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PI. VII

Les Ports Militaires.

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gros fabricants de ce produit éminemment local, ainsi que ceux qui s'adonnent à la métallurgie ou à la bijouterie, payent volontiers le prix fort pour satisfaire leur faible. Seulement ils entendent ne pas être trompés sur la marchandise ni davantag-e par elle. Bartliolos habitués à compter, ils ont la prétention de ne se voir ni écornifler, ni encornifler. Mais l'amour possède des droits imprescriptibles, même dans le cœur des femmes les plus pratiques. Souvent le soyeux opulent sera obligé de faire place aux jeunes aussi bien qu'au jaune par le fait d'un bouillant élève de l'École de Santé militaire, d'un irrésistible sousoff de la Pardieu ou tout simplement d'un calicot dessalé.

Tout cela se passe à huis clos, comme un procès croustillant. A Lyon, les belles filles entretenues ne sortent jamais de leur réserve et presque jamais de chez elles. Ainsi l'exigent l'honorabilité de leur seigneur et maître ainsi que les prudentes et cachottières traditions locales. Si nous ne craignions d'évoquer pour ces suaves re-

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cluses le nom de l'oiseau de passade qu'on leur inflig-e trop souvent, nous dirions que la volaille est à l'intérieur. A l'intérieur aussi les soupers fins, les lippées qu'on ne saurait cependant qualifier de franches, les petites fêtes et les ébats galants. Il semble qu'il y ait là une revanche de la seconde ville de France sur la première. Opposition naturelle et à prévoir, connne celle d'un vice-président muet à un président éloquent, d'un sous-directeur avare à un directeur prodigue.

Lyon n'a pas de quartier spécial pour loger ses professionnelles amoureuses. On en trouve du côté de la place des Terreaux, des Gélestins, et il en est aussi qui logent aux Brotteaux et à la Guillotière. Mais je crois que les plus ferventes dévotes de l'amour sont ici, comme en tant d'autres endroits, celles qui habitent le quartier le plus humble.

Filles de la Croix-Rousse à la mise modeste et proprette, ouvrières des grandes fabriques aux mains plébéiennes, aux traits vulgaires, gaufreuses, teinturières, impri-

meuses sur soie, c'est en vos simples cœurs qu'habitent les élans les plus tendres, les plus passionnés, qui font vibrer cette grande ville froide et calculatrice. Sur la raide colline qui la domine vous épandez comme un parfum d'ing-énuité, de sincérité et d'abandon. Pour deviner un peu vos âmes, il n'y a qu'à vous voir, vers l'heure du déjeuner, midinettes lyonnaises, vous en aller à pas lents, la main dans la main de vos petits amants, commis, étudiants, rapins, parmi les verdures basses du jardin du palais Saint-Pierre. Dans ce vieux musée comme dans cette cité de tristesse, vous êtes les gentilles conservatrices du baiser.

Refermons notre valise, Éros ! Ce n'est pas dans cette patrie de Guignol que nous pourrons continuer notre grisante vie de Polichinelle. Par ma foi, l'amour se montre trop discret ici pour qu'on puisse s'en offrir... à discrétion.

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