‹ Les illusions du progrèsChapitre 24 sur 27 · ET · texte numérisé non relu

ET

analogue à celle que le Moyen Age a construite, tout à côté, sur le rocher de l’Aiguille; l’habile critique n’a pas compris la pensée du clergé, qui voulait élever un trophée affirmant la victoire qu’il croyait avoir remportée définitivement sur le libéralisme (1). L’énorme est assez généralement déplaisant; l’art religieux moderne, tout orienté en vue de plaire à la médiocrité, ne pouvait guère s'affirmer dans une manifestation esthétique de la force.

b) Th. Ribot distingue quatre éléments qui contribuent à engendrer le sentiment religieux chez les primitifs: avant tout l’émotion de la peur, une certaine attraction bien faible pour un dieu, le désir de se rendre favorable une puissance supérieure à l'homme par des supplications et par des offrandes, le besoin de renforcer les liens sociaux (2). On peut réunir les trois premiers éléments en un seul groupe et on dira, en conséquence, que les anciennes religions se rattachent à deux systèmes: a elles sont

destinées à protéger les hommes, grâce à leurs rites,

contre les maux qui ne cessent de les menacer;

2° elles sont des disciplines sociales dont l’action

vient compléter heureusement celle des lois.

L'histoire du christianisme vient ajouter quelque

(4) Ce fut l'abbé Combaiot qui, en 1850, mit le projet de statue en train; on sait quelle grande part il avait prise aux luttes soutenues par le clergé contre l'Université au temps de la monarchie de Juillet,

(2) TH. RIBOT, Psychologie des sentiments, pp. 301- 303.

chose de nouveau: elle nous montre qu’à maintes reprises, des saints, qui avaient appris la vie spirituelle dans des instituts monastiques, se sont trouvés capables d’entraîner les peuples vers des piétés fécondes en résultats. Le protestantisme énseigna que des grâces exceptionnelles, très analogues à celles dont jouirent ces mystiques conducteurs de masses, sont accessibles à tous les fidèles qui vivent dans le siècle (1). William James tira les dernières conséquences de cette théologie, en affirmant que l’expérience du surnaturel est l’essence de la religion. On peut qualifier d’égoiïste le principe du premier système (2), puisque le croyant s’occupe alors uniquement des intérêts de sa personne ou de son groupe; le second principe est politique; celui de William James est, à la fois, individualiste et social: le philosophe américain suppose, en effet, que l’homme commence par poursuivre sa propre régénération et qu’il déploie ensuite une activité prodigieuse (on pourrait même dire surhumaine) dans le monde, en vue de changer les mœurs de ses contemporains. William James a fondé sa théorie sur l’hagiographie catholique et sur des observations que lui avaient fournies certaines sectes américaines; on pourrait être tenté de dire qu’elle ne s’applique qu’à

(4) G. SoREL, Réflexions sur la violence, 4° édition, pp. 399-400.

(2) Th. Ribot dit à propos des trois premiers éléments que j'ai groupés pour former le premier système : « Le sentiment religieux... est l'expression directe d’un égoïsme étroit. » (op. cit., p. 302).

des exceptions; mais ces exceptions se trouvent être ce qui fait la grandeur de la religion. Le christia- nisme grec est, de l’avis de tous, fort inférieur au christianisme latin, parce qu’il n’est pas servi par des hommes formés à la vie spirituelle, qui se lancent à la conquête du monde profane; la valeur exceptionnelle du catholicisme provient de ce que ses instituts monastiques préparent continuellement de tels héros.

