tête se monte
Et qu’elle ait, après coup, quelque ffchcux mécompte.
Enfin je voudrais être accepté, si je puis,
Non pour ce qu’on nie croit, mais pour ce que je suis.
LA MARQUISE
Bien, vous ne voulez pas farder la marchandise.
J’aurais peur de pousser aussi loin la franchise.
Madame Duplessy saura que vous l’aimez,
(Lambert fait an mouvement.)
Que vous l’aimez, non pas, mais que vous l’estimez.
Je veux pour lui parler saisir l’instant propice,
Et vais en attendant vous envoyer Maurice.
(Elle sort par la gautbe.)