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Nous sommes, paraît-il, à une époque de riiistoire où un monde nouveau va faire place *à cette société viciée qui subsiste encore et si quelque retard est apporté à cette échéance inévitable ce ne sera que pour mieux succomber. Voilà une opinion banale qui court les rues comme les salons et néanmoins l’insouciance, un défaut ou peut-être une qualité de notre race, ne cesse de régner. Si vous objectez cette indifférence aux prophètes de mauvais augures ils répondront que le meme phénomène de légèreté s’est manifesté pendant
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les années qui précédèrent la Révolution.
Les arguments en faveur de cette convulsion prochaine devraient, d’après ces oracles, convaincre les plus sceptiques. Il existe en effet une idée déjà bien rebattue, mais chère néanmoins à l’école socialiste, c’est que notre pays se divise en plusieurs époques et que chaque époque amène une transformation sociale. La première période reposait sur une confiance pleine et entière dans la doctrine du christianisme. Lorsque des esprits critiques ayant eu de la peine à reconnaître certains dogmes se séparèrent et introduisirent une nouvelle religion mélange du libre examen et de la révélation et appelée la Réforme. Le protestantisme en lui-même se serait présenté plutôt comme une transition entre le catholicisme et le rationalisme destinée à créer la seconde époque fondée exclusivement sur la raison. Puis rhom.me, voyant qu’il ne pouvait à l’aide de ses simples conceptions rien affirmer, rien nier, aurait résolu de se cantonner dans le monde tangible pour améliorer son état matériel.
L’organisation que la France et les pays voisins ont eue depuis l’ère chrétienne jusqu’à la Renaissance répondait aux idées du premier âge. C’était l’obéissance au souverain
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délégué ou dépositaire de l’autorité divine, la soumission ici-bas au clergé et à ses enseignements dans l’attente d’une récompense future. Avec la Réforme et sous le règne du roi Henri IV, la monarchie revêt plus d’élasticité. Dès ce moment la transformation sociale était conçue. En dépit des entraves apportées dans la suite à ce nouvel état de choses, l’esprit d’analyse reprenait le dessus et le mouvement philosophique du xviii® siècle engendrait la Révolution. La liberté individuelle et la croyance en un être supérieur quoique indéfini formaient les bases du droit. Mais, à son tour, la métaphysique s’étant montrée impuissante à diriger et à contenir les esprits, la jouissance matérielle des masses égalisées doit être la conséquence de la sociologie contemporaine, comme la liberté de l’individu avait été la résultante du rationalisme et l’abnégation de l’homme Lobjet du christianisme.*
Voilà révolution fatale que nous sommes en train de réaliser d’après ceux qui prétendent représenter la marche du progrès. Si quelques doutes viennent à être émis sur la solidité de l’argumentation de ces dialecticiens et principalement sur le succès définitif de leur parti , ils ajoutent qu’il n’y
pour se convaincre qu’à envisager Ja vie de chacun de nous, car elle constitue l’image de celle de la société. En son enfance, l’homme est croyant. Au jour de l’adolescence les abstractions métaphysiques prennent le dessus. Dans l’àge mûr, les intérêts matériels l’emportent. Malgré l’abîme existant entre la durée de la vie de l’homme et de celle des peuples, il y a encore un autre point commun entre elles et qu’on laisse dans l’ombre, peut-être avec intention : Les sociétés de même que l’individu marchent vers une fin. Mais si nous savons dans quels sentiments disparaissent ceux de nos semblables dont la maladie a respecté les facultés, il est impossible de présumer quel sera le dernier cri des peuples. La sagesse enseigne qu’il faut attendre la fin d’un homme pour le juger. A plus forte raison il serait nécessaire de connaître le mot final des sociétés pour les comparer ensuite à l’individu. Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui, sur le déclin de la vie, ont des retours. Ils y a des êtres qui finissent dans le dégoût le doute ou l’espérance. Qui oserait affirmer quelle est celle de ces déterminations que la société prendra. Vouloir rapprocher des espèces dont il est impossible pour l’une de
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fixer le dernier état d’âme, ce serait agir comme un mathématicien qui essayerait d’établir le rapport entre un nombre déterminé et un autre indéfini.
La genèse que les socialistes tracent pour annoncer leur triomphe prochain n’est pas nouvelle du reste. Elle vient en grande partie de Técole positiviste. Déjà Auguste Comte et Littré avaient fait une classification analogue, mais cet exposé qui ne leur avait servi que comme une méthode a changé de caractère avec les socialistes. Les positivistes Littré en tête, se défendent énergiquement d’avoir laissé germer cette redoutable conséquence de leur doctrine. Cependant, si la déclaration des droits de l’homme est le fruit de quelques visionnaires, la loi ne symbolise plus l’expression du droit et tout ce qui émane de la fantaisie populaire, serait-ce la plus effroyable tyrannie, mérite l’obéissance.
C’est l’application du régime terroriste. Les socialistes concluent donc avec quelque apparence de raison que la volonté de la foule dans toute sa brutalité, recourrait-elle à la confiscation, à l’expropriation et à la violence corporelle doit être obéie.
Quand différentes opinions sont émises, il faut songer qu’il y a toujours un parti qui
leur donne une apparence de réalité et les accapare dans son propre intérêt Sans se donner la peine de considérer si la société est véritablement un organisme, si les mêmes évolutions se sont produites à Athènes et à Rome avec un succès final, si les peuplades de la Chine et de l’Afrique suivent les mêmes phases, les socialistes se saisissent de la conception et en tirent des conséquences à leur avantage. Les promoteurs involontaires du soulèvement ont beau se récrier en affirmant leur amour de l’ordre, il n’en est pas moins vrai que ces philosophes placés dans des régions toutes spéculatives devraient songer au peuple guetté par deux ennemis : l’envie et le politicien. Tl ne serait pas mauvais, en outre, que les auditeurs empressés de la panacée prochaine se livrent à quelques réflexions. La Nature avec laquelle on tend à identilier l’humanité n’est qu’une série d’inégalités. L’homme a constamment des désirs et il ne les satisfait jamais. Le but qu’il veut atteindre fuit sans cesse. Le seul dénouement inéluctable, c’est la mort.
Des apôtres intéressés prétendront toujours tenir la clef du bonheur et le nombre des crédules ne diminuera pas. Il s’agit seulement de savoir celui qui obtiendra la der-
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nière enchère. Eu réalisant meme le rêve égalitaire au moyen duquel l’homme posséderait toutes les jouissances, la nécessité d’une doctrine morale reléguée au dernier plan aujourd’hui se ferait sentir avec plus d’impétuosité. Bon gré, mal gré, il faudra combler cette lacune par un principe supérieur et la tâche ne sera pas aisée avec les tendances modernes. Les socialistes croient donc tenir la solution de nos maux par l’avènement d’une troisième période régénératrice. Embrigader la foule dans un même nivellement social semble être la perfection pour ces idéologues. Il faut pourtant méconnaître notre nature pour ignorer qu’elle n’accomplit d’action en commun que lorsqu’elle combat ce qui lui déplait. Le lendemain de la victoire tout s’émiette et chacun retourne à ses impulsions- primitives. Les prétendus sauveurs savent bien au fond que le caractère et les penchants de l’homme suivent toujours la même marche. Mais il leur coûte peu d^annoncer la découverte de nos nouveaux remèdes, parce qu'entre l’époque de la promesse et celle de l’échéance un espace de temps assez long s’écoulera qui permettra de ne pas leur demander compte de leurs engagements.