ARE LOTO MIE
diverses formes d'élection, des divers modes de décisions prises à la pluralité des voix (1). »
Il avait notamment cherché comment il faudrait organiser les tribunaux pour que leurs sentences fussent aussi bonnes qu’on pouvait raisonnablement
- le désirer: il faudrait les composer de 65 membres, statuant à la majorité de 9 voix pour que la probabilité de l’erreur ne fût pas supérieure à celle du dänger que l’on peut courir en s’embarquant pour traverser la Manche, entre Douvres et Calais, par beau temps; cette probabilité étant de 1 à 144.768 (2).
Mme de Staël, qui nous donne l’opinion des salons après la Révolution, n’a aucun doute sur la valeur de cette nouvelle science; elle vante les admirables découvertes de Condorcet et elle prophétise, à son exemple, de bien singulières applications du calcul
au gouvernement. « Pourquoi, dit-elle, ne parviendrait-on pas un jour à dresser des tables qui contiendraient la solution de toutes les questions politiques, d’après les connaissances de statistique, d’après les faits positifs que l’on recueillerait dans chaque pays? L'on dirait: pour administrer telle population, il faut exiger tel sacrifice de la liberté individuelle: donc telles lois, tels gouvernements conviennent à tel empire. Pour telle richesse, telle étendue de pays, il faut tel degré de force dans le pouvoir exécutif : donc telle autorité est nécessaire dans telle contrée
(1) CONDORCET, Tableau historique, 9° époque. Je ne mentionne pas les prédictions de la 10° époque.
(2) J. BERTRAND, 09. Cil., p. XLVI.
et tyrannique dans tel autre. Tel équilibre est nécessaire entre les pouvoirs pour qu’ils puissent se défendre mutuellement: donc telle constitution ne peut se maintenir et telle autre est nécessairement despotique (1). » Et tout cela serait fondé sur le calcul des probabilités qui « présente un résultat moralement infaillible » quand « il s'applique à un très grand nombre de chances » (2).
Aujourd’hui, toutes ces belles choses paraissent parfaitement ridicules aux géomètres. J. Bertrand se demande même comment le livre de Condorcet a pu être admis: « Aucun de ses principes n’est acceptable, aucune de ses conclusions n’approche de la vérité... Laplace a rejeté les résultats de Condorcet: Poisson n’a pas accepté ceux de Laplace; ni l’un ni l’autre n’a pu soumettre au calcul ce qui lui échappe essentiellement. » (Cependant de bons esprits ont eu beaucoup de peine à s’émanciper d’une tradition qui avait de tels garants. « Dans la discussion de la loi sur le jury, Arago invoqua l’autorité de Laplace. On pouvait, disait-il, diminuer les erreurs judiciaires dans le rapport de 5 à 7. Un député osa exprimer un doute; Arago le traita fort mal. Quand il parlait au nom de la Science, il n’appartenait pas aux ignorants de le contredire (3). » Le
(4) DE STAEL, De la littérature considérée dans ses ranports avec les institulions sociales. Œuvres complètes, édition de 1820, tome IV, pp. 522-523.