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Les P>ains de Mer,
LES ILOTS DE PARIS 8l
taine ceinture bien connue, qui leur permet de donner tout de suite à la conversation un tour galant.
Et que dire du Salon annuel de peinture? N'est-ce pas là vraiment le dernier salon où l'on cause... d'amour? Il y a particulièrement une section d'architecture fort propice aux épanchements et qui, sans cette qualité, serait encore aujourd'hui complètement ignorée de tous. L'adultère y pousse et s'y développe en liberté, et il est assez piquant que ce soit au milieu des constructeurs d'édifices que se démolissent les ménages. La multiplication à l'infini des Salons est fort appréciée par les cœurs avides de se joindre. Ceux-ci peuvent, de la sorte, dérouter les gêneurs en changeant l'endroit de leurs rendez-vous, et puis, au moins, on a le choix. Les couples gais vont au Salon des Humoristes, les couples tristes au Salon d'Automne. Si l'amour a beaucoup fait pour l'art, nous devons reconnaître aujourd'hui que l'art est en train de faire énormément pour l'amour.
Voulez-vous maintenant tout un archipel de ces îlots imprévus, un peu moins fréquentés du reste, depuis que le progrès s'en est mêlé? Ce sont les bureaux d'omnibus où les stations sont devenues plus brèves, à la triomphale apparition de l'autobus et de la section. On y voit cependant paraître à intervalles réguliers, jugeant d'un coup d'œil rapidement investigateur s'il convient de rester ou non soit la péripatéticienne du boulevard, soit cette officiante d'occasion qu'on peut appeler « l'intermittente » : petite ouvrière gênée par la morte saison, midinette élégante dont la coquetterie ne se satisfait plus de la modeste bourse de son petit amoureux, parfois petite bourgeoise aux abois. Ces présences furtives amènent de temps à autre celle d'inquiétants individus, louches éperviers guignant ces colombes pour des volières dont ils se sont institués les rabatteurs. Et puis, ces vieux bur.aux d'omnibus, qui voient passer sans arrêt le torrent journalier de la vie i)arisienne, sont encore tout indiqués pour les rendez-vous d'à-
moureux, clandestins ou non. Une femme peut s'y trouver sans étonner personne.
Un homme aussi. Peut-on môme leur refuser le droit de s'y rencontrer?
Enfin, ne sont-ils pas imprévus comme îlots d'amour ces halls des grandes gares où des professionnelles de mise sobre cueillent, même avant le débotté, étrangers et provinciaux pour les initier aux raffinements des voluptés parisiennes? Les manières de ces sirènes de la voie ferrée, leur mise, leur façon de procéder varient suivant leurs différents terrains de manœuvre. Celles de la gare Saint-Lazare arborent les plus élégantes tenues. A elles les milords qui viennent de Londres. Celles de Montparnasse brillent par une simplicité qui prévient en leur faveur, et l'on trouve parmi elles quantité de Bretonnes. A la gare de l'Est, beaucoup sont Allemandes ou s'entendent au moins à pratiquer, avec un accent enjôleur, la langue de Goethe. Aux heures de départ, elles se disputent une autre proie : c'est le banlieusard qui revient de son bureau ou de son magasin.
S'il n'a pas la force de se dérober à leurs invites, il prétextera auprès de sa moitié des heures supplémentaires. Oh ! ce Paris, où la luxure vous guette à votre descente du train, et où elle ne vous lâche que lorsque la locomotive siffle pour vous remmener vers la vertu !
L'amour compte dans la capitale bien d'autres îlots imprévus. Il y a même un îlot ambulant, le Métro, qui a se3 habituées, natures vaillantes à qui la compression ne fait pas peur, bien au contraire. Et les g-rands magasins ! Et les salles de cours mixtes pkis ou moins sorbonicoles ! Et les usines à conférences ! Mais comment énumérer toutes ces Cythères d'occasion?
En amour, l'imprévu n'est-il pas partout, comme à la guerre ?