‹ Les illusions du progrèsChapitre 15 sur 27 · RENTRER ER ER EN · texte numérisé non relu

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les erreurs par des causes psychologiques: « la mollesse, l’entêtement, l’esprit de routine, tout ce qui porte à l’inaction (1) »; mais il ne cherchait point l’origine de ces défauts de caractère. Les philosophes croyaient aller au fond même des choses quand ils dénonçaient l'Eglise comme étant la source de tous les maux; Taïine a raison quand il dit que la philosophie du xvir:* siècle peut se résumer dans la maxime: « Ecrasons l’infâme (2). » En 1774, Condorcet écrit à Turgot: « Le colosse est à demi détruit, mais il faut achever de l’écraser.. Il fait encore beaucoup de maux; la plupart de ceux qui nous afligent sont l’ouvrage du monstre et ne peuvent finir qu'avec lui (3).» Quand les auteurs de ce temps parlent de la lutte engagée par l’esprit contre l’autorité, ils ont presque toujours en vue la lutte contre l’Eglise.

L’admiration assez singulière parfois que le xvitr° siècle manifesta pour Descartes n’a pas d’autre origine; on se figurait alors un Descartes un peu fictif et tout plein de passions encyclopédiques. A la fin de la huitième époque, Condorcet célèbre la gloire de trois grands hommes qui ont affranchi l’esprit humain, Bacon, Galilée, Descartes (4); de ce dernier

(1) TURGOT, Loc, cit., p. 672.

(2) TAINE, Ancien Régime, p. 302.

(3) Correspondance inédite de CONDORCET ef de TURGOT, pp. 205-206.

(4) Condorcet dit que Descartes a donné «la méthode de trouver, de reconnaître la vérité ». Il est fâcheux que la recette ait été perdue. Quant à Bacon, il avoue que ses prin-

il dit: « Il agita les esprits que la sagesse de ses rivaux n'avait pu réveiller. Il dit aux hommes de secouer le joug de l’autorité, de ne plus reconnaître que celle qui serait avouée par la raison; et il fut obéi parce qu’il subjuguait par sa hardiesse, qu’il entrainait par son enthousiasme. » Ce tableau est d’une fantaisie un peu forte et on pourrait croire que l’auteur a voulu parler de Diderot et non de Descartes ! ;

Il n’y a pas jusqu'aux beaux-arts qui ne souffrent de la tyrannie; Condorcet est persuadé qu'ils feront - de grands progrès sous l’influence de la philosophie et des sciences, si l’on parvient à détruire « les préjugés qui en ont resserré le sphère et qui les retiennent encore sous le joug de l'autorité que les sciences et la philosophie ont brisé » (1).

Dans la dixième époque, alors qu’il est en train de prophétiser, Condorcet s’écrie : « Quand, à des maximes qui tendent à comprimer le ressort des facultés humaines, auront succédé celles qui favorisent l’action et l’énergie, sera-t-il alors permis de

cipes «ne changèrent point la marche des sciences» (Tableau historique, 8° époque). Galilée est le véritable maitre de la science moderne.

(4) CONDORCET, 0p. Cùt., 10° époque. Que veut dire l’auteur? Comme dans beaucoup d'autres circonstances, Condorcet est inintelligibile. On pourrait se demander plutôt si l'influence des amis des lumières n'a pas été funeste à l’art durant la fin du xvur* siècle; cette infiience contribua à ruiner des traditions de métier pour lancer l’art sur une voie factice en vue de l'expression de fantaisies philosophiques.

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