‹ Les illusions du progrèsChapitre 20 sur 27 · AE NE VERRE A ER ECC · texte numérisé non relu

AE NE VERRE A ER ECC

(1) PROUDHON, op. cit., p. 49.

la magnifique protestation de La Justice dans la Révolution et dans l'Eglise. Il ne veut pas admettre qu’il existe une loi faisant succéder les civilisations les unes aux autres, comme sont étagés les êtres; il a été dupe, « autrefois, de ce bilboquet physiologico-politique » ; il estime que des dissertations sur un tel mouvement ne servent à rien. « Quant à moi, je le déclare, dit-il, si le progrès ne doit nous fournir rien de plus, ce n’est pas la peine de tant nous agiter et fouiller nos cervelles. Le mieux est de nous laisser vivre comme il plaira à Dieu, et de suivre le conseil du moine: Chacun son métier, ne médire du gouvernement, laisser le monde aller comme il va » (1). Et, en effet, les doctrines du progrès étaient alors très florissantes, parce que la bourgeoisie française éprouvait le désir de se « laisser vivre comme il plaira à Dieu », en profitant du bonbeur de l’époque.

Comme cela s'était déjà produit à la fin du xvri* siècle, une société contente de son sort opposait l’idée du progrès aux moralistes qui, demeurés étrangers à la nouvelle manière de vivre, lui reprochaient sa légèreté et voulaient lui rappeler les principes des grands philosophes.

La question, pour Proudhon, est toute morale. Il y a progrès quand se produit « la justification ou le perfectionnement de l’humanité par elle-même »;

4) PROUDHON, La Justice dans la Révolution et dans l'Eglise, tome II, pp. 255-256.

alors l’humanité croît en liberté et en justice, en développant sa puissance, ses facultés, ses moyens; elle « s’élève au-dessus de ce qu’il y a en elle de fatal ». La décadence consiste dans « la corruption ou la dissolution de l’humanité par elle-même, manifestee par la perte successive des mœurs, de la liberté, du génie, par la diminution du courage, de la foi, l’appauvrissement des races, etc. » (1). Il est à peine nécessaire d’appeler l’attention sur ce qu’un tel tableau renferme d’allusions à l’état dans lequel se trouvait la France durant les premières années du second Empire.

L'histoire doit pouvoir apporter, suivant Proudhon, un double témoignage: elle doit montrer que le progrès « est l’état naturel de l’humanité » et qu’ainsi « la Justice est plus forte, à elle seule, que toutes les causes qui la combattent » (2); --— elle doit expliquer la décadence par des illusions psychologiques: l’homme reconnaissant que les rapports ju-

ridiques réels sont imparfaits, perd sa foi en la Jus-

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