Ce que nous savons des prophètes d’Israël nous permet de dire que le judaïsme biblique a dû sa gloire à l’expérience religieuse; les juifs modernes ne voient plus dans leur religion que des rites analogues à ceux d’anciennes superstitions magiques; aussi, dès qu’ils sont instruits, abandonnent-ils avec mépris leurs pratiques traditionnelles; étant élevés dans un milieu presque totalement dépourvu de vie spirituelle, ils sont d’une incompétence scandaleuse quand ils parlent du christianisme qui est tout nourri de vie spirituelle (1). — Les conquêtes incessantes que fait l’Islam dans les pays nègres, tiennent évidemment à ce que ses marabouts font connaître des esquisses de haute religion à des populations qui avaient été jusque-là courbées sous le joug du fétichisme. — Il ne me paraît pas douteux que les moines bouddhistes ont connu l’expérience religieuse. Ainsi, le principe de William James servirait à éclairer les quatre grandes religions universalistes dans

(1) Salomon Reinach a donné un exemple assez drôle de cette incompétence dans l'Orpheus.

lesquelles, suivant lopinion de tous les hommes compétents, l’idée religieuse s’est manifestée d’une manière vraiment éclatante; dans les civilisations paiennes, il ne joue qu’un rôle très effacé et il peut être en conséquence, le plus souvent, négligé par l’historien. ;

Le principe de William James est constamment menacé dans le christianisme et même dans le catholicisme par les forces qui donnent satisfaction à la médiocrité des gens totalement dépourvus d’élan mystique, De nos jours, beaucoup de catholiques instruits ont entrepris d'élever leur Eglise au niveau de l’esprit laïque, sans se préoccuper du principe mystique qui avait vivifié sa tradition, Des rites qui fournissent aux âmes les moyens de se consoler, d’espérer ou même de calmer certaines douleurs (1); un clergé, plus ou moins incrédule, qui travaille de concert avec les administrations publiques, pour améliorer le sort des hommes; — voilà ce dont se contente fort bien la médiocrité,

Les modernistes raisonnent, à peu près, comme raisonnait Mme de Warens, d’après ce que raconte Rousseau au sixième livre des Confessions: « Fidèle à la religion qu’elle avait embrassée, elle en admettait sincèrement toute la profession de foi; mais,

(4) Dans un discours prononcé, le 10 avril 1910, à Saint- Chamond, Aristide Briand a dit que la République a montré l'esprit le plus libéral envers le catholicisme, puisqu'elle a permis aux fidèles d'aller dans les églises « puiser aux sources religieuses de la consolation »,

quand on venait à la discussion de chaque article, il se trouvait qu’elle croyait tout autrement que l'Eglise, toujours en s’y soumettant, » Elle expliquait à son confesseur cette incohérence par des raisons fort analogues à des raisons qu’on rencontre chez les plus subtils de nos modernistes: « Je ne suis pas maîÿtresse de ma foi, mais je le suis de ma vélonté. Je la soumets sans réserves, et je véux tout croire, Que me demandez-vous de plus? »

Nous assistons à ce spectacle qui paraît, au premier abord, paradoxal: des savants qui ont rejeté tout ce que l’Eglise considère comme formant le dépôt de la foi, prétendent cependant demeurer dans l'Eglise: presque jusqu’au jour de sa condamnation l’ex-abbé Loisy donna à des catholiques éminents l’idée qu’il était demeuré un bon prêtre. Ces modernistes répètent exactement les paroles contenues dans les formulaires orthodoxes, en leur attribuant dés sens que les théologiens orthodoxes repoussent avec horreur; ils reçoivent dévotement les sacrements, tout en n’admettant pas ou en n’admettant que sous beaucoup de réserves la théorie qu’en donne l’enseignement ecclésiastique; en quoi consiste donc léur catholicisme?

__ Pour les modernistes avancés la religion se réduit à des rites qu’ils croient nécessaire d’accomplir pour entrer dans le ciel; nous sommes ainsi ramenés aux mystères païens auxquels on se faisait initier pour écarter les terreurs de la vie d’outre-tombe. Bien qu’il y ait une extrême différence entre l’état intellectuel des modernistes et celui des Romains supefstitieux

de la décadence, un même fonds sentimental se retrouve chez tous ces hommes.

Les catholiques sociaux semblent avoir voulu adopter au temps présent les idées de Napoléon et d’A. Comte: le grand empereur croyait que les prêtres seraient, sous le régime du Concordat, d’excellents auxiliaires de ses préfets; le philosophe espérait gouverner les sentiments du peuple par l’emploi de parades néo-fétichistes; aujourd’hui les catholiques sociaux voudraient que le clergé organisât des associations à la fois éducatives et économiques, propres à amener toutes les classes à comprendre leurs devoirs sociaux. L’ordre que les audaces du capitalisme troublent gravement, suivant leur petit jugement, arriverait à se rétablir.

