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sur l’allaitement maternel et sur la douceur à employer dans l'éducation; — il est encore vraisemblable que les appréciations favorables émises par les missionnaires au sujet des mœurs des sauvages, conduisirent à penser qu’on pourrait avec avantage modifier les disciplines sexuelles : dans le régime d’une plus grande liberté des relations naturelles, se produirait probablement en Europe la frigidité de tempérament qui avait souvent frappé les missionnaires chez les Indiens (1).
Il faut surtout regarder cette littérature comme ayant provoqué un sentiment d’indifférence pour la civilisation acquise. La vie sauvage donna lieu à beaucoup de romans chimériques; il n’est pas douteux que ces contes furent souvent bien moins des projets de réforme que des prédications dirigées contre la société ; on sait qu’il en avait été ainsi pour les utopies platoniciennes. D’ordinaire, on ne cherche dans de telles compositions des indications sur les réformes à accomplir, que le jour où elles tombent entre les mains d’une classe ou d’une génération autres que celles que l’auteur voulait instruire,
(1) CHARLEVOIX, LOC. cit, pp. 37-88, et LAFITAU, Mœurs des sauvages américains (édition in-4), tome I, pp. 593-603 et pp. 582-583. — Le P. Charlevoix parle cependant aïlleurs de la lascivité des femmes; cette corruption se serait propagée de la Louisiane jusque chez les Iroquois; il mentionne également la pédérastie des Indiens (pp. 4-5). La pédérastie des sauvages gênait un peu les admirateurs de la nature; Diderot a écrit sur ce sujet des explications frivoles qui ne dépareraient pas une conférence d'université populaire (DIDEROT, tome VI, pp. 452-453).
Les écrivains du xvir° siècle se lancèrent, plus d’une fois, dans le rêve social avec une véritable fureur, et leurs paradoxes sont devenus peu intelligibles pour les historiens actuels. Lichtenberger voudrait voir dans le Supplément au voyage de Bougainville, une « fantaisie à laquelle Diderot s’est laissé entraîner un jour de débauche philosophique » (1). Ce jugement réduit beaucoup la portée d’une telle œuvre.
Après la Révolution, Fourier voulut reprendre les paradoxes contre la civilisation ; il espérait que ses contemporains arriveraient à se dégoûter du régime nouveau comme la génération précédente s’était dégoûtée du régime ancien. Il manquait totalement de goût et son succès fut faible; il ne trouva guère pour l’applaudir que des esprits médiocres, des originaux et des femmes toquées; il ne put jamais arriver à comprendre pourquoi on ne le prenait pas au sérieux, alors qu’on avait pris au sérieux les encyclopédistes. Cette différence ne tenait pas seulement à la différence du talent; ia France avait complètement changé en traversant ia Révolution: les guerres de la Liberté avaient répandu trop de gloire sur le régime nouveau pour qu’il fût sérieusement menacé par une littérature quelconque.
Ce n’était pas la première fois que se produisait cette indifférence pour le passé que l’on constate chez nos pères. Durant les premiers siècles de notre ère, quantité d’hommes avaient cessé d’attacher le
(1) ANDRÉ LICHTENBERGER, 0. Cit., p. 251.