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« le péril et la suite de l’approche de l’homme », sur le devoir conjugal et sur l’accouchement ; sa fille, après trois ou quatre leçons d’anatomie, a lu Candide sans que «rien dans ce livre pervers fit travailler sa petite tête »; la vue des modèles en cire qui servaient au professeur pour faire ses expositions avait suffi pour assoupir son imagination et lui faire comprendre pour quelles raisons la bienséance prescrit de ne pas laisser certaines parties du corps à l’état de nudité (1).
Diderot prouva surtout qu’il connaissait à merveille l'esprit curieux et puéril de ses contemporains, quand il imagina de leur conter les recettes des arts usuels; il vanta sa marchandise avec un tel aplomb que beaucoup de personnes l’ont pris pour le créateur de la technologie scientifique. Celle-ci devait naître d’une manière plus modeste et plus naturelle; elle fut créée par les ingénieurs militaires français et par les professeurs qui enseignaient dans leurs écoles. Joseph Reinach ignore sans doute cela, car il écrit: « Les philosophes entreprirent de découvrir les classes ouvrières, de faire connaître le travail sans lequel la civilisation ne serait qu’un rêve et de
(1) DIDEROT, Œuvres choisies, édition du centenaire, pp. 326-329. — Dans cette curieuse consultation, Diderot montre toute la naïveté d’un parfait philistin. Il n’est peutêtre pas inutile d'observer ici que les hommes qui se donnent aujourd’hui comme les princes de l'esprit laïque, sont, comme leur illustre prédécesseur, des phiistins.
préparer ainsi, révolution à la fois intellectuelle, politique et sociale, l'avènement du Tiers-Ëtat à la liberté et au pouvoir (1). » En fait, il s'agissait d’amurser les gens du monde. |
Ceux-ci trouvèrent, paraît-il, l'Encyclopédie fort intéressante; Joseph Reïinach nous donne comme caractéristique une anecdote de Voltaire, qui montre bien les raisons du succès de cette compilation: les courtisans y apprenaient de quoi se compose la poudre à canon, et les femmes quelles sont les différences qui existent entre les diverses poudres à farder. « Mme de Pompadour avait trouvé [d’après cette anecdote] la juste formule: c’est comme magasin de toutes les choses utiles. que le dictionnaire des sciences et des arts réussissait auprès du public; . chacun, après l'avoir feuilleté, se croyait le plus savant homme du royaume (2). » C’était donc bien de la science de boudoïr ou de salon que Diderot présentait; et vaut-il vraiment la peine de le nommer « le prophète de l’industrie moderne (3) », pour avoir amusé ses contemporains avec la routine de l’ancienne production ?
Cournot, avec son gros bon sens, était choqué par l’idée même de l'Encyclopédie: dresser un inventaire des connaissances humaines à une époque de grandes
.. (4) J. REINACH, Diderot, p. 43. L'ignorance naïve de l’auteur éclate dans le passage où il dit que son héros a prévu la télégraphie électrique (p. 47).
(2) J. REINACH, 0p. cit, pp. 12-14.
(3) J. REINACH, 0D. cil., p. 42.
transformations lui semblait étrange. « Pour s’expliquer leur méprise, il faut voir dans les encyclopédistes et dans leurs patrons ou leurs adeptes, non plus des savants, mais des philosophes, ou, si l’on veut, non plus des amis de la science, mais des gens prévenus en faveur de la philosophie (1).» Mais il faut ajouter que cette philosophie est une conversation de gens du monde.
On ne saurait parfaitement comprendre l'esprit du xXvill° siècle si on ne tenait pas compte des grands succès qu'obtint alors l’occultisme. Il ne faut pas s’étonner de voir les lecteurs de l’Encyclopédie tomber dans cette sottise; après avoir épuisé tous les genres de connaissances matérielles, ils étaient réduits, pour satisfaire leur curiosité, à explorer les domaines invisibles. Et ne procédaient-ils point par la méthode expérimentale? n’était-ce point là une de ces recherches ouvertes à tout le monde, qui devraient donner des résultats merveilleux le jour où elles seraient faites par un grand nombre de personnes non spécialisées (2)?
(1) COURNOT, Loc. cit, pp. 56-57.
(2) Condorcet estime qu'on doit attendre de grands progrès dans la minéralogie, la botanique, la zoologie, la météorologie, d'observations répétées en grand nombre, sur un vaste territoire, par des hommes ayant reçu une instruction générale. (Tableau historique, 9 époque.) L'occultisme est dans les mêmes conditions; c'est une science que tout le monde peut cultiver. Aucune science ne saurait aussi bien que l’occultisme mériter le nom de démocratique, attendu que l’usage est de nommer démocratique ce qui est accessible au plus grand nombre.
b) La curiosité des gens du monde était, dans son ensemble, en parfait accord avec les préoccupations
qu'avait tout membre de l’oligarchie appelée à gou-:
verner. Pour faire un excellent administrateur, il n’était nullement nécessaire de posséder une connaissance de spécialiste. Nous voyons tous les jours nos assemblées politiques prendre des décisions sur des questions dont le détail échappe complètement à nos députés; et cependant aucun d’eux ne songe .à se récuser quand il s’agit de statuer sur un programme de constructions navales, sur un établissement de chemins de fer, sur une loi de douane. Pendant assez longtemps après la Révolution, l'Encyclopédie et des compilations du même genre semblent avoir servi aux fonctionnaires pour saisir une vue générale des choses qu’ils devaient contrôler. Ce genre d’instruction pouvait même paraître suffisant, le plus souvent, pour les personnes qui étaient appelées à diriger des établissements industriels; en effet, jusqu’à une époque très voisine de nous, les usines ont eu surtout pour directeurs des marchands, des comptables ou d'anciens ouvriers qui étaient fort appréciés des capitalistes parce qu’ils montraïent, envers les travailleurs une inflexibilité qu’on ne rencontre guère chez les ingénieurs instruits.
Beaucoup de volonté, des notions d’ensemble et quelques tours de main formaient le bagage des chefs de très grands ateliers. Vers 1830, Ure disait qu’en Angleterre les propriétaires des filatures n’étaient pas au courant de la mécanique et s’en rapportaient à leurs directeurs qui n'étaient pas trop forts eux-
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