Leur chimère fait penser à ce que Renan écrivait sur les cultes helléniques: « Essentiellement municipale et politique à son origine la religion d'Athènes ne fut d’abord que la consécration religieuse du patriotisme et des institutions de la cité. C'était le culte de l’Acropole; Aglaure et le serment que prêtaient sur son autel les jeunes Athéniens n’a pas d’autre sens; à peu près comme si la religion consistait chez nous à tirer à la conscription, à faire l'exercice et à honorer le drapeau. Cela devait bientôt devenir assez fade; cela n’avait rien d’infini, rien qui touchât l’homme par sa destinée, rien d’universel (1). » En définitive, toute cette religion sociale

(1) RENAN, Saint Paul, p. 183.

manquait de valeur religieuse; les catholiques sociaux songent à faire rétrograder le christianisme vers cette médiocrité.

Le catholicisme ne pourra se rajeunir que s’il se produit dans son sein une crise sous l’action d’hommes formés à la vie spirituelle dans les instituts monastiques; il réagira ainsi contre la médiocrité; de nombreuses expériences historiques montrent que de telles crises peuvent provoquer de prodigieux effets de grandeur. Il ne faut pas se dissimuler cependant que les difficultés sont particulièrement considérables aujourd’hui: si, en effet, comme l’affirme Hegel, l’art, la religion et la philosophie forment la triologie de l’esprit libre, il est bien difficile de croire qu’un des éléments puisse s'élever jusqu’au sublime alors que les autres demeureraient frappés d’une complète impuissance. L’extrême bassesse de l'esthétique catholique actuelle gênera beaucoup toute tentative de renaissance religieuse.

c) La philosophie est bien plus sensible à la personnalité que l’art et la religion, parce que Part et la religion sont généralement soutenus par des organisations sociales qui sont propres à assurer la durée d’une tendance.

Si extraordinaires que puissent être les expériences religieuses des grands mystiques, il se rencontre beaucoup d’hommes qui désirent ardemment imiter leur genre de vie; des instituts monastiques se créent pour perpétuer leurs exemples de piété et ils soutiennent, pendant un temps plus ou moins long, la

foi au-dessus des niveaux de la médiocrité; lorsque la décadence survient, des novateurs ne tardent pas à surgir, en sorte que le catholicisme peut surmonter tous les fléchissements successifs que lui impose la faiblesse humaine.

Durant la période gothique, les arts ont eu une constitution aussi solide que celle que peut avoir un système de production; c’est qu’ils étaient alors mêlés, de la facon la plus intime, aux métiers. La Renaissance changea complètement la situation des artistes, qui ne furent plus confondus avec les artisans et qui s’élevèrent au rang occupé par les lettrés. Suivant de bons auteurs, le nouveau régime eut une influence désastreuse sur les destinées de l’art (1). Celui-ci dépendit, beaucoup plus qu'auparavant, de la personnalité; l’histoire des maîtres remplaca l’histoire de l’art; souvent les écoles des hommes de premier ordre n’eurent pour représentants que des personnages de profonde décadence; seule l’architecture continua à présenter des suites offrant une certaine régularité, parce qu’elle dépend étroitement des procédés traditionnels adoptés par les bâtisseurs.

Dans la philosophie, ce qui est vraiment essentiel, c’est ce qui échappe totalement à la transmission faite par l’enseignement; les maîtres signalent à leurs contemporains de nouvelles manières de prendre contact avec la réalité; les disciples dénaturent leurs intuitions, parce qu’ils prétendent les incorporer à

(1) MüNTz, loc. cil., pp. 19 et 194; Raphaël, pp. 80-82,

des théories d’une « métaphysique figée et morte »; la véritable grandeur du philosophe original apparaît quand il regarde le monde sans esprit sectaire; mais ces moments sont rares dans sa vie; « le maître, en tant qu’il formule, développe, traduit en idées abstraites ce qu’il appoñte, est déjà, en quelque sorte, un disciple vis-à-vis de lui-même » (1).

