DESTITUTION ET RENVOI DE M. DE MAISONNEUVE EN FRANCE. SA MORT À PARIS
Dans les premiers mois de l’année 1668, ls compagnie de Montréal, réduite à cinq membres, résolut d'engager les prêtres du séminaire de Saint-Sulpice à se charger seuls de l’œuvre de Montréal. Après plusieurs réunions, les directeurs du séminaire se décidèrent à accepter la proposition de la compagnie et le 9 mars 1663, les cinq associés, avec le consentement de M. de Maisonneuve, absent de Paris, signèrent le contrat de donation de l'ile de Montréal au séminaire de Saint-Sulpice.
Ce contrat transférait aux messieurs de Saint- Sulpice tous les droits de propriété qu’avaient les associés sur l’île de Montréal, sur la maison seigneuriale, dite le fort, sur la métairie, sur les terres défrichées etc. Par suite de cette donation, M. de Maisonneuve se trouvait dépouillé de tout droit sur l'ile; on inséra en sa faveur une clause spéciale, par laquelle, pour reconnaître les grands services qu'il avait toujours rendus à l’œuvre de Montréal, il devait rester,
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pendant toute sa vie, gouverneur et capitaine de l'île, avoir son logement dans la maison seigneuriale, et jouir en outre, durant toute sa vie, de la moitié de la métairie et du moulin.
Et cependant, en 1665, deux ans à peine après cette décision si élogieuse pour M. de Maisonneuve, il était destitué par M. de Tracy, lieutenant-général en la Nouvelle-France, qui, en outre, lui ordonnait de passer en France, “ comme étant incapable de la place et du rang ‘ de gouverneur qu'il tenait ici ; ce que j'aurais “ peine à croire, dit la sœur Morin, si une autre ‘“ que la sœur Bourgeoys me l'avait assuré.”
Mais, comme M. de Tracy savait que les sulpiciens prétendaient que, par lettres patentes, le roi leur avait accordé la nomination du gouverneur de Montréal, il eut la précaution, en nommant M. Du Puis en remplacement de M. de Maisonneuve, de supposer que ce dernier allait faire un voyage en France. ‘“ Nous avons “ jugé, écrivait M. de Tracy, ne pouvoir faire “un meilleur choix pour commander ex son “ absence, que de la personne du sieur Du Puis, “et ce autant de temps que nous i’estimerons “à propos.”
M. de Tracy n’en imposa à personne à Ville- Marie. Aussi M. Dollivr de Casson le constate et ajoute, “ Montréal fut dans le deuil par le “ départ de M. de Maisonneuve, qui nous quitta ‘“ pour toujours.”
Il en fut de même à Québes ainsi que le
prouve une lettre de la mère Juchereau de l'Hôtel-Dieu : ‘“ M. de Maisonneuve, ce fidèle “ serviteur de Marie, à laquelle il s'était en- “gagé par vœu, vécut à Montréal comme le “père et le protecteur du peuple qu'il gou- ‘“ yernait, recevant chez lui tous ceux qui “ n'avaient point d'asile, et les aidant au-delà ‘“ de ce qu'ils osaient attendre de lui.
“ Son désintéressement était si parfait qu'il ne “s’est jamais approprié la moindre chose des “ présents considérables que les sauvages lui “ faisaient. Pendant près de vingt-quatre ans “ qu'il demeura dans le pays, il s’'acquit l'estime “ de tout le monde dans les temps les plus “ fâcheux de la guerre des Iroquois, où il signala “sa valeur et où sa bonne conduite le fit ‘“ admirer, et quoiqu'il remplit parfaitement tous “ Zes devoirs de son emploi, il fut rap »elé de son “ gouvernement et retournx en France.”
Ce témoignage de la mère Juchereau envers M. de Maisonneuve a été pleinement ratifié par l’histoire. Tout le monde reconnaît aujourd’hui les grandes qualités de ce héros chrétien ; tout le monde apprécie les services qu’il a rendus à la colonie, tant en exposant ses jours qu’en prodiguant ses biens aux malheureux ; tout le monde s'accorde à proclamer sa piété, sa foi, et son zèle pour le triomphe et la propagation de notre sainte religion parmi les sauvages.
Toujours semblable à lui-même, toujours soumis aux volontés de Dieu, M. de Maison-