Ainsi la grandeur n’est même qu’accidentelle chez , l'immense majorité des maîtres les plus illustres; la médiocrité scolaire tend, tout de suite, à fausser leurs conceptions. On pourrait, je crois, se représenter la philosophie par l’image suivante: quelques feux allumés par des hommes d’un génie extraordinaire, en des instants d’heureuse inspiration, vacillent au milieu du brouillard; très peu de personnes songent à se diriger sur ces phares; la masse médiocre navigue au hasard, en bavardant.

Les transformations que le marxisme a subies illustrent fort bien la théorie de la médiocrité. Les écrivains de la social-démocratie, qui ont prétendu expliquer, appliquer ou étendre la doctrine de leur prétendu maître, étaient des hommes d’une remarquaäble vulgarité; il paraît d’ailleurs que Marx ne se faisait pas d'illusions sur le talent de ceux qui se donnaient pour les représentants authentiques du marxisme. Ils ont attaché, le plus souvent, une importance majeure à des parties de l’œuvre qui étaient

(1) BERGSON, Introduction à la métaphysique, dans les Cahiers de la Quinzaine, IVe série, 12° cahier, pp. 22-28.

Sa APPENDICE I

déjà frappées de caducité; ils n’ont pas compris la valeur des idées qui sont destinées à assurer la gloire à Marx (1).

La grande erreur de Marx a été de ne pas se rendre compte du pouvoir énorme qui appartient à la médiocrité dans l’histoire; il ne s’est pas douté que le sentiment socialiste (tel qu’il le concevait) est extrêmement artificiel (2); aujourd’hui nous assistons à une crise qui menace de ruiner tous les mouvements qui ont pu être rattachés idéologiquement au marxisme. Gustave Le Bon, qui observe uniquement les formes communes du socialisme politique, soutient qu’il reproduit de vieilles superstitions: « La foi socialiste rend aux simples l’espérance que les dieux ne lui donnaient plus, et les illusions que la science leur avait otées (3). » Cette régression des idées socialistes vers des chimères archaïques nous montre, encore une fois, la victoire remportée par la médiocrité sur le génie.

Il ne manquera pas de sociologues pour dire que cette étude conclut à la justification scientifique de la démocratie. Voici le raisonnement qu’ils tiendraient:

(4) On a vraiment quelquefois envie de comparer les docteurs de la social-démocratie aux harpies qui souillaient tout ce qu'elles touchaient.

(2) G. SOREL, Insegnamenti sociali, p. 342.

(3) GUSTAVE LE Bow, Psychologie politique, p. 359.

pour établir des lois qui assurent le mieux le bonheur des hommes, qui aient le plus de chance de durer et qui satisfassent le mieux l’esprit des philosophes attachés aux réalités, il faut observer comment la nature des choses sociales se révèle dans le plus grand nombre des cas, au cours de l’histoire; il faut que les lois s’adaptent aux tendances les moins pénibles, les plus fortes et les plus générales de l’esprit humain; or, au fur et à mesure que nous avons considéré des régions dans lesquelles notre intelligence se manifeste plus librement, nous avons reconnu que la médiocrité exerce son empire d’une manière plus complète. Ce que dans cette étude on a appelé du nom péjoratif de médiocrité, est ce que les écrivains politiques nomment démocralie; il est donc démontré que l’histoire réclame l’introduction de la démocratie.

En 1848, le gouvernement provisoire fut assez naïf pour proclamer qu’il aspirait à voir remettre le pouvoir à la médiocrité; Proudhon dénonça avec indignation une circulaire que le ministre de l’Instruction publique avait adressée aux recteurs pour leur expliquer cette belle doctrine: « Le ministre, disait-il, le 22 mars 1848, exprime le désir que les instituteurs primaires se portent candidats à la députation non pas parce que suffisamment éclairés, mais quoique non suffisamment éclairés... Qui ne voit que, dans la pensée du ministre, l’instituteur primaire est la médiocrité envieuse, qui n’a rien inventé, qui n’inventera rien, destinée à servir de ses votes silencieux la guerre aux riches et l’arbitraire démocratique? A ce titre, je proteste contre cette candidature, tran-

chons le mot, contre cette prostitution des instituteurs. De même donc que la monarchie constitutionnelle, cherchant à s’entourer d’une aristocratie du talent et de la fortune, fait appel aux notabilités, de même la démocratie compose son patriciat de médiocrités (1). »

Aujourd’hui, beaucoup d’Intellectuels trouvent avantageux pour leurs intérêts de présenter des apologies de la démocratie; ils ont été habitués, grâce à leur éducation classique, à regarder histoire comme une sorte d'épopée; ils s’ingénient, en conséquence, à imaginer des sophismes propres à démontrer que la médiocrité démocratique engendre la grandeur sociale. Nous avons rencontré, au cours de cette étude, un des plus effrontés de ces sophismes, celui de la loi de régression apparente; on prétend, grâce à elle, transformer les plongeons dans la décadence en un vol hardi vers les sommets les plus élevés que peut désirer l’esprit.

Cette apologie de la démocratie n'est pas sans offrir des dangers sérieux; elle a conduit à l’anarchie beaucoup de jeunes gens, il y a une vingtaine d’années: ils entendaient vanter, dans le style le plus grandiloquent, la grandeur de la démocratie et ils ne rencontraient que démocrates aussi médiocres au point de vue moral qu’au point de vue intellectuel et complètement étrangers à toute idée d’art. Cet ancien mouvement anarchiste a eu une valeur à titre d’anti-

(4) PROUDHON, Solution du problème social, pp. 58-59,

PR on

cipation; il a montré que les esprits étaient, en France, désireux de trouver de la grandeur; il ne faut pas s'étonner si de nombreux anarchistes se jetèrent dans le syndicalisme révolutionnaire qui leur parut propre à réaliser de la grandeur.

Au mois de mai 1899, j'ai publié, dans la Rivista italiana di sociologia, un article sur le marxisme et la science sociale; je le terminais en exprimant le vœu que le socialisme se transformât en une philosophie des mœurs; ce changement aurait infusé de la grandeur à un mouvement qui en manquait alors à peu près au même degré que la démocratie elle-même, C’est seulement quelques années plus tard que j'ai pu esquisser une solution du problème que j'avais posé: les Réflexions sur la violence sont une philosophie morale fondée sur l’observation des faits qui se produisaient dans le syndicalisme révoluticnnaire; il est à peine nécessaire de dire que ce livre est demeuré inintelligible pour les démocrates et, en général, pour toutes les personnes qui ne comprennent pas les lois de la grandeur et de la décadence.

L'heure présente n’est pas favorable à l’idée de grandeur: mais d’autres temps viendront; l’histoire nous apprend que la grandeur ne saurait faire indéfiniment défaut à cette partie de l'humanité qui possède les incomparables trésors de la culture classique (1) et de la tradition chrétienne. En attendant

(1) On sait quelle importance, Proudhon attachait à la

- culture classique.

les jours du réveil, les hommes avertis doivent travailler à s’éclairer, à discipliner leur esprit et à cu!tiver les forces les plus nobles de leur âme (1), sans se préoccuper de ce que la médiocrité démocratique pourra penser d’eux (2).

(1) C'est pourquoi Proudhon doit être regardé comme un maître, dont la gloire est appelée, sans doute, à grandir beaucoup.

(2) En achevant de corriger les épreuves de ce livre, je me souviens d’une lettre dans laquelle Flaubert a exprimé la haine qu'il éprouvait pour la médiocrité triomphante. fl écrivait en 1852 qu'il voulait composer un dictionnaire des idées reçues: « La préface surtout m'’excite fort: ce serait la glorification historique de tout ce qu’on approuve; j'y démontrerais que les majorités ont toujours eu raison, les minorités toujours tort. J'immolerais les grands hommes à tous les imbéciles... Ainsi pour la littérature, j’établirais.… que le médiocre étant à la portée de tous est le seul légitime et qu’il faut donc honnir toute espèce d'originalité comme dangereuse, sotte, etc. Je rentrerais par là dans l'idée démocratique moderne d'égalité. » (Correspondance, tome IT, pp. 157-158.)

Page 1